jurisprudence · v1.0.0
Tribunal de première instance, 8 janvier 2009, Mme T GE DE et Mlle E VL DE c/ État de Monaco, Mlle T MA et Mme E LA
Résumé
# Tribunal de Première Instance de Monaco, 08 janvier 2009, n° 7974 > Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 08 janvier 2009, n° 7974 ([Lire sur source officielle](https://legimonaco.mc/jurisprudence/tribunal-premiere-instance/2009/01-08-7974)) ## Faits et procédure Par acte du 8 janvier 2008, deux ressortissantes russes, exerçant la profession de directrices d'un institut de management, ont assigné devant le Tribunal de première instance de Monaco l'État de Monaco, ainsi que deux personnes physiques, une vendeuse de nationalité italienne et une responsable de magasin de nationalité française. Elles sollicitaient la condamnation solidaire des défendeurs à leur verser 150 000 euros chacune. Le litige trouve son origine dans une interpellation intervenue le 21 octobre 2006 à Monaco, à la suite d'une dénonciation faite par la vendeuse d'une boutique, qui soupçonnait la disparition de quatre pull-overs après le passage des demanderesses et un paiement par carte bancaire qu'elle jugeait d'origine douteuse. Les demanderesses reprochaient aux services de la Sûreté publique une interpellation sans flagrance caractérisée, une rétention nocturne, une perquisition effectuée le lendemain seulement, et l'absence de vérifications sur la présence d'autres personnes dans le magasin. Elles imputaient à la vendeuse une dénonciation fautive et à la responsable de magasin une faute ainsi qu'une responsabilité du fait d'autrui. L'État de Monaco a soulevé, avant toute défense au fond, l'exception de caution *judicatum solvi* sur le fondement de l'article 259 du Code de procédure civile, et a annoncé une demande reconventionnelle. Les demanderesses ont répliqué en invoquant les articles 6 et 14 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH), en soutenant que l'exception créait une discrimination fondée sur la nationalité dans l'accès au juge. La défenderesse française et la défenderesse italienne se sont « rapportées à justice » sur le bien-fondé de l'exception. L'État a répliqué que la distinction reposait sur la protection légitime des défendeurs monégasques et sur les réserves formulées par la Principauté lors de son adhésion à la CEDH. L'affaire a été plaidée le 11 décembre 2008 sur la seule exception, puis mise en délibéré. La décision est un jugement avant dire droit, rendu contradictoirement. ## Question de droit Le tribunal devait déterminer si l'exception de caution *judicatum solvi*, qui permet au défendeur monégasque d'exiger d'un demandeur étranger la fourniture d'une caution et dont le bénéfice est refusé aux seuls ressortissants monégasques, est compatible avec la CEDH, et en particulier avec le droit d'accès au juge et le principe de non-discrimination. Il devait ensuite vérifier si les conditions légales de l'article 259 étaient réunies en l'espèce, puis fixer le montant de la caution. ## Solution et dispositif Le tribunal retient d'abord le cadre légal. Il rappelle que l'article 259 du Code de procédure civile dispose que : > « l'étranger, demandeur principal ou intervenant, sera tenu, si le défendeur monégasque le requiert avant toute exception, de fournir caution de payer les frais et dommages et intérêts résultant du procès, auxquels il pourrait être condamné. » L'article 260 énumère les cas dans lesquels la caution ne peut être exigée :
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