STCOR 90/2012 (Tribunal de Corts, 22 juin 2012)
Décision commentée : STCOR 90/2012, Tribunal de Corts, Andorre la Vella, 22 juin 2012, ROJ STCOR 90/2012, ECLI:AD:TCORAD:2012:90, recours n° TC-021-3/12 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le Tribunal de Corts est saisi, en matière pénale, de la poursuite engagée contre un ressortissant portugais, sans antécédents pénaux, détenu à raison de la présente cause. Le ministère public a qualifié les faits de délits majeurs d'introduction et de possession de grandes quantités de drogue toxique (cannabis et marihuana) destinée au trafic illicite, et de possession de MDMA destinée à la vente, de délit mineur de consommation de MDMA et de contravention pénale continuée de consommation privée de cannabis et de marihuana, en vertu des articles 283.1 a) en relation avec 282.1 et 282.2, 284.1 et 499 du Code pénal. Il requérait six ans de prison, une amende de 10 000 euros, l'expulsion définitive du Principat, la confiscation des instruments du délit et la destruction des stupéfiants saisis.
Les faits retenus comme prouvés sont les suivants. Lors d'un contrôle de routine dans un autobus de ligne en provenance de Barcelone, un chien policier s'est intéressé au sac à dos du prévenu. La fouille de la soute a révélé une housse de planche de surf contenant treize sachets de marihuana, pour un poids total de 687,7 grammes, destinés à une cession illicite. Une perquisition au domicile a permis la saisie de plus de 1 200 grammes de haschisch, de MDMA, de marihuana, d'une balance de précision, de sachets plastiques, d'un téléphone portable, de cartes prépayées et d'un carnet comportant des annotations manuscrites de noms et de chiffres.
La défense admettait la qualification des faits mais contestait leur destination et leur propriété. Elle soutenait que la drogue appartenait à des tiers, que le prévenu n'en était que le dépositaire ou l'intermédiaire, et qu'aucune preuve ne démontrait une cession ou une vente. Le prévenu reconnaissait une consommation personnelle de haschisch et de marihuana, à raison de deux à trois cigarettes par jour, ainsi qu'une consommation sporadique de MDMA.
Le texte rapporte également une dénomination incohérente : certains passages désignent le détenteur des stupéfiants sous le nom de « F. », présenté comme coprévenu ou comme propriétaire du domicile, tandis que d'autres attribuent les mêmes faits à « Pla ». Le texte fourni ne permet pas de trancher cette ambiguïté, qui relève vraisemblablement d'une anonymisation imparfaite, et le présent commentaire retient l'identification du prévenu Pla, seul défendeur mentionné dans le dispositif.
Question de droit
La décision pose une question de preuve plutôt que de qualification. Il s'agit de déterminer si, en l'absence d'aveu quant à la destination commerciale et d'élément direct établissant une cession, les juges peuvent légitimement tenir pour établis la propriété des stupéfiants par le prévenu et leur destination au trafic, sans méconnaître le principe de présomption d'innocence invoqué par la défense.
Une seconde question, subsidiaire, concerne la distinction entre le trafic, le délit mineur de consommation et la contravention de consommation privée. Elle suppose de séparer les quantités destinées à la cession de celles destinées à la consommation personnelle du prévenu.
Solution et dispositif
Le Tribunal retient la qualification de trafic, après avoir apprécié un faisceau d'indices. Il estime que « del conjunt dels mitjans probatoris practicats ha quedat suficientment acreditat » que la drogue introduite et celle trouvée au domicile étaient la propriété du prévenu. Il fonde ce constat sur plusieurs éléments : la fréquence habituelle de la détention de biens par leur propriétaire, la quantité supérieure à 1 200 grammes de haschisch, la présence d'autres substances conditionnées, d'une balance de précision et de sachets destinés au conditionnement, ainsi que le carnet annoté, dont une inscription porte la lettre « g », interprétée comme renvoi aux grammes. L'absence de liquidités lors de la perquisition est expliquée par l'achat préalable à Barcelone, et l'absence de paiement déclarée par le prévenu est jugée « realment inversemblant ».
Le Tribunal relève en out