jurisprudence · v1.0.0
Cour d'appel, 10 décembre 2013, Madame V. A. c/ La Société Anonyme Monégasque D.
Résumé
# Cour d'Appel de Monaco, 10 décembre 2013, n° 11643 > **Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 10 décembre 2013, n° 11643 ([Lire sur source officielle](https://legimonaco.mc/jurisprudence/cour-appel/2013/12-10-11643))** ## Faits et procédure Une salariée, de nationalité française, est employée depuis quatre ans par une société anonyme monégasque. Au cours de cette période, elle n'a fait l'objet d'aucune sanction ni d'aucune remarque, l'arrêt relevant qu'elle avait « entièrement donné satisfaction dans ses fonctions ». Par courrier recommandé, l'employeur convoque la salariée à un entretien préalable relatif à la rupture envisagée. La date d'établissement du courrier, mentionnée comme le 18 mars 2011, est qualifiée d'erreur matérielle par la Cour, le pli ayant été déposé le 17 mars 2011. L'entretien est fixé au 24 mars 2011. À l'issue de cet entretien, la salariée reçoit, le 26 mars 2011, une lettre de licenciement fondée sur l'article 6 de la loi n° 729 du 16 mars 1963 concernant le contrat de travail. Cette lettre fixe un préavis de deux mois à compter de la présentation du courrier. Deux jours plus tard, l'employeur remet en main propre à la salariée une lettre la dispensant d'exécuter ce préavis. Saisi par la salariée, le Tribunal du travail, par jugement du 11 octobre 2012, a déclaré le licenciement abusif et condamné la société à verser 5 000 euros de dommages-intérêts, en retenant une précipitation fautive dans la rupture. La salariée a interjeté appel partiel, sollicitant 48 000 euros au titre de ses préjudices matériel et moral. La société a formé appel incident, tendant à voir juger le licenciement valable et licite. ## Question de droit La Cour devait déterminer si l'employeur qui use de la faculté de résiliation unilatérale ouverte par l'article 6 de la loi n° 729 engage sa responsabilité, et dans quelles conditions. Plus précisément, elle devait répondre à trois interrogations : 1. Le juge peut-il rechercher le véritable motif de la rupture lorsque le licenciement est fondé sur l'article 6 et que le salarié ne démontre pas une illicéité ou une intention de nuire ? 2. Les circonstances de la mise en œuvre de la rupture (délai entre convocation et licenciement, dispense immédiate d'exécution du préavis) peuvent-elles caractériser un abus ? 3. Quel est l'étendue du préjudice réparable, notamment au regard d'un préjudice matériel allégué ? ## Solution et dispositif La Cour rappelle le cadre général. Aux termes de l'article 6 de la loi n° 729, le contrat à durée indéterminée « peut toujours cesser par la volonté de l'une des parties ». Ce texte autorise l'employeur à se séparer du salarié en dehors de tout motif inhérent à la personne, à la condition de verser l'indemnité prévue par l'article 2 de la loi n° 845 du 27 juin 1968. L'exercice de ce droit, « sans que le salarié soit rempli de ses droits », peut néanmoins rendre la rupture fautive et justifier des dommages-intérêts sur le fondement de l'article 13 de la loi n° 729. Il appartient à celui qui invoque l'abus d'en rapporter la preuve. La Cour écarte d'abord le premier moyen de la salariée. Celle-ci ne soutenait pas l'existence d'un motif rendant la rupture illicite, ni une intention de nuire de l'employeur. Dès lors, « il n'appartient pas à la juridiction de vérifier les causes de la rupture ». Elle retient en revanche le caractère fautif des circonstances de la rupture. Elle relève la soudaineté de la mesure (une semaine entre la convocation et le licenciement), l'absence de faute antérieure, et la dispense brutale d'exécution du préavis intervenue deux jours après la lettre de licenciement, « sans aucune justification particulière ». Elle précise que la dispense de
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