STCOR 133/2010 (Tribunal de Corts, sentence pénale du 23 novembre 2010)
Décision commentée : Tribunal de Corts, sentence du 23 novembre 2010, STCOR 133/2010, ECLI:AD:TCORAD:2010:133, causa TC-028-4/07 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Les faits, tenus pour établis (« fets provats »), se sont produits le 10 mars 2007, vers 16 heures, sur une piste de la station de Soldeu (Andorre). Un premier incident oppose deux skieurs, dont l'un, sur une planche de snowboard, fait chuter l'autre. Ils se rejoignent ensuite à l'arrivée du télésiège, où l'un des deux donne une forte bousculade suivie d'un coup de poing. S'engage alors une bagarre « mutuellement acceptée » (« baralla mútuament acceptada »), au cours de laquelle chacun reçoit des coups au corps et au visage.
Au cours de cette rixe, l'un des protagonistes (Ayuso) frappe au visage l'autre (Capellà) avec un bâton de ski, entraînant la fracture de trois pièces dentaires. Des tiers, non identifiés, sont également intervenus. Les lésions subies par chacun sont distinctes : contusion buccale avec fractures dentaires pour Capellà, contracture cervicale, impotence fonctionnelle de l'épaule et contusion de la main pour Ayuso, contracture cervicale sans soins pour un troisième participant, qui a renoncé à toute réclamation.
Le rapport médico-légal du 4 novembre 2009 fixe, pour Capellà, un déficit fonctionnel permanent de 0,9 % et quantifie le préjudice esthétique et le pretium doloris à 1/7.
Le ministère public retient la qualification de délit majeur de lésions dolosives ayant nécessité un traitement médical postérieur à la première assistance, et de contravention pénale de lésions dolosives, sur le fondement des articles 113.3 et 476.2 du Code pénal. Il requiert vingt mois (Capellà) et dix-huit mois (Ayuso) d'emprisonnement avec sursis de quatre ans, ainsi que le paiement solidaire des dépens. Les deux prévenus sont en situation de défaut (« rebel·lia processal ») : ils ne comparaissent pas malgré une citation régulière. Ayuso, représenté par son conseil, invoque la légitime défense.
Question de droit
La juridiction devait déterminer :
- si les faits réunissaient les éléments constitutifs du délit majeur de lésions dolosives, eu égard à la nécessité d'un traitement médical postérieur à la première assistance, et de la contravention de lésions dolosives ;
- si la légitime défense invoquée par Ayuso pouvait être retenue ;
- si l'auteur de la lésion pouvait être déclaré civilement responsable, alors que la rixe était mutuelle et qu'un tiers avait également frappé la victime.
Solution et dispositif
Sur la qualification, le Tribunal retient que les lésions de Capellà, d'Ayuso et du troisième participant résultent de violences volontaires exercées contre eux. Les lésions de Capellà et d'Ayuso ont nécessité un traitement postérieur à la première assistance (soins odontologiques, immobilisation de l'épaule, attelle à la main droite), ce qui caractérise le délit majeur. Les lésions du troisième participant, qui n'ont pas requis un tel traitement, relèvent de la contravention.
Sur l'imputation, le Tribunal s'appuie sur le témoignage d'un témoin « impartial » présent sur les lieux, qui décrit des coups mutuels et le coup de bâton porté volontairement par Ayuso. L'identité de l'auteur d'éventuels coups portés par une personne non identifiée n'affecte pas la qualification, la juridiction estimant que