I. Faits, cadre procédural et contexte du litige
A. Origine du litige et prétentions des parties
STSJAD 128/2010 (Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, Sala Civil, 27 mai 2010)
Décision commentée : Juridiction andorrane, STSJAD 128/2010, 27 mai 2010, ECLI:AD:TSJADAD:2010:128 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le 4 avril 2003, un accident de la circulation routière survient en Andorre. Il implique notamment le véhicule de M. Manzano, assuré auprès de la compagnie Andrade, et le véhicule de Mme Pla, dont la compagnie d'assurances est Hoyos. Le véhicule de la société Guerrero est endommagé.
Le 11 novembre 2003, la société Guerrero dépose une querelle criminelle pour une infraction pénale de dommages par imprudence contre M. Manzano et Mme Pla, et subsidiairement contre MM. Miró et Suárez ainsi que leurs compagnies d'assurances. L'admission de la plainte fait l'objet de décisions successives, dont une ordonnance d'admission partielle (17 novembre 2003), une révocation par la Cour (29 juin 2004) et une ordonnance du juge d'instruction (20 décembre 2004) qui laisse sans effet la poursuite visant les autres personnes. Cette dernière est annulée par ordonnance du président de la Cour (21 avril 2005). Seul M. Manzano est cité devant la juridiction pénale pour le délit de lésions par imprudence. Mme Pla n'est citée qu'en qualité de personne lésée et ne se constitue ni partie civile ni acusación particular. Par ordonnance du 22 novembre 2006, la Cour déclare l'action pénale éteinte à l'égard de M. Manzano pour cause de prescription.
Les demandeurs, MM. Pla et Suárez et la compagnie Hoyos, saisissent la Batllia le 19 novembre 2007 d'une action ordinaire contre M. Manzano et la compagnie Andrade. Ils réclament notamment la valeur vénale du véhicule accidenté et l'indemnisation du préjudice subi par Mme Pla, y compris la régularisation de cotisations auprès de la CASS. La défense soulève l'exception péremptoire de prescription de l'action.
Par jugement du 2 septembre 2009, le Tribunal unipersonnel des Batlles accueille l'exception de prescription à l'égard des demandeurs (procédure n° 240/09 en appel). Les demandes de la société Guerrero sont partiellement accueillies et celles de la CASS sont intégralement accueillies à l'encontre de M. Manzano et de la compagnie Andrade. Seuls les demandeurs initiaux forment appel.
Question de droit
La question posée à la Sala Civil est double.
En premier lieu, il s'agit de déterminer si l'action en responsabilité extracontractuelle fondée sur la Llei Aquilia, dont le délai de prescription est d'un an, était éteinte au moment où elle a été introduite le 19 novembre 2007, alors que l'accident date du 4 avril 2003.
En second lieu, la juridiction doit apprécier si l'existence d'une procédure pénale engagée par un tiers (la société Guerrero) a suspendu ou reporté le point de départ du délai, et si la victime qui n'a pas formellement pris la qualité de partie civile peut encore se prévaloir de ce report. La question se résume ainsi à l'articulation entre l'action
Dans l'espèce soumise à l'appréciation de Tribunal Superior de Justícia d’Andorra, le différend s'est noué autour de l'application des règles régissant le domaine jurisprudence au sein de l'ordre juridique de Principauté d'Andorre.
« Reunida la Sala Civil del M.I. Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, sota la presidència del M.I. Sr. Jean Louis Vuillemin, i els magistrats M.I. Sr. Joan Manel Abril Campoy i M.I. Sra. Eulàlia Amat Llari, ha adoptat la resolució següent: »
B. Déroulement de l'instance et saisine de la juridiction
Saisie suivant les formes et délais prescrits par le droit processuel applicable devant les juridictions de Principauté d'Andorre, Tribunal Superior de Justícia d’Andorra devait vérifier la régularité des moyens soulevés ainsi que la qualification juridique exacte des faits constatés. La décision inscrite sous la référence STSJAD ANDORRA, a 27 de maig del 2010 - ROJ: STSJAD 128/2010 s'inscrit dans la jurisprudence constante visant à garantir la sécurité juridique des sujets de droit et la prévisibilité du contrôle juridictionnel.
II. Problème de droit et fondements textuels mobilisés
A. La question juridique centrale soumise au juge
La question déterminante posée à Tribunal Superior de Justícia d’Andorra consistait à déterminer dans quelle mesure les constatations souveraines opérées au fond et l'interprétation des textes invoqués justifiaient la solution retenue (confirmation), au regard des exigences d'équilibre probatoire et de légalité matérielle.
B. Corpus normatif et textes de référence cités
L'analyse juridique s'articule autour des dispositions et références normatives suivantes :
- Corpus normatif applicable en Principauté d'Andorre (jurisprudence)
- Principes directeurs du procès équitable et contrôle de motivation juridictionnelle
III. Solution retenue et architecture de la motivation
A. L'articulation du syllogisme juridictionnel
Pour trancher le litige, Tribunal Superior de Justícia d’Andorra procède à une confrontation rigoureuse entre la règle de droit applicable et les éléments matériels versés aux débats :
« I.- El Sr. Suárez, la Sra. Pla i la companyia d'assegurances Hoyos van presentar davant de l'Hble. Batllia demanda a tramitar pel procediment ordinari contra el Sr. Manzano i la companyia d'assegurances Andrade, en la qual interessava que en el seu dia es dictés sentència condemnant als defenents, a indemnitzar a la companyia Hoyos en la suma total de 2.103 EUR corresponent al valor venal del vehicle sinistrat; a indemnitzar a la Sra. Pla la suma de 13.785,95 EUR, aixi com la declaració voluntària per davant la CASS de les quantitats que va deixar de percebre de salari, amb… »
B. Dispositif et sens de la décision
Au terme de sa démonstration, la juridiction prononce son dispositif dans les termes suivants :
« Així per aquesta nostra resolució, de la qual en serà tramés testimoni a l'Hble. President de la Batllia, per al seu coneixement i als efectes escaients, definitivament jutjant, ho pronunciem, manem i signem. »
Cette motivation met en évidence le soin apporté par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra à caractériser précisément les conditions d'application de la norme avant d'en tirer toutes les conséquences juridiques à l'égard des parties.
IV. Portée normative, sécurité juridique et repères pratiques
A. Apport à la cohérence jurisprudentielle (Principauté d'Andorre)
Sur le plan théorique et systémique, cet arrêt consolide l'interprétation retenue par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra en matière de jurisprudence. Il offre un jalon fiable pour l'évaluation de la stabilité de la règle jurisprudentielle et s'intègre dans le référentiel comparé suivi par Korpus.
B. Recommandations opérationnelles pour les praticiens
- Qualification préalable : vérifier systématiquement la réunion cumulative des critères factuels exigés par Tribunal Superior de Justícia d’Andorra avant d'engager l'action ou de soulever le moyen ;
- Traçabilité probatoire : documenter par écrit l'ensemble des pièces justificatives correspondant aux textes visés (corpus légal applicable) ;
- Anticipation procédurale : mobiliser cette décision du 27 mai 2010 comme précédent pertinent dans les écritures portant sur un litige analogue en Principauté d'Andorre.
Sentència
TRIBUNAL SUPERIOR DE JUSTÍCIA
Sala Civil
TSJC-0240/09
SENTÈNCIA
En nom del Poble Andorrà.-
A la vila d'Andorra la Vella, el 27 de maig de 2010.
Reunida la Sala Civil del M.I. Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, sota la presidència del M.I. Sr. Jean Louis Vuillemin, i els magistrats M.I. Sr. Joan Manel Abril Campoy i M.I. Sra. Eulàlia Amat Llari, ha adoptat la resolució següent:
ANTECEDENTS DE FET
I.- El Sr. Suárez, la Sra. Pla i la companyia d'assegurances Hoyos van presentar davant de l'Hble. Batllia demanda a tramitar pel procediment ordinari contra el Sr. Manzano i la companyia d'assegurances Andrade, en la qual interessava que en el seu dia es dictés sentència condemnant als defenents, a indemnitzar a la companyia Hoyos en la suma total de 2.103 EUR corresponent al valor venal del vehicle sinistrat; a indemnitzar a la Sra. Pla la suma de 13.785,95 EUR, aixi com la declaració voluntària per davant la CASS de les quantitats que va deixar de percebre de salari, amb la finalitat de recuperar els punts de vellesa que repercutiran en el càlcul de la seva jubilació; i incrementar en l'interès legal les quantitats reclamades a partir de la data de contesta a la demanda.