Cour d'Appel de Monaco, 15 janvier 2007, n° 27235
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 15 janvier 2007, n° 27235 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le 7 mai 2004, Corinne P. a déposé plainte avec constitution de partie civile contre I. K. Elle reprochait à celle-ci d'avoir fait usage du titre d'expert en graphologie « près les tribunaux » dans un rapport d'expertise remis au juge d'instruction le 28 novembre 2003.
Il n'est pas contesté que, à la date de ce rapport, I. K. ne figurait pas sur la liste des experts de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence. Elle soutenait avoir accompli de nombreuses expertises pour plusieurs magistrats français, devant lesquels elle avait prêté, à chaque intervention, le serment prévu par la loi française.
Le Tribunal correctionnel a déclaré I. K. coupable d'usurpation de titres ou de fonctions et l'a condamnée à 500 euros d'amende avec sursis. Il a retenu que l'article 203, alinéa 2, du Code pénal protégeait les titres étrangers et a relevé que la jurisprudence française sanctionnait l'usage du titre d'expert devant les tribunaux, dès lors qu'il pouvait engendrer une confusion avec le titre protégé d'expert près la cour d'appel.
Le Ministère public et I. K. ont interjeté appel. Le Ministère public a requis l'application de la loi. I. K., assistée de Me Joëlle Pastor-Bensa, avocat-défenseur, et plaidant par Me Jean-Claude Bensa, avocat au barreau de Nice, a sollicité son renvoi des fins de la poursuite.
Précision sur les dates : la décision indique que l'appel porte sur un jugement « en date du 29 juin 2006 », alors que les motifs et le dispositif visent un jugement « en date du 20 juin 2006 ». Le texte fourni ne permet pas de trancher cette divergence, qui relève vraisemblablement d'une erreur matérielle (date du jugement de première instance non précisée de manière certaine dans la décision).
Question de droit
La question posée à la Cour d'appel correctionnelle était de savoir si l'usage du titre d'expert « près les tribunaux », sans inscription sur une liste française, entrait dans les prévisions de l'article 203, alinéa 2, du Code pénal monégasque, aux termes duquel :
« Sera puni de la même peine celui qui, sans remplir les conditions exigées, aura fait usage ou se sera réclamé d'un titre attaché à une profession légalement réglementée, d'un diplôme officiel ou d'une qualité dont l'octroi relève d'une autorité publique ».
Plus précisément, deux interrogations se combinaient : d'une part, le titre d'expert relève-t-il de l'une des trois catégories visées par le texte (profession réglementée, diplôme officiel, qualité octroyée par une autorité publique) ; d'autre part, la qualité octroyée par une autorité publique étrangère, en l'occurrence la liste des experts d'une cour d'appel française, est-elle protégée par ce texte ?
Solution et dispositif
La Cour écarte la qualification retenue par les premiers juges. Son raisonnement comporte six étapes :
-
Qualification du titre. Le titre d'expert « n'entre pas dans la catégorie des professions protégées, ni des diplômes protégés, mais paraît relever de la catégorie des "qualités octroyées par une autorité publique" ».
-
Mode d'octroi à Monaco. La qualité d'expert est conférée « affaire par affaire » par la juridiction de jugement ou par le juge d'instruction, dûment autorisé par le premier président, au technicien qu'ils désignent. Ce dernier prête serment après avoir accepté la mission définie par