Juridiction andorrane, — (TSJ d'Andorre, Sala Civil, 27 mars 2008, ROJ ATSJAD 47/2008)
Décision commentée : Juridiction andorrane, — (ATSJAD, Civil, 27 mars 2008, ROJ ATSJAD 47/2008, ECLI:AD:TSJADAD:2008:47A, recours n° 321/07) (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Par une demande du 8 novembre 2004, M. Expósito a agi contre M. Bernat sur le fondement de l'action pro socio. Il exposait qu'en 1997 les deux parties avaient constitué une société civile destinée à la culture et à l'exploitation du tabac. Comme elles étaient les seules associées de la société commerciale « C. SA », elles auraient décidé d'utiliser cette dernière afin de ne pas avoir à financer elles-mêmes les investissements. Le demandeur soutenait qu'en 1998 son mandant avait cédé sa participation dans « C. SA » à un tiers et que le défendeur n'avait jamais procédé au passage de comptes. Il réclamait en conséquence la somme de 20 572 euros, correspondant à la liquidation de la société civile, ainsi que la moitié de la valeur vénale d'un tracteur inscrit au nom du défendeur, avec intérêts et dépens.
Le défendeur a opposé la prescription de l'action, au motif que les relations entre les parties présentaient un caractère commercial. Sur le fond, il soutenait que les bénéfices de la culture du tabac revenaient à « C. SA » et que, après reddition des comptes, les parties avaient cédé cette société à une autre société dans laquelle elles étaient également associées, les bénéfices de la première ayant été transférés à la seconde.
Par jugement du 17 septembre 2007, le Tribunal de Batlles a rejeté l'exception de prescription, mais a débouté le demandeur de l'ensemble de ses prétentions et l'a condamné aux dépens. Le demandeur a interjeté appel. La Sala Civil du Tribunal supérieur de justice (magistrate rapporteur : Mme Eulàlia Amat Llari, siégeant avec MM. Jean Louis Vuillemin, président, et Joan Manel Abril Campoy) a statué le 27 mars 2008.
Question de droit
La question centrale était de savoir si, dans une configuration où deux associés d'une société commerciale ont utilisé cette dernière pour exploiter une activité en commun, une créance de liquidation fondée sur une prétendue société civile antérieure peut être accueillie. Corrélativement se posaient deux points :
- Les bénéfices et l'actif produits par l'activité doivent-ils être imputés à la société commerciale ou à une société civile sous-jacente ?
- Le prix de cession de la participation dans la société commerciale réglait-il, et éteignait-il, les droits de l'associé cédant sur les résultats antérieurs ?
S'y ajoutait la question du tracteur, acquis selon le demandeur pour l'exploitation commune, mais dont le financement a été imputé à différents comptes bancaires.
Le recours soulevait également, au regard de la décision du tribunal de première instance, l'exception de prescription. La décision reproduite ne précise pas de manière expresse, dans ses motifs, si et comment la juridiction d'appel a statué sur ce moyen (non précisé dans la décision).
Solution et dispositif
La Sala Civil a rejeté l'appel et confirmé intégralement le jugement de première instance. Le dispositif, traduit du catalan, se lit ainsi :
« DÉSESTIMER le recours d'appel interjeté par la représentation processuelle de M. Expósito contre la Sentence rendue par le Tribunal de Batlles le 17 septembre 2007, que NOUS CONFIRMONS intégralement, en imposant les dépens de cette instance à la partie appelante. »
La formule finale précise que la décision est rendue « définitivement jugeant » et qu'un témoignage en sera transmis au président de la Batllia.
Sur le fond, le raisonnement repose sur trois séries de motifs.
a) L'absence de société civile distincte. Les juges relèvent que, selon la demande elle-même, les parties étaient déjà associées à 50 %