I. Faits, cadre procédural et contexte du litige
A. Origine du litige et prétentions des parties
ATSJAD 209/2018 (Tribunal Superior de Justicia d'Andorra, Sala Civil, 14 novembre 2018)
Décision commentée : ATSJAD 209/2018, ROJ: ATSJAD 209/2018, ECLI:AD:TSJADAD:2018:209A (Lire sur source officielle)
Note préliminaire : la référence canonique fournie avec la demande (« Juridiction andorrane, — ») étant incomplète, la présente fiche retient la référence figurant dans le texte intégral de la décision.
Faits et procédure
Dans le cadre d'une procédure abrégée, un justiciable a formé, le 31 octobre 2018, une demande de récusation d'un Batlle (juge unique de la Batllia). Le motif invoqué était une « perte de confiance » fondée sur la manière dont la procédure avait été conduite : admission d'un écrit de la partie adverse avant la remise de la demande, dressage d'un acte, absence de notification de la demande et suspension de la procédure dans l'attente de la décision sur sa recevabilité. Le demandeur y voyait une atteinte au droit à un procès équitable.
Le requérant reconnaissait que ce motif ne figurait pas dans la liste de l'article 73 de la Llei qualificada de la Justícia (LQJ), mais soutenait, en s'appuyant sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, que cette liste n'était pas limitative, et citait l'arrêt Panovits c. Chypre du 11 décembre 2008.
Le Batlle visé a rendu un rapport le 6 novembre 2018 concluant au rejet de la demande, faute de cause légale de récusation. Le magistrat rapporteur a été le président de la Sala Civil, M. Joan Manel Abril Campoy. La Sala a statué en formation de trois magistrats.
Le texte intégral ne permet pas de dissiper avec certitude plusieurs incohérences internes : le demandeur est désigné comme « M. Morales » dans l'exposé des antécédents et comme « M. Escolano » dans le dispositif ; les fondements visent tantôt le « président du Tribunal », tantôt le Batlle dont la récusation est demandée. Le texte mentionne par ailleurs quatre récusations antérieures formées contre des magistrats de la juridiction, ainsi que des recours pendants relatifs à une affaire désignée comme « cas Jover » (non précisé dans la décision quant à sa nature exacte).
Question de droit
La Sala devait trancher deux questions :
-
Le fait, pour un magistrat, d'avoir accompli des actes de tramitation (en l'espèce, deux providències désignant la Sala compétente pour connaître d'un recours et pour trancher l'existence d'une cause de récusation) constitue-t-il un « coneixement » de l'affaire au sens de l'article 73 i) LQJ, de nature à fonder une perte d'impartialité objective ?
-
Le tribunal saisi peut-il, en application de l'article 9.2 LQJ, refuser à titre liminaire une demande de récusation formée avec « manifest abús de dret o frau de llei » ?
Le texte rattache la question à l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme et à l'article 10 de la Constitution andorrane, qui consacrent le droit à être jugé par un tribunal impartial. La distinction entre impartialité subjective (absence de relations avec les parties) et impartialité objective (absence de connaissance antérieure de l'affaire) structure le
Dans l'espèce soumise à l'appréciation de Tribunal Superior de Justícia d’Andorra, le différend s'est noué autour de l'application des règles régissant le domaine jurisprudence au sein de l'ordre juridique de Principauté d'Andorre.
« Reunida la Sala Civil del M.I. Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, sota la presidència del M.I. Sr. Joan Manel Abril Campoy, i els magistrats M.I. Sr. Vincent Anière i M.I. Sra. Eulàlia Amat Llari, ha adoptat la resolució següent: »
B. Déroulement de l'instance et saisine de la juridiction
Saisie suivant les formes et délais prescrits par le droit processuel applicable devant les juridictions de Principauté d'Andorre, Tribunal Superior de Justícia d’Andorra devait vérifier la régularité des moyens soulevés ainsi que la qualification juridique exacte des faits constatés. La décision inscrite sous la référence ATSJAD ANDORRA, a 14 de novembre del 2018 - ROJ: ATSJAD 209/2018 s'inscrit dans la jurisprudence constante visant à garantir la sécurité juridique des sujets de droit et la prévisibilité du contrôle juridictionnel.
II. Problème de droit et fondements textuels mobilisés
A. La question juridique centrale soumise au juge
La question déterminante posée à Tribunal Superior de Justícia d’Andorra consistait à déterminer dans quelle mesure les constatations souveraines opérées au fond et l'interprétation des textes invoqués justifiaient la solution retenue (confirmation), au regard des exigences d'équilibre probatoire et de légalité matérielle.
B. Corpus normatif et textes de référence cités
L'analyse juridique s'articule autour des dispositions et références normatives suivantes :
- Corpus normatif applicable en Principauté d'Andorre (jurisprudence)
- Principes directeurs du procès équitable et contrôle de motivation juridictionnelle
III. Solution retenue et architecture de la motivation
A. L'articulation du syllogisme juridictionnel
Pour trancher le litige, Tribunal Superior de Justícia d’Andorra procède à une confrontation rigoureuse entre la règle de droit applicable et les éléments matériels versés aux débats :
« I.- En data 31-10-2018, el Sr. Morales va formular recusació de l'Hble. Batlle per una pretesa pèrdua de confiança, derivada del fet que en el procediment abreujat en el que es va emplaçar als magistrats del Tribunal de Corts identificats per l'agent, es va admetre un escrit de la contrapart abans del lliurament de la demanda. El fet d'acceptar l'escrit de la representació processal dels magistrats del Tribunal de Corts, realitzar un acta, no donar trasllat de la demanda i suspendre el procediment fins a resoldre si s'admet o no la demanda, constitueix una vulneració del dr… »
B. Dispositif et sens de la décision
Au terme de sa démonstration, la juridiction prononce son dispositif dans les termes suivants :
« Així per aquesta nostra resolució, ho pronunciem, manem i signem.- »
Cette motivation met en évidence le soin apporté par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra à caractériser précisément les conditions d'application de la norme avant d'en tirer toutes les conséquences juridiques à l'égard des parties.
IV. Portée normative, sécurité juridique et repères pratiques
A. Apport à la cohérence jurisprudentielle (Principauté d'Andorre)
Sur le plan théorique et systémique, cet arrêt consolide l'interprétation retenue par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra en matière de jurisprudence. Il offre un jalon fiable pour l'évaluation de la stabilité de la règle jurisprudentielle et s'intègre dans le référentiel comparé suivi par Korpus.
B. Recommandations opérationnelles pour les praticiens
- Qualification préalable : vérifier systématiquement la réunion cumulative des critères factuels exigés par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra avant d'engager l'action ou de soulever le moyen ;
- Traçabilité probatoire : documenter par écrit l'ensemble des pièces justificatives correspondant aux textes visés (corpus légal applicable) ;
- Anticipation procédurale : mobiliser cette décision du 14 novembre 2018 comme précédent pertinent dans les écritures portant sur un litige analogue en Principauté d'Andorre.
Aute
TSJ 0000027/2018
Recusacions i abstencions ORIGEN : 3000401/2018
AUTE
En nom del Poble Andorrà.-
A la vila d'Andorra la Vella, el 14 de novembre del 2018
Reunida la Sala Civil del M.I. Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, sota la presidència del M.I. Sr. Joan Manel Abril Campoy, i els magistrats M.I. Sr. Vincent Anière i M.I. Sra. Eulàlia Amat Llari, ha adoptat la resolució següent:
ANTECEDENTS DE FET
I.- En data 31-10-2018, el Sr. Morales va formular recusació de l'Hble. Batlle per una pretesa pèrdua de confiança, derivada del fet que en el procediment abreujat en el que es va emplaçar als magistrats del Tribunal de Corts identificats per l'agent, es va admetre un escrit de la contrapart abans del lliurament de la demanda. El fet d'acceptar l'escrit de la representació processal dels magistrats del Tribunal de Corts, realitzar un acta, no donar trasllat de la demanda i suspendre el procediment fins a resoldre si s'admet o no la demanda, constitueix una vulneració del dret a un judici equitatiu del seu mandant.
Considera que aquest dret es troba íntimament lligat al dret a un tribunal imparcial i per això es formula recusació. Admet que aquest motiu de recusació no es troba recollit en l'article 73 LQJ, però segons la jurisprudència del TEDH el llistat no és un numerus clausus i es remet a la causa Panovits c Xipre de 11-12-2008.