I. Faits, cadre procédural et contexte du litige
A. Origine du litige et prétentions des parties
STCOR 156/2015 (Tribunal de Corts, Penal, 4 décembre 2015)
Décision commentée : STCOR 156/2015 (ECLI:AD:TCORAD:2015:156) (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le litige porte sur la cession d'une bobina de câble de cuivre appartenant à la société ORG_0, entreprise chargée de la construction d'un nouveau four incinérateur à Andorre-la-Vieille. Selon les faits retenus, le 26 juin 2006, M. Castilla, chargé du chantier, a demandé à M. Téllez, employé de la même société, s'il connaissait un acquéreur pour du « câble de rebut revalorisable ». M. Téllez a mis en relation M. Castilla avec M. Duque, récupérateur de ferraille. Les parties ont convenu d'un prix de 1 500 EUR, payé par chèque au porteur remis à M. Castilla. Le même jour, M. Duque s'est rendu sur le chantier et a chargé dans son camion une bobina de câble électrique de cuivre, qu'il a restituée le 28 juin 2006, à la suite de la réclamation de l'entreprise.
Le Ministère public a retenu la qualification de vol qualifié par la valeur de la chose, supérieure à 6 000 EUR, et de vol avec abus de confiance, au sens de l'article 198 b) et e) du Code pénal. Il a requis vingt-quatre mois de prison avec sursis pour M. Castilla, comme auteur des deux infractions, et dix-huit mois avec sursis pour M. Duque, comme auteur du délit majeur. Lors de l'audience, il a ramené ces quantum à dix-huit mois et douze mois respectivement, et n'a formulé aucune demande au titre de la responsabilité civile, celle-ci n'ayant pas été établie.
Les conseils des deux prévenus ont conclu à leur relaxe pleine et entière. Ils ont soutenu que les faits n'étaient constitutifs d'aucune infraction. Subsidiairement, la défense de M. Castilla a invoqué une qualification de délit mineur au titre de l'article 197 du Code pénal, qu'elle estimait prescrit. La défense de M. Duque a relevé que la valeur de la bobina n'était pas établie et que ce dernier, loin d'être l'auteur d'un vol, était lui-même la victime d'une absence de paiement.
Le Tribunal de Corts a été saisi sous le numéro 3400040/2014 (anciennement TC-040-3/14). La décision est rendue par Mme Anna Estragués Armengol, rapporteure, assistée de MM. Josep Maria Pijuan Canadell et de Mme Concepció Baron Mora.
Question de droit
La question posée au tribunal était de déterminer si les éléments constitutifs du vol qualifié, et plus précisément son élément subjectif, étaient établis à l'encontre des prévenus. Le délit de vol, défini à l'article 197 du Code pénal, suppose la soustraction d'une chose mobilière d'autrui, non abandonnée, sans le consentement de son propriétaire, commise avec l'intention de tirer profit. Le tribunal rappelle que l'infraction est intentionnelle : son auteur doit savoir que la chose appartient à autrui et que le propriétaire n'a pas consenti à son appropriation.
Une seconde question, de nature probatoire, se posait : la charge de la preuve de cet élément intentionnel pesait sur l'accusation, et le doute devait profiter aux prévenus. Le tribunal s'appuie à cet égard sur le principe de présomption d'innocence, garanti par l'article 3.4 de la Constitution andorrane et par l'article 6.2 de la
Dans l'espèce soumise à l'appréciation de Tribunal de Corts, le différend s'est noué autour de l'application des règles régissant le domaine jurisprudence au sein de l'ordre juridique de Principauté d'Andorre.
« VIST en judici oral i públic pel Molt Il·lustre Tribunal de Corts, la causa núm. 3400040/2014 (anteriorment TC-040-3/14) seguida per uns presumptes delictes majors de furt qualificat per valor superior a sis mil euros i furt amb abús de confiança contra Castilla nascut el 20 d'agost de 1971 a Escaldes- Engordany, de nacionalitat andorrana, amb domicili a d'Escaldes-Engordany i per un presumpte delicte major de furt qualificat per valor superior a sis mil euros contra Duque nascut el 15 de juliol de 1976 a Sant Pol … »
B. Déroulement de l'instance et saisine de la juridiction
Saisie suivant les formes et délais prescrits par le droit processuel applicable devant les juridictions de Principauté d'Andorre, Tribunal de Corts devait vérifier la régularité des moyens soulevés ainsi que la qualification juridique exacte des faits constatés. La décision inscrite sous la référence STCOR ANDORRA, a 04 de desembre del 2015 - ROJ: STCOR 156/2015 s'inscrit dans la jurisprudence constante visant à garantir la sécurité juridique des sujets de droit et la prévisibilité du contrôle juridictionnel.
II. Problème de droit et fondements textuels mobilisés
A. La question juridique centrale soumise au juge
La question déterminante posée à Tribunal de Corts consistait à déterminer dans quelle mesure les constatations souveraines opérées au fond et l'interprétation des textes invoqués justifiaient la solution retenue (rejet), au regard des exigences d'équilibre probatoire et de légalité matérielle.
B. Corpus normatif et textes de référence cités
L'analyse juridique s'articule autour des dispositions et références normatives suivantes :
- Corpus normatif applicable en Principauté d'Andorre (jurisprudence)
- Principes directeurs du procès équitable et contrôle de motivation juridictionnelle
III. Solution retenue et architecture de la motivation
A. L'articulation du syllogisme juridictionnel
Pour trancher le litige, Tribunal de Corts procède à une confrontation rigoureuse entre la règle de droit applicable et les éléments matériels versés aux débats :
« RESULTANT PRIMER : Són fets provats i així es declara que en data 26 de juny del 2006, durant el matí, el processat Castilla, encarregat de l'obra de construcció del nou forn incinerador per compte de la societat ORG_0, demanà a Téllez, que també hi treballava per compte de la mateixa societat, si coneixia a algú interessat en adquirir cable de rebuig revaloritzable. Téllez contactà aleshores amb el processat Duque amb qui Castilla convingué la venda de restes de coure per un import de 1.500 EUR que Duque va satisfer en aquell mateix acte mitjançant un xec de 1.500 EUR al p… »
B. Dispositif et sens de la décision
Au terme de sa démonstration, la juridiction prononce son dispositif dans les termes suivants :
« Contra aquesta sentència es pot interposar recurs d'apel·lació en un termini de quinze dies següents a la notificació de conformitat amb el què disposa l'article 195, 199 i concordants del Codi de Procediment Penal. »
Cette motivation met en évidence le soin apporté par Tribunal de Corts à caractériser précisément les conditions d'application de la norme avant d'en tirer toutes les conséquences juridiques à l'égard des parties.
IV. Portée normative, sécurité juridique et repères pratiques
A. Apport à la cohérence jurisprudentielle (Principauté d'Andorre)
Sur le plan théorique et systémique, cet arrêt consolide l'interprétation retenue par Tribunal de Corts en matière de jurisprudence. Il offre un jalon fiable pour l'évaluation de la stabilité de la règle jurisprudentielle et s'intègre dans le référentiel comparé suivi par Korpus.
B. Recommandations opérationnelles pour les praticiens
- Qualification préalable : vérifier systématiquement la réunion cumulative des critères factuels exigés par Tribunal de Corts avant d'engager l'action ou de soulever le moyen ;
- Traçabilité probatoire : documenter par écrit l'ensemble des pièces justificatives correspondant aux textes visés (corpus légal applicable) ;
- Anticipation procédurale : mobiliser cette décision du 04 décembre 2015 comme précédent pertinent dans les écritures portant sur un litige analogue en Principauté d'Andorre.
Sentència
S E N T È N C I A
Magistrats Srs.
Josep Maria Pijuan Canadell
Concepció Baron Mora
Anna Estragués Armengol
Andorra la Vella, quatre de desembre del dos mil quinze.
VIST en judici oral i públic pel Molt Il·lustre Tribunal de Corts, la causa núm. 3400040/2014 (anteriorment TC-040-3/14) seguida per uns presumptes delictes majors de furt qualificat per valor superior a sis mil euros i furt amb abús de confiança contra Castilla nascut el 20 d'agost de 1971 a Escaldes- Engordany, de nacionalitat andorrana, amb domicili a d'Escaldes-Engordany i per un presumpte delicte major de furt qualificat per valor superior a sis mil euros contra Duque nascut el 15 de juliol de 1976 a Sant Pol de Mar (Barcelona, Espanya), fill de José i Maria Presentación, de nacionalitat andorrana, amb domicili a Sant Julià de Lòria; assegura la defensa del processat Castilla la lletrada Sra. Gálvez i la del processat Duque la lletrada Sra. ENTITY_7; és part acusadora el Ministeri Fiscal representat per la Sra. ENTITY_8; és ponent i redactora de la sentència, la Magistrada Sra. Anna Estragués Armengol .
Antecedents de fet
RESULTANT PRIMER : Són fets provats i així es declara que en data 26 de juny del 2006, durant el matí, el processat Castilla, encarregat de l'obra de construcció del nou forn incinerador per compte de la societat ORG_0, demanà a Téllez, que també hi treballava per compte de la mateixa societat, si coneixia a algú interessat en adquirir cable de rebuig revaloritzable. Téllez contactà aleshores amb el processat Duque amb qui Castilla convingué la venda de restes de coure per un import de 1.500 EUR que Duque va satisfer en aquell mateix acte mitjançant un xec de 1.500 EUR al portador, que lliurà al processat Castilla.