ATCOR ANDORRA, a 25 de juny del 2015 - ROJ: ATCOR 6/2015
reformation
JuridictionTribunal de Corts
Niveauappel
Date du prononcé25 juin 2015
Numéro3/2015
Juridictions couvertes
AD
Matière(s)jurisprudence
Publié sur Korpus5 novembre 2026
Résumé éditorial
# Tribunal de Corts (Andorre), 25 juin 2015, n° 3/2015 (ROJ : ATCOR 6/2015)
> Décision commentée : Tribunal de Corts (Chambre pénale), 25 juin 2015, n° 3/2015, ECLI:AD:TCORAD:2015:6A ([Lire sur source officielle](https://jurisprudencia.poderjudicial.es/andorra/))
## I. Le contexte factuel et procédural
### A. Les faits à l'origine du litige
Par un jugement prononcé le 16 octobre 2009 dans le cadre de la procédure civile enregistrée sous le numéro B-1329-5/2009, la juridiction civile andorrane a fixé à la charge de M. Ferrer une pension alimentaire d’un montant de 300 euros mensuels au bénéfice de sa fille commune, née de son union avec Mme Diez.
Postérieurement à cette décision, le débiteur s'est abstenu d'honorer son obligation d'entretien. En premier lieu, durant les mois de juin à décembre 2010, M. Ferrer a cessé d’acquitter la pension fixée, ce qui a contraint la créancière à engager une procédure d’exécution forcée du titre judiciaire civil. En deuxième lieu, au cours de la période s'étendant de juin à décembre 2011, le débiteur n'a procédé qu’au versement volontaire des mensualités de juillet et d’octobre, contraignant à nouveau Mme Diez à solliciter des mesures d’exécution auprès de la *Batllia*. En troisième lieu, du mois de février jusqu'au mois de septembre 2012, M. Ferrer a de nouveau manqué à son obligation de versement de la pension d'aliments destinée à l'enfant commune.
L'extrait de relevé de points de vieillesse de la Caisse andorrane de sécurité sociale (*Caixa Andorrana de Seguretat Social*, C.A.S.S.) a établi que le prévenu avait pourtant perçu des revenus au titre de son activité salariée au cours des périodes d'impayés de juin à décembre 2010 (à hauteur d'un salaire mensuel de 2 222,22 euros) ainsi que d'août à décembre 2011 (pour des salaires de 1 798,94 euros d'août à novembre, puis de 3 401,48 euros en décembre 2011). En revanche, aucun revenu d'activité professionnelle ne figurait au relevé pour la période comprise entre février et septembre 2012.
Parallèlement aux poursuites pénales engagées, M. Ferrer a comparu le 10 octobre 2012 devant la cinquième section civile de la *Batllia* dans le cadre de la procédure d’exécution n° B-1329-5/2009. À cette occasion, il a formalisé un engagement prévoyant le règlement, à compter d'octobre 2012, de la pension alimentaire courante de 300 euros, assorti d'un montant additionnel de 100 euros par mois à valoir sur l'apurement des arriérés, par virement bancaire sur le compte désigné par Mme Diez ; cet arrangement a été homologué ou accepté par le juge civil (*Batlle*).
### B. Le parcours procédural et les prétentions des parties
Poursuivi du chef de délit mineur continué d’entrave à l’exécution de décisions judiciaires relatives au paiement de pensions alimentaires, sur le fondement de l’article 427.2 du Code pénal andorran, M. Ferrer a comparu devant le Tribunal de *Batlles* (cause n° 1300102/2013, référence DM-102-4/13).
Par un jugement rendu le 10 novembre 2014, rectifié par ordonnance (*aute*) du 24 novembre 2014, le Tribunal de *Batlles* a déclaré M. Ferrer coupable de l'infraction reprochée et l'a condamné à une peine de deux mois d’arrêt nocturne conditionnel qualifié (*arrest nocturn condicional qualificat*), subordonné au paiement régulier de la pension alimentaire, assorti d’un délai de suspension de deux ans, ainsi qu'au paiement des frais de justice comprenant les honoraires de l'avocat désigné d'office. Sur l'action civile, la juridiction de première instance a rejeté la demande présentée au titre de la responsabilité civile *ex delicto*.
Deux recours d’appel ont été interjetés à l'encontre de cette décision devant le Tribunal de Corts.
D’une part, le Ministère public a formé un appel, qualifié expressément « dans l’intérêt de la loi », circonscrit aux seuls chefs de la décision relatifs à l’action civile. Soutenant les intérêts de la victime, Mme Diez, le parquet a fait valoir que les tribunaux répressifs ont constamment mis à la charge des condamnés, au titre de la responsabilité civile *ex delicto*, le montant des pensions alimentaires éludées. Il a dès lors sollicité la condamnation de M. Ferrer à indemniser la créancière à hauteur de 7 700 euros au titre des pensions impayées échues entre juin 2011 et octobre 2013, somme à majorer des termes échus jusqu'à l'audience de jugement, ainsi qu'au versement de 2 500 euros en réparation du préjudice moral consécutif au défaut d'entretien. À l'appui de ce dernier chef, le Ministère public a excipé des tracas, des souffrances et de la contrainte pour la mère d'assumer seule la charge de l'enfant et de comparaître à maintes reprises devant les juridictions civiles et pénales pour contraindre le débiteur à s'exécuter.
D’autre part, le conseil de M. Ferrer a interjeté appel sur la culpabilité, concluant à la relaxe pure et simple de son client. L’appelant soutenait l’absence d'élément moral intentionnel, affirmant que l'inobservation de ses obligations résultait d'une stricte impossibilité matérielle et financière due à des ruptures professionnelles successives (licenciements en mai 2011 puis en décembre 2011, suivis d'une période d'inactivité jusqu'en octobre 2012). Arguant de sa bonne foi, matérialisée par l'accord d'apurement intervenu devant la *Batllia* le 10 octobre 2012 et par l'absence d'impayés d'octobre 2012 à juillet 2014, la défense concluait que le prévenu n'avait jamais cherché à faire obstacle à l'exécution de la décision civile. Subsidiairement, face aux prétentions indemnitaires du parquet, la défense a souligné que les sommes réclamées ne correspondaient pas à l'état réel de la dette suivie en exécution civile et qu'aucun préjudice moral n'était constitué.
Le Ministère public s'est opposé à l'appel de la défense, arguant que la capacité contributive du débiteur était avérée sur plusieurs périodes litigieuses et que son comportement manifestait une mauvaise volonté caractérisée.
## II. La question de droit et la solution de la juridiction
### A. Le problème juridique posé
L'affaire soumise au Tribunal de Corts soulevait une triple problématique juridique, touchant tant aux éléments constitutifs de l’infraction pénale de non-paiement de pension alimentaire qu'aux frontières de l'action civile devant le juge répressif :
1. En premier lieu, sur le plan de la culpabilité pénale, le Tribunal devait déterminer les critères présidant à la caractérisation du délit mineur continué d’entrave à l’exécution d'une décision judiciaire fixant une pension alimentaire (art. 427.2 du Code pénal andorran). Il convenait de préciser la charge de la preuve respective incombant aux parties quant à la capacité financière du débiteur et d'apprécier la compatibilité de l'incrimination avec le principe de culpabilité (art. 5 du Code pénal) et l'interdiction de la prison pour dettes garantie par l'article 11 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
2. En deuxième lieu, s’agissant de la responsabilité civile *ex delicto*, la juridiction d'appel devait trancher la question de savoir si le juge pénal peut ou doit liquider la créance d’arriérés de pensions alimentaires au titre des dommages-intérêts résultant de l’infraction d’entrave à l’exécution, dans l'hypothèse où une procédure d'exécution forcée est déjà pendante devant la juridiction civile et qu'un plan d'apurement y a été judiciairement agréé.
3. En troisième lieu, la cour devait se prononcer sur l’indemnisation du préjudice moral réclamé par le parent créancier, et déterminer si la nécessité d'assumer seul la charge de l'enfant et de multiplier les démarches procédurales civiles et pénales suffit à caractériser une atteinte psychologique indemnisable au titre d'une infraction classée parmi les atteintes à l'Administration de la justice.
### B. Le raisonnement et la motivation de la cour
Le Tribunal de Corts adopte un raisonnement ordonné, examinant successivement l’action publique puis l’action civile.
Sur la caractérisation de l'infraction pénale, la juridiction rappelle liminairement que le délit réprimé à l'article 427.2 du Code pénal sanctionne l'omission réitérée d'exécuter l'obligation alimentaire fixée judiciairement au profit de membres de la famille. S'agissant d'un délit d'omission dolosif, sa constitution exige la réunion de deux éléments cumulatifs : la connaissance de l'obligation de payer et la volonté délibérée de s'y soustraire. En vertu du principe constitutionnel et légal de culpabilité ancré à l'article 5 du Code pénal, l'abstention ne devient punissable que lorsqu'elle est le fruit d'une volonté malicieuse et injustifiée. Dès lors, le défaut de paiement n'est pénalement imputable que si l'assujetti disposait des ressources économiques suffisantes pour s'acquitter de sa dette. Le Tribunal souligne avec force qu’une interprétation inverse reviendrait à réintroduire une forme déguisée de « prison pour dettes », formellement prohibée par l'article 11 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, intégré à l'ordre juridique andorran.
Sur le terrain probatoire, la juridiction fixe une ligne de partage rigoureuse : il incombe à l’accusation d'établir l'existence du titre judiciaire exécutoire fixant la pension et la matérialité du défaut réitéré de paiement ; à l’inverse, la preuve de l’impossibilité matérielle d’exécuter pour cause d’impécuniosité relève des moyens de défense au fond (*prova de descàrrec*), dont la charge pèse sur le prévenu.
Appliquant ces principes aux faits de l'espèce au vu du relevé de cotisations de la Caisse andorrane de sécurité sociale, les juges d’appel constatent que M. Ferrer a perçu des rémunérations substantielles entre juin et décembre 2010 (2 222,22 euros par mois) ainsi qu’entre août et décembre 2011 (de 1 798,94 à 3 401,48 euros). Sa capacité contributive étant ainsi
Korpus — Jurisprudence
ATCOR ANDORRA, a 25 de juny del 2015 - ROJ: ATCOR 6/2015
Tribunal de Corts (Andorre), 25 juin 2015, n° 3/2015 (ROJ : ATCOR 6/2015)
Reproduction verbatim
Décision commentée : Tribunal de Corts (Chambre pénale), 25 juin 2015, n° 3/2015, ECLI:AD:TCORAD:2015:6A (Lire sur source officielle)
I. Le contexte factuel et procédural
A. Les faits à l'origine du litige
Par un jugement prononcé le 16 octobre 2009 dans le cadre de la procédure civile enregistrée sous le numéro B-1329-5/2009, la juridiction civile andorrane a fixé à la charge de M. Ferrer une pension alimentaire d’un montant de 300 euros mensuels au bénéfice de sa fille commune, née de son union avec Mme Diez.
Postérieurement à cette décision, le débiteur s'est abstenu d'honorer son obligation d'entretien. En premier lieu, durant les mois de juin à décembre 2010, M. Ferrer a cessé d’acquitter la pension fixée, ce qui a contraint la créancière à engager une procédure d’exécution forcée du titre judiciaire civil. En deuxième lieu, au cours de la période s'étendant de juin à décembre 2011, le débiteur n'a procédé qu’au versement volontaire des mensualités de juillet et d’octobre, contraignant à nouveau Mme Diez à solliciter des mesures d’exécution auprès de la Batllia. En troisième lieu, du mois de février jusqu'au mois de septembre 2012, M. Ferrer a de nouveau manqué à son obligation de versement de la pension d'aliments destinée à l'enfant commune.
L'extrait de relevé de points de vieillesse de la Caisse andorrane de sécurité sociale (Caixa Andorrana de Seguretat Social, C.A.S.S.) a établi que le prévenu avait pourtant perçu des revenus au titre de son activité salariée au cours des périodes d'impayés de juin à décembre 2010 (à hauteur d'un salaire mensuel de 2 222,22 euros) ainsi que d'août à décembre 2011 (pour des salaires de 1 798,94 euros d'août à novembre, puis de 3 401,48 euros en décembre 2011). En revanche, aucun revenu d'activité professionnelle ne figurait au relevé pour la période comprise entre février et septembre 2012.
Parallèlement aux poursuites pénales engagées, M. Ferrer a comparu le 10 octobre 2012 devant la cinquième section civile de la Batllia dans le cadre de la procédure d’exécution n° B-1329-5/2009. À cette occasion, il a formalisé un engagement prévoyant le règlement, à compter d'octobre 2012, de la pension alimentaire courante de 300 euros, assorti d'un montant additionnel de 100 euros par mois à valoir sur l'apurement des arriérés, par virement bancaire sur le compte désigné par Mme Diez ; cet arrangement a été homologué ou accepté par le juge civil (Batlle).
B. Le parcours procédural et les prétentions des parties
Poursuivi du chef de délit mineur continué d’entrave à l’exécution de décisions judiciaires relatives au paiement de pensions alimentaires, sur le fondement de l’article 427.2 du Code pénal andorran, M. Ferrer a comparu devant le Tribunal de Batlles (cause n° 1300102/2013, référence DM-102-4/13).
Par un jugement rendu le 10 novembre 2014, rectifié par ordonnance (aute) du 24 novembre 2014, le Tribunal de Batlles a déclaré M. Ferrer coupable de l'infraction reprochée et l'a condamné à une peine de deux mois d’arrêt nocturne conditionnel qualifié (arrest nocturn condicional qualificat), subordonné au paiement régulier de la pension alimentaire, assorti d’un délai de suspension de deux ans, ainsi qu'au paiement des frais de justice comprenant les honoraires de l'avocat désigné d'office. Sur l'action civile, la juridiction de première instance a rejeté la demande présentée au titre de la responsabilité civile ex delicto.
Deux recours d’appel ont été interjetés à l'encontre de cette décision devant le Tribunal de Corts.
D’une part, le Ministère public a formé un appel, qualifié expressément « dans l’intérêt de la loi », circonscrit aux seuls chefs de la décision relatifs à l’action civile. Soutenant les intérêts de la victime, Mme Diez, le parquet a fait valoir que les tribunaux répressifs ont constamment mis à la charge des condamnés, au titre de la responsabilité civile ex delicto, le montant des pensions alimentaires éludées. Il a dès lors sollicité la condamnation de M. Ferrer à indemniser la créancière à hauteur de 7 700 euros au titre des pensions impayées échues entre juin 2011 et octobre 2013, somme à majorer des termes échus jusqu'à l'audience de jugement, ainsi qu'au versement de 2 500 euros en réparation du préjudice moral consécutif au défaut d'entretien. À l'appui de ce dernier chef, le Ministère public a excipé des tracas, des souffrances et de la contrainte pour la mère d'assumer seule la charge de l'enfant et de comparaître à maintes reprises devant les juridictions civiles et pénales pour contraindre le débiteur à s'exécuter.
D’autre part, le conseil de M. Ferrer a interjeté appel sur la culpabilité, concluant à la relaxe pure et simple de son client. L’appelant soutenait l’absence d'élément moral intentionnel, affirmant que l'inobservation de ses obligations résultait d'une stricte impossibilité matérielle et financière due à des ruptures professionnelles successives (licenciements en mai 2011 puis en décembre 2011, suivis d'une période d'inactivité jusqu'en octobre 2012). Arguant de sa bonne foi, matérialisée par l'accord d'apurement intervenu devant la Batllia le 10 octobre 2012 et par l'absence d'impayés d'octobre 2012 à juillet 2014, la défense concluait que le prévenu n'avait jamais cherché à faire obstacle à l'exécution de la décision civile. Subsidiairement, face aux prétentions indemnitaires du parquet, la défense a souligné que les sommes réclamées ne correspondaient pas à l'état réel de la dette suivie en exécution civile et qu'aucun préjudice moral n'était constitué.
Le Ministère public s'est opposé à l'appel de la défense, arguant que la capacité contributive du débiteur était avérée sur plusieurs périodes litigieuses et que son comportement manifestait une mauvaise volonté caractérisée.
II. La question de droit et la solution de la juridiction
A. Le problème juridique posé
L'affaire soumise au Tribunal de Corts soulevait une triple problématique juridique, touchant tant aux éléments constitutifs de l’infraction pénale de non-paiement de pension alimentaire qu'aux frontières de l'action civile devant le juge répressif :
En premier lieu, sur le plan de la culpabilité pénale, le Tribunal devait déterminer les critères présidant à la caractérisation du délit mineur continué d’entrave à l’exécution d'une décision judiciaire fixant une pension alimentaire (art. 427.2 du Code pénal andorran). Il convenait de préciser la charge de la preuve respective incombant aux parties quant à la capacité financière du débiteur et d'apprécier la compatibilité de l'incrimination avec le principe de culpabilité (art. 5 du Code pénal) et l'interdiction de la prison pour dettes garantie par l'article 11 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
En deuxième lieu, s’agissant de la responsabilité civile ex delicto, la juridiction d'appel devait trancher la question de savoir si le juge pénal peut ou doit liquider la créance d’arriérés de pensions alimentaires au titre des dommages-intérêts résultant de l’infraction d’entrave à l’exécution, dans l'hypothèse où une procédure d'exécution forcée est déjà pendante devant la juridiction civile et qu'un plan d'apurement y a été judiciairement agréé.
En troisième lieu, la cour devait se prononcer sur l’indemnisation du préjudice moral réclamé par le parent créancier, et déterminer si la nécessité d'assumer seul la charge de l'enfant et de multiplier les démarches procédurales civiles et pénales suffit à caractériser une atteinte psychologique indemnisable au titre d'une infraction classée parmi les atteintes à l'Administration de la justice.
B. Le raisonnement et la motivation de la cour
Le Tribunal de Corts adopte un raisonnement ordonné, examinant successivement l’action publique puis l’action civile.
Sur la caractérisation de l'infraction pénale, la juridiction rappelle liminairement que le délit réprimé à l'article 427.2 du Code pénal sanctionne l'omission réitérée d'exécuter l'obligation alimentaire fixée judiciairement au profit de membres de la famille. S'agissant d'un délit d'omission dolosif, sa constitution exige la réunion de deux éléments cumulatifs : la connaissance de l'obligation de payer et la volonté délibérée de s'y soustraire. En vertu du principe constitutionnel et légal de culpabilité ancré à l'article 5 du Code pénal, l'abstention ne devient punissable que lorsqu'elle est le fruit d'une volonté malicieuse et injustifiée. Dès lors, le défaut de paiement n'est pénalement imputable que si l'assujetti disposait des ressources économiques suffisantes pour s'acquitter de sa dette. Le Tribunal souligne avec force qu’une interprétation inverse reviendrait à réintroduire une forme déguisée de « prison pour dettes », formellement prohibée par l'article 11 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, intégré à l'ordre juridique andorran.
Sur le terrain probatoire, la juridiction fixe une ligne de partage rigoureuse : il incombe à l’accusation d'établir l'existence du titre judiciaire exécutoire fixant la pension et la matérialité du défaut réitéré de paiement ; à l’inverse, la preuve de l’impossibilité matérielle d’exécuter pour cause d’impécuniosité relève des moyens de défense au fond (prova de descàrrec), dont la charge pèse sur le prévenu.
Appliquant ces principes aux faits de l'espèce au vu du relevé de cotisations de la Caisse andorrane de sécurité sociale, les juges d’appel constatent que M. Ferrer a perçu des rémunérations substantielles entre juin et décembre 2010 (2 222,22 euros par mois) ainsi qu’entre août et décembre 2011 (de 1 798,94 à 3 401,48 euros). Sa capacité contributive étant ainsi
Aute
S E N T È N C I A
Magistrats Srs.
Josep Maria Pijuan Canadell Concepció BARON MORA
Anna Estragués Armengol
Andorra la Vella, vint-i-cinc de juny del dos mil quinze.
VIST en judici oral i públic pel Molt Il·lustre Tribunal de Corts, el recurs d'apel·lació núm. 000003/2015 contra la sentència de data deu de novembre del dos mil catorze, rectificada per aute de data vint-i-quatre de novembre del dos mil catorze, dictada per l'Hble. Tribunal de Batlles en la causa núm. 1300102/2013 (DM- 102-4/13) seguida pel delicte menor de continuat d'obstaculització d'execució judicial relativa al pagament de pensions d'aliments contra Ferrer, sent parts apel·lants el Ministeri Fiscal, representat pel Sr. Mercader i acusat Ferrer, defensat per la Lletrada Sra. ENTITY_5; actuant de ponent i redactor de la sentència el Magistrat Sr. Josep Maria Pijuan Canadell.
Antecedents de fet
RESULTANT PRIMER. SÓN FETS DECLARATS PROVATS EN LA SENTÈNCIA APELADA:
Que per Sentència de data 16 d'octubre del 2009, en el marc dels autes civils núm. B-1329-5/2009, s'acordà, entre altres, l'establiment a càrrec de Ferrer d'una pensió d'aliments de 300.-euros mensuals a favor de la filla comú; que dels mesos de juny a desembre de 2010 Ferrer va deixar d'abonar la pensió establerta, iniciant-se un procediment d'execució forçosa de la Sentència; que de juny a desembre de 2011 el processat només va pagar voluntàriament les pensions dels mesos de juliol i d'octubre, havent novament de sol·licitar la Sra. Diez l'execució prop de la Batllia; que igualment del mes de febrer fins a setembre de 2012, Ferrer va deixar de pagar la pensió d'aliments a favor de la seva filla.
RESULTANT SEGON. La part dispositiva conté següent pronunciament:
Que hem de condemnar i condemnem a Ferrer, com autor d'un delicte menor continuat d'obstaculització d'execució de resolució judicial relativa al pagament de pensions d'aliments, a la pena de DOS (2) MESOS D'ARREST NOCTURN CONDICIONAL QUALIFICAT al pagament regular de la pensió d'aliments, amb un període de suspensió de dos (2) anys, així com al pagament de les despeses processals causades, inclosos els honoraris d'Advocat d'ofici.
No donar lloc a la petició efectuada en concepte de responsabilitat civil.
RESULTANT TERCER. El Ministeri Fiscal interposà recurs d'apel·lació, en temps i forma legals, contra l'esmentada sentència, recurs en interès de la llei, centrat exclusivament en els pronunciaments de la sentència en relació a la responsabilitat civil ex delicto, per no haver donat lloc a la reclamació efectuada pel Ministeri Fiscal en nom i representació de la perjudicada Diez, sol·licitant la condemna de Ferrer a indemnitzar a aquesta darrera en les sumes de 7.700 euros en concepte de pensions impagades des de juny del 2011 i fins octubre del 2013, majorades de les pensions impagades fins a la vista oral, i la suma de 2.500 euros en concepte de perjudici moral derivat de l'impagament de les mateixes.
Assenyala el Ministeri Fiscal que fins a la data els tribunals penals sempre han imposat al condemnat en aquests casos l'obligació de satisfer en concepte de responsabilitat civil les pensions d'aliments deixades de pagar, essent la problemàtica jurídica la de saber quina és la natura d'aquesta responsabilitat civil ex delicto derivada del delicte d'obstaculització d'execucions judicials per impagament reiterat de pensions alimentàries, és a dir, si és pot considerar que la responsabilitat civil comprèn les pensions deixades de pagar, que fan l'objecte d'una execució de la resolució civil, o per contra la responsabilitat civil derivada d'aquest tipus delictiu només es limita als perjudicis derivats de l'incompliment de la sentència civil i de la seva execució.
El Ministeri Fiscal sol·licita que es condemni a Ferrer a indemnitzar a Diez en les sumes de 7.700 euros en concepte de pensions impagades des de juny del 2011 i fins octubre del 2013, majorades de les pensions impagades fins a la vista oral, i la suma de 2.500 euros en concepte de perjudici moral derivat de l'impagament de les pensions, interessant la confirmació dels altres pronunciaments de la sentència apel·lada, així com el pagament de les despeses processals causades.
RESULTANT QUART. La representació lletrada de Ferrer formulà recurs d'apel·lació contra la sentència perquè entén que el seu defensat no va cometre el delicte pel qual ha estat condemnat doncs no va deixar de pagar de forma voluntària la pensió d'aliments, sinó per causa de problemes econòmics. Al·lega que el Sr. Ferrer va satisfer sense problemes les pensions des de l'any 2009 fins l'any 2011 i que, a partir d'aquesta data, els problemes laborals i econòmics li van impedir poder fer front a la pensió d'aliments, ja que ha quedat provat que el seu defensat va ser acomiadat de la feina el mes de maig del 2011, treballant després per una altra empresa en la que fou acomiadat al mes de desembre del 2011, que no tornà a treballar fins al mes d'octubre del 2012 i que fou llavors, en data 10 d'octubre del 2012, quan va comparèixer per davant de la Batllia i va arribar a l'acord de pagar la pensió en curs més altres 100 euros com acompte de les pensions endarrerides. I exposa que no existí intencionalitat per part del Sr. Ferrer, sinó impossibilitat de pagar, per la qual cosa no hi ha hagut una obstaculització a l'execució, doncs la idea d'obstaculització fa pensar en una conducta intencionada, quan en el cas del Sr. Ferrer hi hagué una manca total d'intenció.
Per tot això, la representació lletrada de Ferrer sol·licita al Tribunal la revocació de la sentència apel·lada i que dicti l'absolució del seu defensat.
RESULTANT CINQUÈ. El Ministeri Fiscal s'oposà al recurs formulat per la representació lletrada de Ferrer perquè, contràriament a les al·legacions formulades per la part recorrent, Ferrer va deixar de pagar de manera reiterada les pensions d'aliments a les quals estava obligat, dels mesos de juny a desembre de 2011, salvat els mesos de juliol i octubre, i dels mesos de febrer fins a setembre de 2012, malgrat haver quedat demostrat, i estat reconegut per la pròpia part recorrent en l'escrit de recurs, que durant el segon semestre de 2011 l'acusat va disposar de feina fins que va ésser acomiadat el mes de desembre d'aquell any. I al·lega uns fets que, malgrat que es tracta de fets que no fan objecte d'aquesta causa, demostren la total mala fe i voluntarietat de l'acusat de no fer front als pagaments exigits, cóm és que tampoc ha fet front a les pensions degudes des del mes de maig del 2014 fins, al menys, a la data de la vista oral, tot i disposar de feina.
Considera, doncs, el Ministeri Fiscal que de la prova practicada n'apareixen elements suficients per considerar constituït el delicte de l'article 427.2 del Codi Penal, per la qual cosa s'oposa al recurs d'apel·lació interposat per la representació lletrada de Ferrer i interessa la desestimació del recurs formulat i la confirmació de la sentència recorreguda en tots els seus extrems per ser ajustada a Dret.
RESULTANT SISÈ. La representació lletrada de Ferrer s'ha oposat al recurs d'apel·lació formulat pel Ministeri Fiscal al·legant que des del mes d'octubre del 2012 fins al juliol del 2014 no hi ha hagut més impagaments, per la qual cosa la quantitat que reclama el Ministeri Fiscal no està actualitzada doncs la quantia que ha de satisfer Ferrer és molt més baixa que els 7.000 euros que reclama el Ministeri Fiscal i, altrament, donat el fet que la pensió ha estat establerta per un Tribunal civil i que els pagaments es fan per la via civil, no es por reclamar una quantitat fixa que no es correspon en cap cas al deute que obra en els autes civils i, d'altra banda, tampoc s'escau el pagament dels 2.500 euros que també reclama el Ministeri Fiscal en rescabalament dels perjudicis soferts per Diez, perquè ha estat provat en autes que des del mes d'octubre del 2012 fins al mes de juliol del 2014, els pagaments han estat regulars i, per tant, Diez no ha patit cap perjudici.
Fonaments de dret
S'accepten els fets declarat provats en la sentència apel·lada. També s'accepten els fonaments de dret de la sentència apel·lada en tot allò que no s'oposi als de la present sentència.
CONSIDERANT PRIMER. Per raons de coherència processal, procedeix resoldre en primer lloc el recurs d'apel·lació interposat per la representació lletrada de l'acusat Ferrer, per quan ve referit a l'existència de la infracció criminal.
El delicte tipificat a l'article 427.2 del Codi Penal castiga l'impagament reiterat de les pensions alimentàries establertes judicialment a favor de familiars, essent un delicte d'omissió i dolós, doncs exigeix la concurrència de l'element subjectiu del coneixement de l'obligació de pagament de les pensions i la voluntat de no pagar-les. Per això, no tot impagament és punible sinó sols aquell que, essent reiterat, és a dir, no ocasional, sigui imputable a una voluntat maliciosa i no justificada de qui està obligat al pagament, per exigències del principi de culpabilitat establert a l'article 5 del Codi Penal. D'aquesta manera, l'impagament sols es podrà reputar maliciós quan qui està obligat a pagar les pensions no ho faci malgrat tenir capacitat econòmica fer fer-ho, doncs altrament podria suposar una mena de presó per deutes que està expressament prohibida a l'article 11 del Pacte internacional relatiu als drets civils i polítics, fet a Nova York el 16 de desembre de 1966 (B.O.P.A. de 19 de juliol del 2006)
En ordre a la prova dels elements constitutius del delicte, l'acusació en tindrà prou amb provar l'existència i procedència de la pensió alimentària i el seu impagament reiterat, mentre que li correspon a la Defensa acreditar, al seu cas, la impossibilitat de l'acusat de complir amb l'obligació de pagament per manca de capacitat econòmica, per tractar-se de prova de descàrrec.
La representació lletrada de Ferrer en l'escrit del recurs no nega els impagaments sinó que al·lega que foren deguts als problemes laborals i econòmics de l'acusat que li van impedir poder fer front a la pensió d'aliments, ja que ha quedat provat que el seu defensat va ser acomiadat de la feina el mes de maig del 2011, treballant després per una altra empresa en la que fou acomiadat al mes de desembre del 2011, que no tornà a treballar fins al mes d'octubre del 2012 i que fou llavors, en data 10 d'octubre del 2012, quan va comparèixer per davant de la Batllia i va arribar a l'acord de pagar la pensió en curs més altres 100 euros com acompte de les pensions endarrerides. I exposa que no existí intencionalitat per part del Sr. Ferrer, sinó impossibilitat de pagar, per la qual cosa no hi ha hagut una obstaculització a l'execució, doncs la idea d'obstaculització fa pensar en una conducta intencionada, quan en el cas del Sr. Ferrer hi hagué una manca total d'intenció.
Ara bé, de l'examen de les actuacions, concretament de l'extracte de punts de vellesa de la ORG_0 (C.A.S.S.), resulta que l'acusat va tenir ingressos per raó de la seva activitat laboral en els períodes de juny a desembre del 2010, amb un salari de 2.222,22 euros, i d'agost a desembre del 2011, amb un salari de 1.798,94 euros els mesos d'agost a de novembre del, i de 3.401,48 el mes de desembre (folis 119 i 120) per la qual cosa ha quedat acreditada la seva capacitat econòmica durant els períodes d'impagament de la pensió alimentària declarats provats a la sentència de juny a desembre del 2010 i d'agost a desembre del 2011, si bé no li consten ingressos per activitat laboral en el període de febrer a setembre del 2012, raó per la qual els impagaments d'aquest darrer període no es poden integrar en el delicte de l'article 427.2 del Codi Penal, el que no ha de tenir incidència en la pena, per considerar aquest Tribunal que la pena que li fou imposada pel Tribunal de Batlles és plenament ajustada a Dret, en atenció als períodes d'impagament. I tampoc ha de tenir incidència en l'àmbit de la responsabilitat civil, pels motius que s'exposaran en el següent Considerant.
Procedeix, doncs, desestimar el recurs d'apel·lació interposat per la representació lletrada de l'acusat Ferrer.
CONSIDERANT SEGON. El recurs d'apel·lació del Ministeri Fiscal, que interposa en interès de la llei, es centra exclusivament en els pronunciaments de la sentència en relació a la responsabilitat civil ex delicto, per no haver donat lloc a la reclamació efectuada pel Ministeri Fiscal en nom i representació de la perjudicada Diez, de la condemna de Ferrer a indemnitzar a aquesta darrera en les sumes de 7.700 euros en concepte de pensions impagades des de juny del 2011 i fins octubre del 2013, majorades de les pensions impagades fins a la vista oral, i de 2.500 euros en concepte de perjudici moral derivat de l'impagament de les mateixes.
Pel que fa a l'import de les pensions impagades, és ben cert el que assenyala el Ministeri Fiscal de què, fins a la data, els tribunals penals sempre han imposat al condemnat en aquests casos l'obligació de satisfer en concepte de responsabilitat civil les pensions d'aliments deixades de pagar, doncs la jurisprudència de manera pacífica considera que les pensions impagades són responsabilitat civil ex delicto, és a dir, derivada del delicte d'obstaculització d'execucions judicials per impagament reiterat de pensions alimentàries, junt amb els eventuals altres perjudicis que puguin derivar del mateix delicte, sempre que es resultin degudament justificats.
La sentència apel·lada raona que, en relació a la quantitat sol·licitada en concepte de pensions endarrerides, no s'escau fer cap pronunciament, havent-se de resoldre l'execució de les pensions impagades en el procediment d'execució ja en curs en el marc dels autes civils registrats amb el número B-1329-5/2009.
En efecte, de l'examen de les actuacions resulta acreditat que en data 10 d'octubre del 2012 Ferrer va comparèixer a la Batllia civil núm. 5, en el marc del procediment d'execució núm. B-1329-5/2009, manifestant el seu compromís de satisfer, a partir del mateix mes d'octubre, la pensió d'aliments corrent de 300 euros, més altres 100 euros en concepte d'acompte del deute de pensions endarrerides, mitjançant transferència bancària al compte que Diez indiqués (foli 243), i el contingut del foli 275 dóna a entendre que aquest compromís va ser acceptat pel Batlle i, per tant, la responsabilitat civil s'estaria executant en el marc de la causa B-1329-5/2009 de la Secció civil de la Batllia, el que fa improcedent tot pronunciament de responsabilitat civil ex delicto per raó de les pensions alimentàries impagades.
Pel que fa a la quantitat reclamada pel Ministeri Fiscal de 2.500 euros en concepte de perjudici moral, la sentència apel·lada raona que no s'escau donar lloc en no quedar acreditat l'esmentat perjudici.
El Ministeri Fiscal reclama perjudici moral en base a què, a conseqüència de l'impagament reiterat de les pensions alimentàries, Diez va haver de fer front a totes les despeses del menor malgrat no percebi cap suma del progenitor no custodi, el que inclou altres perjudicis d'ordre moral com el patiment i la necessitat de comparèixer en seu judicial multitud de vegades per acudir a la jurisdicció tant civil com penal per sol·licitar l'execució de la sentència.
El perjudici moral és un concepte indemnitzable sempre que s'acrediti que la infracció penal hagi ocasionat a la víctima una irrefutable afectació psíquica, més o menys intensa en funció de la personalitat de cadascun, però en tot cas real i objectivable. Així la jurisprudència exigeix que s'ha de provar en cada cas concret el dany psicològic o emocional sofert llevat que la seva existència i abast es dedueixin inequívocament de la pròpia naturalesa de la infracció criminal o llur resultat lesiu, com ordinàriament succeeix en les infraccions criminals contra el bens jurídics personalíssims, com són la vida, salut i integritat física i moral, llibertat sexual, llibertat personal, seguretat personal, honor i intimitat. No és el cas del delicte de l'article 427.2 del Codi Penal, que s'emmarca dintre del Títol dels delictes contra l'Administració de Justícia, sense que el fet d'haver de comparèixer en seu judicial, sigui a la jurisdicció civil, sigui a la penal, pugui ser considerat pròpiament un perjudici d'ordre moral, essent com és un deure ciutadà de col·laboració amb l'Administració de Justícia, sense perjudici de les indemnitzacions a que hi hagués lloc per raó de desplaçament i/o de pèrdua d'ingressos, que tenen caràcter de perjudici material, no moral.
Procedeix, per tot l'exposat, desestimar el recurs d'apel·lació formulat pel Ministeri Fiscal.
CONSIDERANT TERCER. No s'escau fer especial pronunciament sobre les despeses processals causades en aquesta instància.
VIST
les disposicions legals aplicables al present cas, el Molt Il·lustre Tribunal de Corts,
F A L L E M :
Desestimem els recursos d'apel·lació interposats pel Ministeri Fiscal i per la representació lletrada de l'acusat Ferrer contra la sentència de data deu de novembre del dos mil catorze, rectificada per aute de data vint-i-quatre de novembre del dos mil catorze, dictada per l'Hble. Tribunal de Batlles en la causa DM- 102-4/13, i CONFIRMEM ÍNTEGRAMENT dita sentència, sense fer especial imposició de les despeses processals causades en aquesta instància.
Així per aquesta nostra sentència, definitivament jutjant, ho manem i signem.