jurisprudence · v1.0.0
Tribunal de première instance, 22 novembre 2018, La SAM A c/ l'État de Monaco
Résumé
# Tribunal de Première Instance de Monaco, 22 novembre 2018, n° 17417 > Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 22 novembre 2018, n° 17417 ([Lire sur source officielle](https://legimonaco.mc/jurisprudence/tribunal-premiere-instance/2018/11-22-17417)) ## Faits et procédure La société anonyme monégasque A, exerçant sous l'enseigne « B » une activité de négoce de composants informatiques depuis 2004, fait l'objet d'une vérification en matière de TVA ouverte le 3 mai 2007. Un redressement est notifié le 28 septembre 2007 par la Direction des Services Fiscaux pour un montant de 104 698 110 euros. Le Tribunal de première instance constate la cessation des paiements de la société par jugement du 7 janvier 2010, fixe provisoirement la date de cessation au 1er décembre 2007 et prononce la liquidation des biens. L'État de Monaco produit au passif à titre privilégié pour 104 698 110 euros. Un avocat-défenseur, Me Jacques Sbarrato, produit à titre chirographaire pour 209 896,29 euros au titre d'un état de frais. Une contrainte est décernée le 3 décembre 2007 par le directeur des services fiscaux, déclarée exécutoire par le président du tribunal le 6 décembre 2007 et signifiée le 13 décembre 2007. La société n'y forme pas opposition. L'état des créances, déposé le 17 avril 2015, est arrêté par ordonnance du juge-commissaire du 19 mai 2015. La société forme deux réclamations. Par ordonnance du 20 avril 2016, le juge-commissaire, statuant à titre provisionnel, joint les procédures, déclare la réclamation recevable, constate que l'État dispose d'un titre exécutoire « ne pouvant plus être contesté », admet la créance fiscale et constate le désintéressement de Me Sbarrato par l'État. Le tribunal est saisi au fond sur renvoi, sur le fondement de l'article 472 du Code de commerce. Le syndic conclut à l'irrecevabilité de la contestation, au motif du dessaisissement du débiteur (art. 530 C. com.). Le ministère public admet le principe d'une réclamation sous réserve de la représentation de la société, et subsidiairement sollicite une mesure d'instruction. L'État, à titre principal, soutient que la créance ne peut plus être contestée ; à titre subsidiaire, il invoque une participation délibérée à un circuit de fraude organisée. La société conteste la fraude et invoque l'article 6 § 1 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) à l'encontre de l'article 62, alinéa 2, de l'ordonnance du 29 avril 1828. ## Question de droit Deux questions se posent. La première est de savoir si une société placée en liquidation des biens, dessaisie en application de l'article 530 du Code de commerce, demeure recevable à former une réclamation contre l'état des créances en vertu de l'article 470 du même code. La seconde est de savoir si, la société n'ayant pas formé opposition à une contrainte fiscale devenue exécutoire, elle peut contester le bien-fondé de la créance au stade de la vérification, en invoquant l'incompatibilité de la condition de consignation prévue par l'article 62 de l'ordonnance de 1828 avec le droit d'accès au juge. ## Solution et dispositif Sur la première question, le tribunal retient que le dessaisissement n'est « pas général et absolu » et connaît des limites. Il relève que l'article 470 du Code de commerce ouvre les réclamations au « débiteur, ainsi que tout créancier qui a produit », sans restriction. Il estime que cette autonomie reconnue au débiteur déroge à l'assistance obligatoire du syndic prévue à l'article 441, et qu'il n'y a donc pas lieu d'exclure l'application de l'article 470 lorsque la liquidation des biens a été prononcée *ab initio*. La société est déclarée recevable. Sur la seconde question, le tribunal rappelle que la contrainte, déclarée exécutoire et signifiée sans opposition, confère à l'État un titre exécutoire que la société « n'est plus recevable à contester ». Il examine ensuite l'argument tiré de la CEDH.
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