Tribunal de Première Instance de Monaco, 31 octobre 2013, n° 11576
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 31 octobre 2013, n° 11576 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
La SAM V, maître d'ouvrage délégué, a confié à la SAS U la réalisation du lot « électricité - courants forts » dans le cadre d'une opération de construction hôtelière. La SAS U a sous-traité une partie de ce lot à M. c. BE. et à la SARL O.
Par jugement définitif du 23 octobre 2008, le Tribunal de première instance de Monaco a déclaré valable la résiliation du marché par la SAM V et a condamné celle-ci à payer au liquidateur de la SAS U la somme de 589.734,41 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2006.
Antérieurement, M. c. BE. et la SARL O avaient pratiqué des saisies-arrêts entre les mains de la SAM V, les 21 novembre 2005 et 4 janvier 2006, pour garantir leurs créances envers la SAS U. Par deux jugements définitifs du 4 octobre 2007, le tribunal a constaté la dette de la SAS U envers chacun de ces saisissants, puis a sursis à statuer sur la validation des saisies jusqu'à l'issue de la procédure collective. La SAS U a été placée en redressement judiciaire le 28 novembre 2006, puis en liquidation judiciaire le 10 juillet 2007 (la juridiction saisie mentionne le tribunal de commerce de Bar-le-Duc comme juridiction de la procédure collective). Les créances des deux saisissants ont été admises au passif, à titre chirographaire, le 14 février 2008.
Plusieurs incidents ont suivi : commandement de payer du 20 janvier 2009, opposition de la SAM V rejetée au fond par jugement du 6 janvier 2011, appel déclaré nul puis pourvoi rejeté, ordonnance de référé du 30 septembre 2011 refusant la suspension de l'exécution et la consignation, confirmée par arrêt du 15 janvier 2013.
Par assignation du 27 septembre 2012, le liquidateur et l'administrateur de la SAS U ont demandé la condamnation de la SAM V au paiement de la somme principale de 589.734,41 euros, le constat de sa cessation des paiements au sens de l'article 408 du Code de commerce, des dommages-intérêts pour résistance abusive. Ils ont ensuite augmenté leurs prétentions à l'audience du 27 juin 2013.
La SAM V a conclu au rejet de l'ensemble des demandes, à un sursis à statuer dans l'attente de l'appel en cause des deux saisissants et de la décision définitive sur la validité des saisies, et à l'octroi de dommages-intérêts. Elle soutenait que la créance de la SAS U était indisponible du fait des saisies-arrêts, sans que cela caractérise une cessation des paiements.
Question de droit
Le tribunal devait trancher deux questions :
- Une action en paiement fondée sur un jugement définitif déjà exécutoire est-elle recevable ?
- Un débiteur qui ne peut régler sa dette envers un créancier, faute de disposer de la créance qu'il détient lui-même sur un tiers, parce que celle-ci est frappée de saisies-arrêts pratiquées par les créanciers de ce créancier, est-il en état de cessation des paiements ?
Subsidiairement, la question se posait de savoir si le sursis à statuer et l'appel en cause des saisissants s'imposaient.
Solution et dispositif
Sur la recevabilité. Le tribunal relève que la demande tendant à la condamnation de la SAM V au paiement des causes du jugement du 23 octobre 2008 est formée alors que la SAS U dispose déjà d'un titre exécutoire. Elle est en conséquence dé
Faillites - Cessation des paiements (non) - Indisponibilité de la créance du fait de saisies-arrêts. Il n'est pas démontré que la société débitrice est dans l'incapacité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible, condition nécessaire du constat de la cessation des paiements. Elle ne peut régler la dette envers l'entrepreneur principal, en raison de saisies-arrêts pratiquées par des sous-traitants de ce dernier. Ces mesures rendent indisponible la créance de l'entrepreneur principal envers le maître d'ouvrage délégué. TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE JUGEMENT DU 31 OCTOBRE 2013 En la cause de : La société U, SAS immatriculée au RCS de Bar le Duc, sous le n°1x , dont le siège social est 2x - 55800 Revigny sur Ornain, mise en redressement judiciaire par jugement du Tribunal de Commerce de Bar le Duc en date du 18 novembre 2006, puis mise en liquidation judiciaire par jugement du Tribunal de Commerce de Bar le Duc en date du 10 juillet 2007, prise en la personne de son représentant légal, Maître c. GA., ès-qualités de Liquidateur, Maître c. GA., ès-qualités de liquidateur de la SAS U , demeurant 3X - 57050 Le Ban Saint Martin, Maître y-j. KR., en qualité d'administrateur de la SAS U , nommé par jugement en date du 28 novembre 2006, demeurant 4X - 54000 Nancy, DEMANDEURS, ayant élu domicile en l'étude de Maître Yann LAJOUX, avocat-défenseur près la Cour d'appel de Monaco et plaidant par Maître Maria-Pia HUTIN, avocat au barreau de Paris, d'une part ; Contre : La SAM V, société anonyme monégasque ayant son siège social 5X - MC 98006 Monaco Cedex, immatriculée au RCI de Monaco sous le n° 6X, prise en la personne de son Administrateur délégué en exercice, la SAM D dont le siège social se trouve 7X, 98000 Monaco, elle-même représentée par son Président délégué en exercice, domicilié en cette qualité audit siège, DÉFENDERESSE, ayant élu domicile en l'étude de Maître Didier ESCAUT, avocat-défenseur près la Cour d'appel de Monaco et plaidant par Maître Richard GRAU, avocat au barreau de Paris, d'autre part ; LE TRIBUNAL, Vu l'exploit d'assignation du ministère de Maître Claire NOTARI, huissier, en date du 27 septembre 2012, enregistré (n° 2013/000100) ; Vu les conclusions de Maître Yann LAJOUX, avocat-défenseur, au nom de la SAS U , Maître c. GA., Maître y-j. KR., en date des 16 janvier 2012 et 24 avril 2013 ; Vu les conclusions de Maître Didier ESCAUT, avocat-défenseur, au nom de la SAM V, en date des 14 novembre 2012 et 13 mars 2013 ; À l'audience publique du 27 juin 2013, les conseils des parties ont été entendus en leurs plaidoiries et le jugement a été mis en délibéré pour être prononcé le 10 octobre 2013 et prorogé au 31 octobre 2013, les parties en ayant été avisées par le Président ; FAITS ET PROCÉDURE La société anonyme monégasque V agissant en qualité de maître d'ouvrage délégué, a confié à la SAS U , dans le cadre de l'édification du 8X Hôtel, la réalisation du lot « électricité - courants forts », pour lequel la SAS U a eu recours à la sous-traitance de M. c. BE. et de la SARL O. Par jugement définitif du 23 octobre 2008, le Tribunal de première instance de Monaco a déclaré valable la résiliation de ce marché par la SAM V et a condamné la SAM V à payer à Maître c. GA. ès qualités de liquidateur de la SAS U , la somme de 589.734,41 euros outre les intérêts au taux légal à compter du 14 mars 2006. Auparavant, par deux jugements définitifs du 4 octobre 2007, le Tribunal de première instance de Monaco saisi par deux assignations en validité de saisie-arrêt par M. c. BE. et la SARL O, avait dit que la SAS U est débitrice envers M. c. BE. de la somme de 922.146,28 euros outre les intérêts au taux légal du 16 novembre 2005 au 28 novembre 2006 (date du jugement de redressement judiciaire de la SAS U et envers la SARL O de la somme de 252.288,40 euros outre les intérêts au taux légal du 13 décembre 2005 au 28 novembre 2006 et, avait sursis à statuer jusqu'à l'issue de la procédure collective, sur la demande de validation des deux saisies-arrêts pratiquées respectivement les 21 novembre 2005 et 4 janvier 2006 entre les mains de la SAM V. Par assignation du 27 septembre 2012, la SAS U , Maître c. GA. ès qualités de liquidateur de la SAS U et Maître y-j. KR. ès qualités d'administrateur de la SAS U ont fait citer la SAM V devant le Tribunal de première instance de Monaco aux fins de voir :