jurisprudence · v1.0.0
Tribunal de première instance, 12 décembre 1985, A. Vve P. c/ Cts C.
Résumé
# Tribunal de Première Instance de Monaco, 12 décembre 1985, n° 25166 > Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 12 décembre 1985, n° 25166 ([Lire sur source officielle](https://legimonaco.mc/jurisprudence/tribunal-premiere-instance/1985/12-12-25166)) ## Faits et procédure Par acte authentique reçu le 17 février 1984 en l'étude de Me Crovetto, notaire, Mme A. P., veuve, âgée de soixante-dix-huit ans à la date de l'instance, a vendu à J. C. un appartement situé au quatrième étage d'un immeuble. Le prix stipulé était de 350 000 francs, payable à la signature. La venderesse s'était réservé l'usufruit du bien sa vie durant. L'acte mentionnait que le prix avait été « payé comptant par l'acquéreur dès avant ce jour en dehors de la comptabilité du notaire », que la venderesse le reconnaissait et en consentait quittance « entière, définitive et sans réserve », avec « désistement de tous droits de privilège et d'action résolutoire ». La venderesse a assigné l'acquéreur, mineur, et son père, S. C., qui l'avait représenté à l'acte. Elle demandait la résolution de la vente pour défaut de paiement du prix, ainsi que la condamnation solidaire des défendeurs à 50 000 francs de dommages-intérêts, au motif d'un abus de confiance exploitant son grand âge. Les défendeurs ont opposé que le prix avait été réglé en espèces avant l'acte, que la quittance notariée faisait foi jusqu'à inscription de faux, et ils ont soulevé une irrecevabilité tirée de la représentation du mineur. Ils ont également formé une demande reconventionnelle de 30 000 francs de dommages-intérêts. Dans ses conclusions en réponse, la demanderesse ne contestait plus la validité de l'acte notarié. Elle invoquait toutefois le caractère lésionnaire de la vente, estimant le bien à 750 000 francs, et contestait la réalité du paiement en relevant plusieurs indices : l'existence probable d'un compte bancaire, la modestie des ressources de l'acquéreur, le caractère insolite d'un paiement en espèces et l'absence de reçu. Elle sollicitait, à titre subsidiaire, une expertise. ## Question de droit La décision soulève trois questions. **Première question** : une clause, par laquelle le vendeur renonce à l'action résolutoire après avoir reçu le prix, fait-elle obstacle à une demande subsidiaire en nullité relative fondée sur la lésion ? **Deuxième question** : la rescision pour lésion peut-elle être accueillie lorsque la vente comporte un aléa (en l'espèce une réserve d'usufruit) ou une intention libérale du vendeur, et dans quelles conditions le prix de référence peut-il être déterminé malgré cet aléa ? **Troisième question** : le juge peut-il, avant dire droit, ordonner une expertise destinée à évaluer le bien à la date de la vente ? ## Solution et dispositif Le tribunal rejette d'abord la demande en résolution. Il retient que le notaire a énoncé le paiement intégral du prix hors comptabilité, et a constaté que la venderesse, en sa présence, en avait reconnu la réception. Il en déduit la preuve du paiement, cette reconnaissance faisant foi jusqu'à inscription de faux, et rappelle que la demanderesse, ayant donné quittance avec désistement d'action résolutoire, s'était engagée à ne pas demander judiciairement la résolution. Sur la rescision, le tribunal juge que la clause de renonciation ne s'oppose pas à la demande subsidiaire. Il relève que la demanderesse, en sollicitant une expertise destinée à établir la valeur réelle du bien après
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