jurisprudence · v1.0.0
Tribunal de première instance, 30 octobre 2014, M. i. GA. et M. a. MA c/ La Société anonyme monégasque A
Résumé
# Tribunal de Première Instance de Monaco, 30 octobre 2014, n° 12703 > **Décision commentée :** Tribunal de Première Instance de Monaco, 30 octobre 2014, n° 12703 ([Lire sur source officielle](https://legimonaco.mc/jurisprudence/tribunal-premiere-instance/2014/10-30-12703)) ## Faits et procédure Le litige trouve son origine dans une procédure engagée devant le Tribunal de Lucca (Italie). Dans cette instance, la société anonyme monégasque A (ci-après « la SAM A ») avait été déboutée de ses demandes et condamnée reconventionnellement. Par un jugement du 29 novembre 2010, le tribunal italien a rejeté la demande de la SAM A et l'a condamnée à rembourser aux défendeurs, MM. l. GA. et a. MA., leurs frais de procédure, pour une somme globale de 15.594 euros, outre les dépenses générales, la TVA et la CAP selon la loi. Les deux ressortissants italiens ont saisi le Tribunal de première instance de Monaco par assignation du 20 juin 2013, afin de voir déclarer ce jugement exécutoire en Principauté, avec exécution provisoire, et d'obtenir 5.000 euros de dommages-intérêts. Ils soutenaient que le jugement était passé en force de chose jugée, qu'aucun règlement n'était intervenu, et que les conditions des articles 473 et 475 du Code de procédure civile étaient réunies, la réciprocité résultant selon eux des articles 64 et 67 de la loi italienne n° 218 du 31 mai 1995. La SAM A a opposé, à titre principal, le débouté, et à titre subsidiaire, le renvoi afin d'obtenir un examen au fond du jugement étranger, avec injonction de production de pièces. Elle a soulevé des divergences entre les législations italienne et monégasque, l'absence de consultation juridique produite par les demandeurs, la régularité de la signification (absence d'original, doute sur l'identification de la société condamnée, absence de justification d'une signification à avocat). Le ministère public a conclu, le 9 mai 2014, à l'absence d'opposition à l'exequatur, la réciprocité devant être admise et les conditions des articles 473 et 475 étant selon lui remplies. ## Question de droit La décision soulève deux questions principales : 1. **Question de l'exequatur.** Dans quelles conditions un jugement étranger peut-il être déclaré exécutoire à Monaco, lorsque la réciprocité avec l'État d'origine est établie, et le juge de l'exequatur dispose-t-il d'un pouvoir d'appréciation lui permettant d'opter pour un examen au fond ? 2. **Question de la responsabilité procédurale.** La résistance opposée à l'exequatur, en particulier par la contestation de l'identité de la partie condamnée et par la présentation tardive d'arguments, peut-elle caractériser un abus ouvrant droit à dommages-intérêts ? ## Solution et dispositif Sur le premier point, le tribunal retient que la réciprocité avec l'Italie doit être admise. Il se fonde sur l'article 64 de la loi italienne du 31 mai 1995, dont il relève que ses dispositions sont « sur leur principe identiques et sur leurs modalités extrêmement proches » de celles de l'article 473 du Code de procédure civile. Il juge que « l'analyse des termes de la loi étrangère ne nécessite nullement en l'espèce le recours à des affidavit ou consultations juridiques, en l'état de dispositions claires et non équivoques ». Il en déduit que le juge ne dispose « d'aucun pouvoir d'appréciation qui leur permettrait d'opter entre un examen au fond et ce contrôle allégé ». La demande de la SAM A tendant à un examen au fond, fondée sur la « bonne administration de la justice », est donc écartée. Le tribunal contrôle ensuite successivement les conditions de l'article 473 (régularité en la forme, compétence, citation régulière, force de chose jugée, absence de contrariété à l'ordre public) et celles de l'article 475 (expédition authentique, original de l'exploit de signification ou acte en tenant lieu, certificat de non-appel). Il retient notamment que le procès-verbal de signification du 28 avril 2011 constitue « la traduction idoine de la "relata di notifica" de droit italien, équivalent parfaitement acceptable à la signification de droit monégasque », et que la signification à l'avocat constitué était logique, l'élection de domicile apparaissant à la première page du jugement italien. Sur l'identité de la partie condamnée, il relève que la société est « désignée avec suffisamment de précision » et que la brochure produite par la SAM A dans la procédure italienne mentionne le siège monégasque. Sur le second point, le tribunal juge que la SAM A « ne pouvait sérieusement se méprendre sur le caractère exécutoire du jugement » et que sa défense « a dégénéré en abus », ouvrant droit à réparation à hauteur de 5.000 euros. Le dispositif est reproduit ci-dessous dans sa version intégrale : > « Déclare exécutoire en Principauté de Monaco, avec toutes conséquences de droit
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