STSJAD ANDORRA, a 30 de març del 2022 - ROJ: STSJAD 94/2022
cassation_totale
JuridictionTribunal Superior de Justícia d’Andorra
Niveaucassation
Date du prononcé30 mars 2022
Numéro93/21
Juridictions couvertes
AD
Matière(s)jurisprudence
Publié sur Korpus5 novembre 2026
Résumé éditorial
# STSJAD 94/2022 - ECLI:AD:TSJADAD:2022:94
> Décision commentée : Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, Sala Administrativa, 30 mars 2022, n° 29-2021 (Recurso 93/21, NIG 2000067/2019) ([Lire sur source officielle](https://jurisprudencia.poderjudicial.es/andorra/))
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## I. Le contexte factuel et procédural
### A. Les faits à l'origine du litige
Le litige s'inscrit dans le cadre des activités industrielles et énergétiques déployées en Principauté d'Andorre par l'entité de droit public *Forces Elèctriques d'Andorra* (ci-après « FEDA »). FEDA a engagé une procédure de passation contractuelle aux fins de confier à un opérateur économique la rédaction de l'avant-projet, du projet d'exécution ainsi que la direction des travaux nécessaires à la création d'une centrale de cogénération et d'un réseau de chaleur situés au Pas de la Case (*Pas de la Casa*).
À l'issue de cette procédure de sélection, FEDA a formellement adopté un accord attribuant le marché litigieux à l'entreprise E. Contestant les conditions de passation et la régularité de ce choix contractuel, une société soumissionnaire évincée, la société Luís (*S. Luís*), a décidé d'exercer un recours juridictionnel afin de faire censurer la décision d'adjudication rendue au profit de sa concurrente.
### B. Le parcours procédural et les prétentions des parties
La société Luís a formé une demande en justice devant la juridiction administrative de première instance, à savoir la section administrative du Tribunal de Batlles (*Tribunal de Batlles*). Au cours de l'instruction devant cette juridiction, divers incidents procéduraux sont intervenus : le tribunal a notamment rendu une ordonnance (*aute*) de rejet d'une mesure conservatoire ainsi qu'une ordonnance rejetant un recours gracieux (*reposició*) dirigé contre le refus d'ordonner une mesure d'instruction probatoire. Au sein de ces différentes décisions préalables, la question d'un éventuel défaut de compétence matérielle de la juridiction saisie n'avait été ni soulevée par les parties, ni évoquée par le magistrat instructeur.
Toutefois, par un jugement n° 68/2021, le Tribunal de Batlles a rejeté la demande au fond formulée par la société demanderesse en retenant que la juridiction administrative était incompétente pour apprécier la conformité au droit des contrats conclus par l'établissement public FEDA.
La société Luís a interjeté appel de ce jugement devant la Chambre administrative du Tribunal supérieur de justice d'Andorre (*Tribunal Superior de Justícia, Sala Administrativa*). Au soutien de son recours d'appel, l'appelante a fait valoir :
- Que le Tribunal de Batlles aurait dû impérativement octroyer aux parties l'opportunité de formuler des observations préalables sur la compétence de l'organe juridictionnel avant de déclarer d'office son incompétence, en conformité avec la jurisprudence issue de la décision n° 25/2021 du 18 mars 2021 ;
- Que les précédentes ordonnances rendues au cours de l'instance n'avaient jamais mentionné une telle incompétence ;
- Que FEDA est une entité de droit public poursuivant une mission d'intérêt général dans le secteur public ;
- Que bien que la loi 5/2016 soumette par principe la passation contractuelle de FEDA au droit privé, ce texte impose néanmoins le respect absolu des principes de publicité et de mise en concurrence, lesquels relèvent par nature des canons de la commande publique.
En réplique, l'entité publique FEDA a développé une position convergente quant à l'intervention du juge administratif en faisant valoir :
- Qu'en vertu de l'article 1er de la loi 5/2016, FEDA constitue une entité de droit public intégrant l'Administration publique au sens de l'article 13.3 du Code de l'Administration ;
- Que l'objet du litige n'affecte pas l'exécution ou l'interprétation des clauses contractuelles, mais porte sur la phase préalable d'adjudication du marché, laquelle s'analyse comme un « acte détachable » (*acte separable*) régi par le droit public ;
- Que si la loi 5/2016 prévoit l'application d'un manuel de bonnes pratiques tout en excluant le champ général de la loi sur les marchés publics, elle ne précise pas expressément si le contrôle juridictionnel incombe à l'ordre administratif ou judiciaire civil ;
- Qu'en répondant à la demande initiale, FEDA s'était tacitement soumise à la compétence de la juridiction administrative en considérant que l'adjudication constitue un acte administratif justiciable devant cet ordre de juridiction en application de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice (*Llei qualificada de la Justícia*).
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## II. La question de droit et la solution de la juridiction
### A. Le problème juridique posé
L'arrêt rendu par le Tribunal supérieur de justice d'Andorre aborde une problématique articulant régularité processuelle et délimitation des compétences juridictionnelles.
En premier lieu, la juridiction d'appel devait déterminer si le juge de première instance pouvait régulièrement relever d'office son incompétence matérielle dans le cadre du jugement sur le fond sans avoir préalablement soumis ce moyen d'ordre public à la discussion contradictoire des parties, au regard des prévisions de la loi sur la juridiction administrative et fiscale (notamment ses articles 19 et 29) et des exigences du procès équitable.
En second lieu, il incombait à la juridiction d'apprécier si la contestation de la décision d'adjudication d'un marché adoptée par une entité publique industrielle et commerciale (FEDA) — dont les contrats sont par ailleurs soumis au droit privé par un texte législatif sectoriel spécifique (loi 5/2016) — relève du contrôle de légalité dévolu à la juridiction administrative au regard de la nature de l'acte attaqué et de la notion d'acte détachable.
### B. Le raisonnement et la motivation de la cour
Le Tribunal supérieur de justice fonde son raisonnement sur une analyse combinée du cadre institutionnel propre au secteur énergétique andorran et des principes fondamentaux du contentieux administratif.
Sur le plan normatif matériel, la Cour retrace l'évolution législative du secteur électrique andorran, marquée historiquement par une réglementation fragmentaire, jusqu'à l'adoption de la loi 5/2016 du 10 mars 2016 régissant l'entité publique FEDA. La juridiction relève que si FEDA demeure une entité de droit public à caractère commercial et industriel bénéficiant d'une autonomie patrimoniale et de gestion, le législateur a entendu, par l'article 16 de ladite loi, assujettir ses contrats au droit privé en écartant le régime général de la loi sur les marchés publics (*Llei de contractació pública*). Néanmoins, cette liberté contractuelle de droit privé est expressément tempérée par l'obligation imposée au conseil d'administration de veiller au respect des principes cardinaux de publicité et de mise en concurrence, ainsi que par l'édiction obligatoire d'un manuel de bonnes pratiques garantissant la transparence.
Parallèlement, la Cour rappelle les termes de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice, attribuant à la juridiction administrative la plénitude de compétence pour contrôler la soumission au droit des actes normatifs et d'exécution émanant de l'Administration publique (laquelle englobe les entités parapubliques visées à l'article 13 du Code de l'Administration).
Sur le plan procédural et juridictionnel, la Chambre administrative réaffirme le principe fondamental selon lequel l'incompétence juridictionnelle fait obstacle à tout prononcé sur le fond du droit et peut être relevée d'office. Toutefois, la détermination de cette compétence s'opère nécessairement à l'aune de la nature intrinsèque de l'acte soumis au contrôle de légalité.
Abordant le moyen tiré du défaut de consultation préalable des parties, la Cour confronte l'impératif du contradictoire à la règle *iura novit curia*. Elle rappelle la portée de sa jurisprudence antérieure (arrêt n° 21/2021) et la doctrine du Tribunal constitutionnel andorran : si le juge peut introduire des motifs d'office pour statuer sur les prétentions formulées (technique de la « thèse » régie par l'article 29 de la loi de la juridiction administrative et fiscale, ci-après « LJAF »), l'ouverture d'un débat préalable demeure encadrée. Constatant que la qualification de l'acte d'adjudication et l'examen de la compétence juridictionnelle avaient été tranchés de manière erronée ou prématurée par le premier juge sans préserver l'examen requis de la nature de la décision attaquée, le Tribunal supérieur censure la décision du Tribunal de Batlles. En conséquence, la Chambre administrative accueille le recours, infirme le jugement déclinatoire et ordonne le renvoi de l'affaire devant les premiers juges administratifs pour qu'ils statuent sur le fond du litige.
### C. Le dispositif
La décision se clôt par les mentions expresses suivantes :
> « DECISIÓ
>
> En atenció a tot el què s'ha exposat, la Sala Administrativa del Tribunal Superior de Justícia, en nom del poble andorrà, decideix :
>
> Primer.- Estimar el recurs d'apel·lació presentat per S. Luís.
>
> Segon.- Revocar la sentència recorreguda i retornar les actuacions al Tribunal de Batlles per tal que resolgui la qüestió de fons.
>
> Tercer.- No efectuar cap condemna en costes.
>
> Aquesta sentència és ferma i executiva.
>
> Manem que una vegada s'hagi complert el que disposa l'article 76 de la Llei de la Jurisdicció Administrativa i Fiscal es lliurin els autes originals amb la certificació d'aquesta sentència al Tribunal de Batlles, Secció Administrativa del qual procedien, i que s'arxivin les actuacions del Tribunal.
>
> Així, per aquesta nostra sentència, definitivament jutjant, ho manem i signem. »
*Traduction fidèle en langue française :*
> « DÉCISION
>
> Au vu de tout ce qui a été exposé, la Chambre administrative du Tribunal supérieur de justice, au nom du peuple andorran, décide :
>
> Premièrement.- Accueillir le recours d'appel formé par la société Luís.
>
> Deuxièmement.- Révoquer le jugement entrepris et renvoyer la cause et les actes de la procédure au Tribunal de Batlles afin qu'il statue sur la question de fond.
>
> Troisièmement.- Ne prononcer aucune condamnation aux dépens.
>
> La présente sentence est définitive et exécutoire.
>
> Ordonnons qu'une fois accomplies les prescriptions de l'article 76 de la loi sur la juridiction administrative et fiscale, les pièces originales du dossier accompagnées de la certification de la présente sentence soient transmises au Tribunal de Batlles, section administrative dont elles proviennent, et que la procédure soit classée auprès du greffe de ce Tribunal.
>
> Ainsi, par notre présente sentence, jugeant définitivement, nous l'ordonnons et le signons. »
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## III. L'analyse et la portée jurisprudentielle
### A. L'inscription dans la jurisprudence nationale et européenne
L'arrêt rendu par le Tribunal supérieur de justice d'Andorre le 30 mars 2022 s'inscrit au cœur des tensions classiques qui traversent la théorie générale des contrats des personnes publiques : la conciliation entre la privatisation du régime contractuel de gestion et le maintien d'un contrôle administratif sur la formation du lien synallagmatique.
#### 1. La théorie des actes détachables dans les contrats de droit privé des entités publiques
En droit administratif comparé continental (notamment en France depuis le célèbre arrêt d'assemblée du Conseil d'État, 4 août 1905, *Martin*, et en droit espagnol à travers la doctrine classique des *actos separables*), la conclusion d'un contrat de droit privé par une personne morale de droit public ne dépouille pas intégralement l'opération de sa nature administrative. Si le fond du contrat relève du juge judiciaire civil quant à son interprétation, sa validité intrinsèque et son exécution, les décisions unilatérales préalables qui conditionnent la volonté contractuelle de l'entité publique — au premier rang desquelles figure l'acte d'adjudication ou d'attribution — constituent des actes administratifs unilatéraux détachables.
En l'espèce, la législation andorrane sectorielle issue de la loi 5/2016 a entendu soustraire FEDA à la rigidité de la loi générale sur la commande publique afin de conférer à cet opérateur étatique l'agilité requise dans les secteurs de l'électricité, du froid et de la chaleur. Pour autant, le législateur n'a pas institué une immunité juridictionnelle. L'article 16 de la loi 5/2016 maintient expressément l'assujettissement de l'établissement aux exigences fondamentales de publicité et de mise en concurrence. Dès lors que l'entité publique FEDA demeure rattachée organiquement à l'Administration publique (au sens de l'article 13 du Code de l'Administration et de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice), sa décision de désigner le cocontractant demeure un acte de puissance publique ou d'administration. En renvoyant l'affaire au Tribunal de Batlles pour trancher le fond, le Tribunal supérieur consacre l'aptitude et la compétence de la juridiction administrative pour connaître de la légalité des actes de passation, indépendamment du statut privé subséquent du contrat signé.
#### 2. L'encadrement des prérogatives d'office et le principe du contradictoire
L'autre apport majeur de la décision touche au formalisme processuel gouvernant le relevé d'office des fins de non-recevoir ou des déclinaisons de compétence. L'articulation entre le pouvoir souverain du juge d'appliquer le droit applicable (*iura novit curia*) et le droit à un procès équitable (garantissant que les motifs déterminants du jugement fassent l'objet d'un débat loyal) constitue un contentieux récurrent dans l'ordre constitutionnel andorran.
Dans ses motifs, la Cour rappelle la portée de l'article 29 de la LJAF (mécanisme de la « thèse »), qui offre au juge administratif la faculté de soulever d'autres motifs déterminants avant de rendre sa décision. Si la jurisprudence constitutionnelle andorrane (citant les ordonnances des 15 novembre et 12 décembre 2001) a pu considérer que l'article 29 constituait une simple faculté et que le principe *iura novit curia* affaiblissait le principe de pure disposition en matière administrative, l'introduction impromptue d'un moyen d'incompétence matérielle dans le corps du jugement final heurte la prévisibilité juridictionnelle. Le Tribunal supérieur rappelle donc avec fermeté que la compétence, si elle est d'ordre public, doit être appréciée rigoureusement selon « la nature de l'accord soumis au contrôle de légalité », empêchant les juridictions du premier degré de se retrancher derrière une incompétence sommaire sans analyse approfondie du bloc de légalité administrative applicable à l'entité défenderesse.
### B. Les implications pratiques pour les praticiens
Cet arrêt présente des répercussions concrètes significatives pour les avocats, magistrats et directions juridiques des établissements publics opérant en Principauté d'Andorre.
1. **Orientation des recours contentieux des opérateurs économiques évincés** :
Pour les candidats malheureux aux appels d'offres ou consultations menés par FEDA — ou par d'autres entités publiques industrielles et commerciales soumises à des régimes juridiques mixtes —, la voie de l'action en annulation devant la section administrative du Tribunal de Batlles est confortée. Les justiciables doivent veiller à concentrer leurs conclusions sur l'illégalité intrinsèque de l'acte unilatéral d'attribution (détachable du contrat) au regard du non-respect des règles de concurrence, de transparence et du manuel de bonnes pratiques imposé par la législation sectorielle, plutôt que d'invoquer une inexécution de stipulations contractuelles de droit privé.
2. **Stratégie contentieuse des personnes publiques parapubliques** :
FEDA et les entités similaires ne peuvent pas exciper de leur soumission au droit privé en matière contractuelle pour échapper au contrôle de légalité administratif de leurs choix de sélection. En outre, la posture procédurale de FEDA dans cette affaire — reconnaissant elle-même la compétence administrative sous l'angle de l'acte détachable et s'y soumettant — illustre la nécessité pour les défendeurs publics de clarifier sans équivoque la qualification de leurs décisions d'adjudication pour prévenir les reports de procédure et les renvois successifs après appel.
3. **Vigilance relative à l'office du juge et au respect du contradictoire** :
Pour les praticiens plaidant devant le Tribunal de Batlles, la décision met en lumière l'obligation d'inciter activement le juge de première instance à mettre en œuvre le mécanisme de la « thèse » de l'article 29 de la LJAF dès lors qu'un doute survient sur la recevabilité ou la compétence matérielle. À défaut, la survenance d'un moyen relevé d'office directement dans le dispositif du jugement constitue une cause d'infirmation en appel, exposant les justiciables à une prolongation substantielle des délais de jugement par suite du renvoi de l'affaire devant les premiers juges.
Korpus — Jurisprudence
STSJAD ANDORRA, a 30 de març del 2022 - ROJ: STSJAD 94/2022
STSJAD 94/2022 - ECLI:AD:TSJADAD:2022:94
Reproduction verbatim
Décision commentée : Tribunal Superior de Justícia d'Andorra, Sala Administrativa, 30 mars 2022, n° 29-2021 (Recurso 93/21, NIG 2000067/2019) (Lire sur source officielle)
⁂
I. Le contexte factuel et procédural
A. Les faits à l'origine du litige
Le litige s'inscrit dans le cadre des activités industrielles et énergétiques déployées en Principauté d'Andorre par l'entité de droit public Forces Elèctriques d'Andorra (ci-après « FEDA »). FEDA a engagé une procédure de passation contractuelle aux fins de confier à un opérateur économique la rédaction de l'avant-projet, du projet d'exécution ainsi que la direction des travaux nécessaires à la création d'une centrale de cogénération et d'un réseau de chaleur situés au Pas de la Case (Pas de la Casa).
À l'issue de cette procédure de sélection, FEDA a formellement adopté un accord attribuant le marché litigieux à l'entreprise E. Contestant les conditions de passation et la régularité de ce choix contractuel, une société soumissionnaire évincée, la société Luís (S. Luís), a décidé d'exercer un recours juridictionnel afin de faire censurer la décision d'adjudication rendue au profit de sa concurrente.
B. Le parcours procédural et les prétentions des parties
La société Luís a formé une demande en justice devant la juridiction administrative de première instance, à savoir la section administrative du Tribunal de Batlles (Tribunal de Batlles). Au cours de l'instruction devant cette juridiction, divers incidents procéduraux sont intervenus : le tribunal a notamment rendu une ordonnance (aute) de rejet d'une mesure conservatoire ainsi qu'une ordonnance rejetant un recours gracieux (reposició) dirigé contre le refus d'ordonner une mesure d'instruction probatoire. Au sein de ces différentes décisions préalables, la question d'un éventuel défaut de compétence matérielle de la juridiction saisie n'avait été ni soulevée par les parties, ni évoquée par le magistrat instructeur.
Toutefois, par un jugement n° 68/2021, le Tribunal de Batlles a rejeté la demande au fond formulée par la société demanderesse en retenant que la juridiction administrative était incompétente pour apprécier la conformité au droit des contrats conclus par l'établissement public FEDA.
La société Luís a interjeté appel de ce jugement devant la Chambre administrative du Tribunal supérieur de justice d'Andorre (Tribunal Superior de Justícia, Sala Administrativa). Au soutien de son recours d'appel, l'appelante a fait valoir :
Que le Tribunal de Batlles aurait dû impérativement octroyer aux parties l'opportunité de formuler des observations préalables sur la compétence de l'organe juridictionnel avant de déclarer d'office son incompétence, en conformité avec la jurisprudence issue de la décision n° 25/2021 du 18 mars 2021 ;
Que les précédentes ordonnances rendues au cours de l'instance n'avaient jamais mentionné une telle incompétence ;
Que FEDA est une entité de droit public poursuivant une mission d'intérêt général dans le secteur public ;
Que bien que la loi 5/2016 soumette par principe la passation contractuelle de FEDA au droit privé, ce texte impose néanmoins le respect absolu des principes de publicité et de mise en concurrence, lesquels relèvent par nature des canons de la commande publique.
En réplique, l'entité publique FEDA a développé une position convergente quant à l'intervention du juge administratif en faisant valoir :
Qu'en vertu de l'article 1er de la loi 5/2016, FEDA constitue une entité de droit public intégrant l'Administration publique au sens de l'article 13.3 du Code de l'Administration ;
Que l'objet du litige n'affecte pas l'exécution ou l'interprétation des clauses contractuelles, mais porte sur la phase préalable d'adjudication du marché, laquelle s'analyse comme un « acte détachable » (acte separable) régi par le droit public ;
Que si la loi 5/2016 prévoit l'application d'un manuel de bonnes pratiques tout en excluant le champ général de la loi sur les marchés publics, elle ne précise pas expressément si le contrôle juridictionnel incombe à l'ordre administratif ou judiciaire civil ;
Qu'en répondant à la demande initiale, FEDA s'était tacitement soumise à la compétence de la juridiction administrative en considérant que l'adjudication constitue un acte administratif justiciable devant cet ordre de juridiction en application de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice (Llei qualificada de la Justícia).
⁂
II. La question de droit et la solution de la juridiction
A. Le problème juridique posé
L'arrêt rendu par le Tribunal supérieur de justice d'Andorre aborde une problématique articulant régularité processuelle et délimitation des compétences juridictionnelles.
En premier lieu, la juridiction d'appel devait déterminer si le juge de première instance pouvait régulièrement relever d'office son incompétence matérielle dans le cadre du jugement sur le fond sans avoir préalablement soumis ce moyen d'ordre public à la discussion contradictoire des parties, au regard des prévisions de la loi sur la juridiction administrative et fiscale (notamment ses articles 19 et 29) et des exigences du procès équitable.
En second lieu, il incombait à la juridiction d'apprécier si la contestation de la décision d'adjudication d'un marché adoptée par une entité publique industrielle et commerciale (FEDA) — dont les contrats sont par ailleurs soumis au droit privé par un texte législatif sectoriel spécifique (loi 5/2016) — relève du contrôle de légalité dévolu à la juridiction administrative au regard de la nature de l'acte attaqué et de la notion d'acte détachable.
B. Le raisonnement et la motivation de la cour
Le Tribunal supérieur de justice fonde son raisonnement sur une analyse combinée du cadre institutionnel propre au secteur énergétique andorran et des principes fondamentaux du contentieux administratif.
Sur le plan normatif matériel, la Cour retrace l'évolution législative du secteur électrique andorran, marquée historiquement par une réglementation fragmentaire, jusqu'à l'adoption de la loi 5/2016 du 10 mars 2016 régissant l'entité publique FEDA. La juridiction relève que si FEDA demeure une entité de droit public à caractère commercial et industriel bénéficiant d'une autonomie patrimoniale et de gestion, le législateur a entendu, par l'article 16 de ladite loi, assujettir ses contrats au droit privé en écartant le régime général de la loi sur les marchés publics (Llei de contractació pública). Néanmoins, cette liberté contractuelle de droit privé est expressément tempérée par l'obligation imposée au conseil d'administration de veiller au respect des principes cardinaux de publicité et de mise en concurrence, ainsi que par l'édiction obligatoire d'un manuel de bonnes pratiques garantissant la transparence.
Parallèlement, la Cour rappelle les termes de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice, attribuant à la juridiction administrative la plénitude de compétence pour contrôler la soumission au droit des actes normatifs et d'exécution émanant de l'Administration publique (laquelle englobe les entités parapubliques visées à l'article 13 du Code de l'Administration).
Sur le plan procédural et juridictionnel, la Chambre administrative réaffirme le principe fondamental selon lequel l'incompétence juridictionnelle fait obstacle à tout prononcé sur le fond du droit et peut être relevée d'office. Toutefois, la détermination de cette compétence s'opère nécessairement à l'aune de la nature intrinsèque de l'acte soumis au contrôle de légalité.
Abordant le moyen tiré du défaut de consultation préalable des parties, la Cour confronte l'impératif du contradictoire à la règle iura novit curia. Elle rappelle la portée de sa jurisprudence antérieure (arrêt n° 21/2021) et la doctrine du Tribunal constitutionnel andorran : si le juge peut introduire des motifs d'office pour statuer sur les prétentions formulées (technique de la « thèse » régie par l'article 29 de la loi de la juridiction administrative et fiscale, ci-après « LJAF »), l'ouverture d'un débat préalable demeure encadrée. Constatant que la qualification de l'acte d'adjudication et l'examen de la compétence juridictionnelle avaient été tranchés de manière erronée ou prématurée par le premier juge sans préserver l'examen requis de la nature de la décision attaquée, le Tribunal supérieur censure la décision du Tribunal de Batlles. En conséquence, la Chambre administrative accueille le recours, infirme le jugement déclinatoire et ordonne le renvoi de l'affaire devant les premiers juges administratifs pour qu'ils statuent sur le fond du litige.
C. Le dispositif
La décision se clôt par les mentions expresses suivantes :
Reproduction verbatim
« DECISIÓ
En atenció a tot el què s'ha exposat, la Sala Administrativa del Tribunal Superior de Justícia, en nom del poble andorrà, decideix :
Primer.- Estimar el recurs d'apel·lació presentat per S. Luís.
Segon.- Revocar la sentència recorreguda i retornar les actuacions al Tribunal de Batlles per tal que resolgui la qüestió de fons.
Tercer.- No efectuar cap condemna en costes.
Aquesta sentència és ferma i executiva.
Manem que una vegada s'hagi complert el que disposa l'article 76 de la Llei de la Jurisdicció Administrativa i Fiscal es lliurin els autes originals amb la certificació d'aquesta sentència al Tribunal de Batlles, Secció Administrativa del qual procedien, i que s'arxivin les actuacions del Tribunal.
Així, per aquesta nostra sentència, definitivament jutjant, ho manem i signem. »
Traduction fidèle en langue française :
Reproduction verbatim
« DÉCISION
Au vu de tout ce qui a été exposé, la Chambre administrative du Tribunal supérieur de justice, au nom du peuple andorran, décide :
Premièrement.- Accueillir le recours d'appel formé par la société Luís.
Deuxièmement.- Révoquer le jugement entrepris et renvoyer la cause et les actes de la procédure au Tribunal de Batlles afin qu'il statue sur la question de fond.
Troisièmement.- Ne prononcer aucune condamnation aux dépens.
La présente sentence est définitive et exécutoire.
Ordonnons qu'une fois accomplies les prescriptions de l'article 76 de la loi sur la juridiction administrative et fiscale, les pièces originales du dossier accompagnées de la certification de la présente sentence soient transmises au Tribunal de Batlles, section administrative dont elles proviennent, et que la procédure soit classée auprès du greffe de ce Tribunal.
Ainsi, par notre présente sentence, jugeant définitivement, nous l'ordonnons et le signons. »
⁂
III. L'analyse et la portée jurisprudentielle
A. L'inscription dans la jurisprudence nationale et européenne
L'arrêt rendu par le Tribunal supérieur de justice d'Andorre le 30 mars 2022 s'inscrit au cœur des tensions classiques qui traversent la théorie générale des contrats des personnes publiques : la conciliation entre la privatisation du régime contractuel de gestion et le maintien d'un contrôle administratif sur la formation du lien synallagmatique.
1. La théorie des actes détachables dans les contrats de droit privé des entités publiques
En droit administratif comparé continental (notamment en France depuis le célèbre arrêt d'assemblée du Conseil d'État, 4 août 1905, Martin, et en droit espagnol à travers la doctrine classique des actos separables), la conclusion d'un contrat de droit privé par une personne morale de droit public ne dépouille pas intégralement l'opération de sa nature administrative. Si le fond du contrat relève du juge judiciaire civil quant à son interprétation, sa validité intrinsèque et son exécution, les décisions unilatérales préalables qui conditionnent la volonté contractuelle de l'entité publique — au premier rang desquelles figure l'acte d'adjudication ou d'attribution — constituent des actes administratifs unilatéraux détachables.
En l'espèce, la législation andorrane sectorielle issue de la loi 5/2016 a entendu soustraire FEDA à la rigidité de la loi générale sur la commande publique afin de conférer à cet opérateur étatique l'agilité requise dans les secteurs de l'électricité, du froid et de la chaleur. Pour autant, le législateur n'a pas institué une immunité juridictionnelle. L'article 16 de la loi 5/2016 maintient expressément l'assujettissement de l'établissement aux exigences fondamentales de publicité et de mise en concurrence. Dès lors que l'entité publique FEDA demeure rattachée organiquement à l'Administration publique (au sens de l'article 13 du Code de l'Administration et de l'article 39.3.b de la loi qualifiée sur la justice), sa décision de désigner le cocontractant demeure un acte de puissance publique ou d'administration. En renvoyant l'affaire au Tribunal de Batlles pour trancher le fond, le Tribunal supérieur consacre l'aptitude et la compétence de la juridiction administrative pour connaître de la légalité des actes de passation, indépendamment du statut privé subséquent du contrat signé.
2. L'encadrement des prérogatives d'office et le principe du contradictoire
L'autre apport majeur de la décision touche au formalisme processuel gouvernant le relevé d'office des fins de non-recevoir ou des déclinaisons de compétence. L'articulation entre le pouvoir souverain du juge d'appliquer le droit applicable (iura novit curia) et le droit à un procès équitable (garantissant que les motifs déterminants du jugement fassent l'objet d'un débat loyal) constitue un contentieux récurrent dans l'ordre constitutionnel andorran.
Dans ses motifs, la Cour rappelle la portée de l'article 29 de la LJAF (mécanisme de la « thèse »), qui offre au juge administratif la faculté de soulever d'autres motifs déterminants avant de rendre sa décision. Si la jurisprudence constitutionnelle andorrane (citant les ordonnances des 15 novembre et 12 décembre 2001) a pu considérer que l'article 29 constituait une simple faculté et que le principe iura novit curia affaiblissait le principe de pure disposition en matière administrative, l'introduction impromptue d'un moyen d'incompétence matérielle dans le corps du jugement final heurte la prévisibilité juridictionnelle. Le Tribunal supérieur rappelle donc avec fermeté que la compétence, si elle est d'ordre public, doit être appréciée rigoureusement selon « la nature de l'accord soumis au contrôle de légalité », empêchant les juridictions du premier degré de se retrancher derrière une incompétence sommaire sans analyse approfondie du bloc de légalité administrative applicable à l'entité défenderesse.
B. Les implications pratiques pour les praticiens
Cet arrêt présente des répercussions concrètes significatives pour les avocats, magistrats et directions juridiques des établissements publics opérant en Principauté d'Andorre.
Orientation des recours contentieux des opérateurs économiques évincés :
Pour les candidats malheureux aux appels d'offres ou consultations menés par FEDA — ou par d'autres entités publiques industrielles et commerciales soumises à des régimes juridiques mixtes —, la voie de l'action en annulation devant la section administrative du Tribunal de Batlles est confortée. Les justiciables doivent veiller à concentrer leurs conclusions sur l'illégalité intrinsèque de l'acte unilatéral d'attribution (détachable du contrat) au regard du non-respect des règles de concurrence, de transparence et du manuel de bonnes pratiques imposé par la législation sectorielle, plutôt que d'invoquer une inexécution de stipulations contractuelles de droit privé.
Stratégie contentieuse des personnes publiques parapubliques :
FEDA et les entités similaires ne peuvent pas exciper de leur soumission au droit privé en matière contractuelle pour échapper au contrôle de légalité administratif de leurs choix de sélection. En outre, la posture procédurale de FEDA dans cette affaire — reconnaissant elle-même la compétence administrative sous l'angle de l'acte détachable et s'y soumettant — illustre la nécessité pour les défendeurs publics de clarifier sans équivoque la qualification de leurs décisions d'adjudication pour prévenir les reports de procédure et les renvois successifs après appel.
Vigilance relative à l'office du juge et au respect du contradictoire :
Pour les praticiens plaidant devant le Tribunal de Batlles, la décision met en lumière l'obligation d'inciter activement le juge de première instance à mettre en œuvre le mécanisme de la « thèse » de l'article 29 de la LJAF dès lors qu'un doute survient sur la recevabilité ou la compétence matérielle. À défaut, la survenance d'un moyen relevé d'office directement dans le dispositif du jugement constitue une cause d'infirmation en appel, exposant les justiciables à une prolongation substantielle des délais de jugement par suite du renvoi de l'affaire devant les premiers juges.
Sentència
TRIBUNAL SUPERIOR DE JUSTÍCIA
Sala Administrativa
Núm. de Protocol: 2000067/2019 Núm. Rotlle: TSJA-0000093/2021
SENTÈNCIA 29-2021
PARTS :
Apel·lant: S. Luís
Representant: Sra. Gálvez
Advocat: Sr. Julián
Apel·lat: FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA)
Representant: Sr. Pera
Advocat: Sr. Puga
Magistrades: Sra. Elsa Puig Muñoz
Sra. Alexandra Cornella Sola
Andorra la Vella, el trenta de març de dos mil vint-i-dos.
El Tribunal Superior de Justícia, Sala Administrativa ha vist el recurs d'apel·lació a les actuacions número 2000067/2019.
Sources citées
1 référence
Jurisprudence (1)
[1]
Tribunal Superior de Justícia d’Andorra, n° 93/21 — Décision commentée
En la tramitació d'aquestes actuacions han estat observades les prescripcions legals, i ha estat ponent la magistrada Sra. Elsa Puig Muñoz, la qual expressa el parer del Tribunal.
ANTECEDENTS DE FET
1.- La societat Luís va interposar demanda jurisdiccional contra l'acord d'adjudicació a l'empresa E.de la redacció de l'avantprojecte, del projecte executiu i de la direcció d'obra per la creació d'una central de cogeneració i xarxa de calor al Pas de la Casa.
2.- En la sentència nº 68/2021 el Tribunal de Batlles ha desestimat la demanda promoguda per la part agent en considerar que la jurisdicció administrativa no és competent per controlar la subjecció a dret dels contractes contrets per part de l'ens públic FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA).
3.- En el seu escrit d'apel·lació la societat Luís estima, en substància, que:
El Tribunal de Batlles havia d'haver donat a les parts l'oportunitat d'al·legar sobre la competència de l'òrgan jurisdiccional.
En el procediment ja s'havien dictat l'aute de denegació de la mesura cautelar així com l'aute que resol el recurs de reposició per denegació d'una prova, autes en els quals no es fa cap referència a la manca de competència per a la resolució de l'assumpte.
La FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) és una entitat de dret públic que realitza una activitat del sector públic per satisfer un interès també públic.
La Llei 5/2016, tot i sotmetre la contractació al dret privat, preveu que FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) hagi de complir els principis de publicitat i de concurrència en les contractacions, principis que són propis de la contractació pública i no de la contractació privada.
Resulta aplicable la sentència 25/2021, de data 18/03/2021, que obliga a donar a les parts l'oportunitat d'al·legar sobre la competència abans de dictar sentència.
La societat ha confirmat els seus arguments en el seu escrit de conclusions.
4.- En la seva contesta, la representació de FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) estima, en substància, que:
L'art. 1 de la Llei 5/2016 estableix que FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) és una entitat de dret públic i, per tant, forma part de l'Administració pública d'acord amb l'art. 13.3 del Codi de l'Administració.
La qüestió litigiosa no està relacionada amb l'execució o interpretació del contracte sinó amb la seva adjudicació, que és una qüestió prèvia i independent del règim del contracte pròpiament dit.
Ens trobem davant un "acte separable" que es regeix pel dret públic.
La Llei 5/2016 preveu expressament que l'adjudicació dels seus contractes s'ha d'ajustar a un manual de bones pràctiques que ha d'aprovar i publicar la pròpia entitat, cosa que efectivament ha fet (es va aportar a les actuacions amb l'escrit de contestació, folis 76 i següents de les actuacions), i exclou l'aplicació de la llei de contractació pública també en aquesta fase prèvia del procediment. Tanmateix, la Llei 5/2016 no explicita si el control s'ha de fer per la jurisdicció administrativa o la civil.
En contestar la demanda, FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) es va sotmetre tàcitament a la competència de la jurisdicció administrativa en considerar que l'adjudicació és un acte administratiu que hi està sotmès, d'acord amb l'art. 39.3.b) de la Llei Qualificada de la Justícia.
La representació de FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) confirmat els seus arguments en el seu escrit de conclusions.
5.- Trameses les actuacions a aquesta Sala, s'ha designat la magistrada ponent i han quedat vistes les actuacions per a deliberar i decidir.
FONAMENTS DE DRET
Primer.- Competència
El Tribunal Superior, Sala Administrativa, és competent per conèixer del recurs, en aplicació de l'article 39.3 de la Llei qualificada de la Justícia.
Segon.- La Llei 5/2016, del 10 de març, actualment vigent, regula l'ens públic Forces Elèctriques d'Andorra i el règim de les activitats dels sectors elèctric, del fred i de la calor.
Abans de l'aprovació d'aquesta llei, el marc normatiu del sector elèctric del Principat d'Andorra havia estat constituït, bàsicament, per tres normes: d'una banda, el Reglament provisional de la distribució de l'energia elèctrica, aprovat pels Delegats Permanents el 28 de juliol de 1975, modificat pels Decrets del 16 de desembre de 1992 i del 18 de març del 2009, i per la Llei 85/2010, del 18 de novembre, de mesures provisionals en relació al règim de l'energia elèctrica, i la Llei 5/2013, del 9 de maig, de modificació de la Llei 85/2010, del 18 de novembre, de mesures provisionals en relació al règim de l'energia elèctrica; d'altra banda, l'Acord del M. I. Consell General, del 14 de gener de 1988, que declara que la producció i la importació d'energia elèctrica són serveis públics essencials per a la comunitat que únicament poden ser prestats per l'Administració general, directament o a través d'una entitat parapública o societat pública a la qual s'atribuirà aquest servei en règim d'exclusiva, i, finalment, la Llei de creació de l'ens Forces Elèctriques d'Andorra (ENTITY_7), també del 14 de gener de 1988, posteriorment modificada per les lleis del 18 de gener de 1991, del 4 de novembre de 1993, i del 18 de novembre del 2010, que atribueix a aquest ens públic les dos activitats esmentades, i també la de distribució d'energia elèctrica, tant als usuaris directament com a les altres empreses distribuïdores, i altres activitats relacionades amb la cogeneració i la compra de l'energia produïda per tercers a partir de fonts renovables, així com la proposta de tarifes al Govern.
L'exposició de motius de la Llei 85/2010, del 18 de novembre, de mesures provisionals en relació al règim de l'energia elèctrica ja indicava clarament que aquest marc normatiu era antic i fragmentari, que pràcticament no havia evolucionat al llarg dels dos darrers decennis i que calia substituir-lo per una nova regulació del sector energètic; una regulació que aquella Llei de mesures provisionals va deixar pendent d'una reflexió global i en profunditat. Aquesta reflexió va cristal·litzar en la publicació del Llibre blanc de l'energia d'Andorra (juliol del 2012) i en la posterior creació de l'Oficina de l'Energia, per Decret del 19 de desembre del 2012, actualment substituïda per l'Oficina de l'Energia i del Canvi Climàtic (OECC), creada per Decret del 29 d'abril del 2015.
El Llibre blanc de l'energia propugnava una nova política energètica per al nostre país, adreçada a l'eficiència energètica i a la instal·lació de noves capacitats de generació d'energia elèctrica i de calor, i al desenvolupament de les infraestructures energètiques que resulten necessàries amb aquesta finalitat; tot això, en un nou entorn de col·laboració entre FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA), que assumeix la responsabilitat pública en relació amb el subministrament i el bon funcionament del sistema elèctric, però que té una capacitat d'inversió limitada, i els nous actors privats, que han de participar ineludiblement en les importants inversions que requereix el desplegament de la nova política energètica del Principat.
Així, com de forma explícita es manifesta a l'exposició de motius de la Llei 5/2016, aquesta s'emmarca en les orientacions del Llibre blanc de l'energia, i persegueix una doble finalitat: d'una banda, dotar FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) d'un nou marc jurídic i organitzatiu que li permeti afrontar amb eficàcia els nous desafiaments; de l'altra, revisar el règim jurídic de les activitats del sector elèctric, de tal forma que els actors privats puguin incrementar-hi la seva participació, que havia tingut, fins aleshores, un caràcter quasi residual.
La Llei 5/2016 conserva FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) com una entitat de dret públic de caràcter comercial i industrial, amb personalitat jurídica pròpia, organització autònoma, patrimoni propi i plena capacitat per al desenvolupament dels seus fins; també manté la qualificació de les activitats del sector elèctric com a activitats del sector públic, però limita el nombre d'activitats que queden reservades a FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) en règim de gestió directa, i obre al sector privat la gestió indirecta, en règim de concessió administrativa, de les activitats de producció d'energia elèctrica, i també les de producció, i de distribució i venda minorista de fred i de calor.
També l'exposició de motius de la Llei 5/2016 diu que "atenent raons d'eficàcia i de funcionalitat, la Llei exceptua FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) de l'aplicació de la Llei de contractació pública, i permet que subjecti la seva contractació a l'ordenament jurídic privat, que és el propi de les activitats de caràcter comercial i industrial que ha de realitzar; això, és clar, sense perjudici del seu sotmetiment al règim comptable i economicofinancer de les entitats públiques, a l'efecte de garantir-ne la transparència, els principis de publicitat i de concurrència i el control adequats."
En coherència amb aquestes manifestacions, l'art. 1 determina que FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) és una entitat de dret públic i l'art. 2 li reserva la gestió directa de les activitats d'interès econòmic general que s'hi relacionen.
Finalment, l'art. 16 regula el règim de contractació en els següents termes:
"1. FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) sotmet la seva contractació al dret privat; no li és aplicable la Llei de contractació pública. Això no obstant, el Consell d'Administració ha de vetllar pel respecte dels principis de publicitat i concurrència en les contractacions de FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA), sense perjudici de les excepcions que pot acordar en atenció al caràcter estratègic de la contractació, que han de quedar justificades en l'expedient.
Per garantir la màxima transparència en els processos de contractació, el Consell d'Administració ha d'aprovar un manual de bones practiques en la matèria, que ha de ser publicat a la pàgina web de FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA). Amb la mateixa finalitat, FORCES ELÈCTRIQUES D'ANDORRA (FEDA) ha de publicar les adjudicacions de contractes realitzades per un import superior a aquell que determina anualment la Llei del pressupost, a excepció dels contractes amb els proveïdors d'energia elèctrica i de gas natural liquat i, en general, els previstos a l'article 2 de la Llei de contractació pública."
D'altra banda, l'art. 39.3.b) de la Llei Qualificada de la Justícia disposa que la jurisdicció administrativa controla la subjecció al Dret en l'activitat normativa i d'execució de l'Administració Pública enumerada en l'art. 13 del Codi de l'Administració avui vigent, així com la subjecció als fins que legitimen dita activitat, mentre que el referit art. 13 inclou dins del concepte d'Administració pública a les entitats parapúbliques.
Tercer.- La primera qüestió que val resoldre és la relativa a si la sentència apel·lada podia considerar que la secció Administrativa del Tribunal de Batlles no era competent pel coneixement de l'assumpte, quan aquesta qüestió no s'havia plantejat al llarg del procediment, i sense prèviament donar audiència a les parts per tal que poguessin fer al·legacions.
Doncs bé, aquesta sala ha declarat que la manca de competència jurisdiccional impossibilita qualsevol pronunciament, ja sigui formal o material, i que la competència -apreciable d'ofici- s'ha de resoldre tenint en compte la naturalesa de l'acord que se sotmet al judici de legalitat (sentència 94-01, de 28 de març, dictada a la causa amb núm. 93-050 de protocol).
D'altra banda, a la necessitat de fer-ne ús de la facultat que atorga l'art. 19 de la LAF, la sentència d'aquesta sala núm. 21/2021, del 19 de febrer, dictada a la causa 0000070/2020 va declarar que:
"El procés administratiu es regeix, doncs, pel principi de congruència, però el tribunal està facultat per a introduir, en el marc de les pretensions formulades per les parts, uns altres motius que puguin determinar l'estimació o desestimació d'aquelles, supòsit en el qual s'ha de donar prèviament audiència a les parts per tal de respectar el principi de contradicció.
De tota manera, cal tenir en compte que el Tribunal Constitucional ha declarat, en autes de 15 de novembre i 12 de desembre de 2001, que el principi iura novit curia s'imposa als raonaments jurídics de les parts, per la qual cosa queda disminuït el principi de rogació en l'àmbit de la Jurisdicció administrativa, en funció dels interessos públics que s'hi ventilen, de manera que el Tribunal "no té cap obligació d'efectuar el tràmit o l'incident d'ampliació d'al·legacions". En conseqüència, el tràmit de l'article 29 de la Llei reguladora d'aquesta Jurisdicció es configura com una mera facultat de l'òrgan jurisdiccional, sempre dins del marc que configuren les diferents pretensions de les parts.
Quant al moment processal en què el Tribunal pot fer ús de l'anomenada "tesi", l'article 29 LJAF afirma taxativament que es farà "abans de pronunciar sentència". No és exigible, doncs, que es faci en el moment inicial del procés, un cop presentats els escrits de demanda i contestació, sinó que l'òrgan jurisdiccional pot apreciar que concorren aquests altres motius determinants de l'estimació o la desestimació de les pretensions de l'agent en el moment de l'estudi o la deliberació del procés per a sentència."
Decisio
Cinquè.- No s'aprecien circumstàncies determinants d'una especial condemna al pagament de les despeses d'aquesta segona instància.
DECISIÓ
En atenció a tot el què s'ha exposat, la Sala Administrativa del Tribunal Superior de Justícia, en nom del poble andorrà, decideix:
Primer.- Estimar el recurs d'apel·lació presentat per S. Luís.
Segon.- Revocar la sentència recorreguda i retornar les actuacions al Tribunal de Batlles per tal que resolgui la qüestió de fons.
Tercer.- No efectuar cap condemna en costes.
Aquesta sentència és ferma i executiva.
Manem que una vegada s'hagi complert el que disposa l'article 76 de la Llei de la Jurisdicció Administrativa i Fiscal es lliurin els autes originals amb la certificació d'aquesta sentència al Tribunal de Batlles, Secció Administrativa del qual procedien, i que s'arxivin les actuacions del Tribunal.
Així, per aquesta nostra sentència, definitivament jutjant, ho manem i signem.