Cour d'Appel de Monaco, 05 décembre 1989, n° 25560
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 05 décembre 1989, n° 25560 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Les époux J.-L. T. et R. Z., tous deux de nationalité française, se sont mariés à Monaco le 18 août 1966. Faute de contrat de mariage, ils ont déclaré se soumettre au régime légal français de la communauté d'acquêts. Le Tribunal de Première Instance de Monaco a prononcé le divorce par jugement du 12 juillet 1984, ordonné la liquidation de la communauté et désigné un notaire. Après un procès-verbal de difficulté dressé le 7 octobre 1986 et l'échec de la conciliation, l'affaire a été renvoyée devant le tribunal pour qu'il statue sur le partage.
L'actif comprenait une propriété agricole et un terrain situés à Breil-sur-Roya (France), des comptes bancaires d'une valeur de 350 000 F à la date du 29 juillet 1983, ainsi que deux véhicules. J.-L. T. exploitait les immeubles situés en France et détenait le véhicule Bedford ; R. Z. avait conservé les comptes bancaires monégasques et le véhicule Alfa Roméo.
Le tribunal s'est déclaré incompétent ratione materiae pour les demandes relatives à la propriété agricole et au terrain, ainsi que pour l'indemnité d'occupation, les fruits et le matériel afférents à ces biens. Il a entériné l'accord des parties sur les véhicules, condamné R. Z. à payer à J.-L. T. la moitié, en capital et intérêts, du montant des comptes bancaires (245 000 F), renvoyé les parties devant le notaire pour le partage du mobilier et partagé les dépens.
R. Z. a interjeté appel. Elle soutenait en substance que la masse devait être constituée et les lots confectionnés avant tout partage, que les fruits des immeubles et l'indemnité d'occupation devaient accroître l'indivision, que les sommes figurant sur les comptes lui étaient propres, et, subsidiairement, que les intérêts ajoutés à la somme de 350 000 F étaient injustifiés. J.-L. T. concluait à la confirmation et sollicitait la condamnation de son ex-épouse au paiement de la moitié des intérêts perçus en 1988.
Question de droit
La Cour devait résoudre plusieurs questions connexes :
- Le juge monégasque peut-il procéder à un partage partiel lorsque certains biens de la communauté, situés à l'étranger, échappent à sa compétence ?
- Les fruits et l'indemnité d'occupation afférents à des immeubles situés en France doivent-ils être intégrés à la masse monégasque à partager ?
- Les revenus perçus par les époux après leur séparation doivent-ils être inclus dans la masse commune ?
- Les avoirs bancaires doivent-ils être regardés comme communs, et quel est le montant de la masse qui en résulte ?
Solution et dispositif
La Cour confirme le jugement sur le principe et le réforme seulement quant au montant de la somme due. Elle retient, en substance, les motifs suivants.
Sur la compétence et le partage partiel. La Cour approuve les premiers juges pour avoir considéré que « les actions en partage de biens immeubles situés à l'étranger ne sont pas de la compétence des juridictions monégasques ». Elle en déduit qu'il « ne peut être reproché aux premiers juges d'avoir procédé à un partage partiel », la masse partageable devant « s'entendre uniquement comme celle relevant de la compétence des juridictions monégasques », les biens situés en France constituant « une masse distincte relevant des juridictions françaises ».
Sur les fruits et l'indemnité d'occupation. Les demandes relatives à l'évaluation et au partage des fruits des immeubles étrangers, ainsi qu'à la fixation d'une indemnité d'occupation, sont jugées « indissociables de l'action en partage intentée en France ».
Sur les revenus postérieurs à la séparation. La Cour juge que « les revenus des époux postérieurs à leur séparation ne sauraient être inclus dans la masse commune à partager ».
Sur les comptes bancaires. R. Z. n'apporte « aucun élément de nature à faire obstacle à la présomption de communauté tirée de l'article 1402 du Code civil français ». Un virement de 40 000 F effectué par son père en 1981, seule somme justifiée au dossier, est adressé à « Monsie