Résumé éditorial
# STSJAD, Penal, 25 octobre 2012 (ROJ STSJAD 407/2012, ECLI:AD:TSJADAD:2012:407)
> Décision commentée : Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, Sala Penal, sentence n° 23-12, 25 octobre 2012, recours n° 29/12 (ROJ STSJAD 407/2012 – ECLI:AD:TSJADAD:2012:407) ([Lire sur source officielle](https://jurisprudencia.poderjudicial.es/andorra/))
## Faits et procédure
Deux gérants de sites de vente en ligne, désignés dans la décision sous les noms de Tejada et de Duque, proposaient à la vente, par les sites « pixelmercat » et « sydneyandorra », des produits d'électronique, d'audiovisuel et de photographie. Selon les faits déclarés provés par la juridiction du premier degré, les prévenus encaissaient le prix à la commande, alors qu'ils ne disposaient pas de la marchandise et ne se la procuraient qu'après paiement, auprès de commerçants ou de grossistes de la Principauté. Les marchandises n'étaient jamais livrées.
La décision relève que les sommes en cause s'élevaient à 14 310,74 EUR pour Tejada (19 clients de « pixelmercat ») et à 14 665 EUR pour Duque (8 clients de « sydneyandorra »). Les acheteurs sont identifiés par leurs initiales dans le texte. Le tribunal de Corts a condamné les deux prévenus, en qualité d'auteurs d'un délit majeur continu d'escroquerie qualifiée, à une peine d'un an de prison conditionnelle pour Tejada et de dix-huit mois de prison conditionnelle pour Duque, assorties d'obligations de réparation civile sur une durée de quatre ans. Les dépens ont été mis à leur charge solidaire.
Les deux défenses ont interjeté appel. Tejada soutient que l'absence de stock et de boutique physique ne constitue pas une tromperie et que les faits relèveraient, au plus, d'un détournement (*apropiació indeguda*). Il demande que la peine ne dépasse pas un an de prison conditionnelle. Duque soutient que son client exerçait une activité commerciale légalement autorisée et que l'affaire relève d'un simple manquement contractuel, la seule qualification envisageable étant celle de l'article 236 du Code pénal, relative à l'induction en erreur du consommateur dans le domaine du commerce. Le ministère public demande la confirmation intégrale du jugement.
## Question de droit
La question centrale porte sur la frontière entre l'escroquerie et l'appropriation indue. Plus précisément, il s'agissait de déterminer si la seule absence de stock et de local commercial, dissimulée à des acheteurs qui paient d'avance, caractérise une manœuvre trompeuse suffisante pour constituer une escroquerie, ou si l'opération ne relève que de l'obligation de livrer, sans tromperie pénalement caractérisée.
Accessoirement, la juridiction devait apprécier le quantum de la peine au regard des circonstances personnelles des prévenus, et régler le sort de la réparation civile, en particulier celui d'un véhicule remis en garantie par Tejada.
## Solution et dispositif
La Sala Penal rejette l'appel et confirme le jugement de première instance. Elle motive sa décision sur plusieurs points.
Elle écarte d'abord la qualification d'appropriation indue. Elle relève que les vendeurs ayant perçu un paiement anticipé pour une marchandise encore à acquérir n'avaient pas d'obligation de restituer les sommes reçues, ce qui exclut le détournement d'une chose remise à titre précaire.
Elle retient ensuite l'existence d'une escroquerie. Selon la décision, les prévenus savaient dès l'origine qu'ils ne disposaient pas des produits, mais ils ont contracté en laissant croire qu'ils disposaient d'un stock. Ils ont également fait croire à l'existence d'une boutique située à une adresse précise, afin de créer une relation de confiance. Le tribunal qualifie cette « apparence trompeuse » de cause déterminante des commandes et des paiements anticipés, « actuant amb ànim de lucre », et ce même si les prévenus avaient peut-être initialement l'intention d'acheter et d'expédier la marchandise. Il ajoute que