Tribunal de Première Instance de Monaco, 25 février 2016, n° 14735
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 25 février 2016, n° 14735 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
La société A., société de droit panaméen, a conclu avec la SAM B trois contrats de vente de navires vraquiers. La SAM B s'est substituée, pour chacun d'eux, trois sociétés panaméennes distinctes (sociétés C, D et E), et s'est portée garante de leurs obligations. Madame g. ER., détentrice de 95 % des parts sociales de la SAM B, était également la bénéficiaire économique de ces trois sociétés. Celles-ci ayant manqué à leurs obligations de paiement, la société A. a engagé des procédures d'arbitrage.
Par procès-verbal du 18 décembre 2013, les actionnaires de la SAM B ont prononcé sa dissolution anticipée à effet du 31 décembre 2013 et désigné Madame ER. en qualité de liquidateur. Deux sentences arbitrales définitives, rendues à Londres le 8 janvier 2014, ont condamné la SAM B, en qualité de garante, à payer à la société A. des sommes en dollars américains et en livres sterling, outre intérêts et dépens. Une mise en demeure a été adressée le 9 juin 2014.
Par procès-verbal du 30 juillet 2014, l'assemblée générale a pris acte de la clôture des opérations de liquidation et demandé la radiation au registre du commerce et de l'industrie, effective le 2 septembre 2014. Une saisie-arrêt, pratiquée le 22 août 2014 sur les comptes bancaires, n'a permis d'identifier qu'un solde de 130,21 euros. Un administrateur ad hoc, M. Garino, a été désigné par ordonnance présidentielle du 23 octobre 2014.
La société A. a assigné la SAM B le 21 novembre 2014 aux fins de voir constater sa cessation des paiements sur le fondement de l'article 408 du Code de commerce. Par ordonnances du 23 juin 2015, la présidente du tribunal a déclaré les sentences exécutoires sur le territoire de la Principauté. Madame ER. est intervenue volontairement à l'instance, sollicitant à titre principal le rejet des demandes et, à titre subsidiaire, la reconnaissance de sa bonne foi dans l'exercice de sa mission de liquidateur ainsi que l'absence de préjudice pour la demanderesse.
Question de droit
Le litige soulevait deux questions distinctes.
La première portait sur la recevabilité de l'action. Une société dissoute et radiée du registre peut-elle encore faire l'objet d'une procédure tendant à la constatation de sa cessation des paiements ? Le demandeur soutenait que l'assignation avait été délivrée dans le délai d'un an suivant la radiation, conformément à l'article 553 du Code de commerce. L'intervenante opposait l'extinction de la personnalité morale par la clôture de la liquidation.
La seconde concernait le fond : la SAM B se trouvait-elle en état de cessation des paiements au sens de l'article 408 du Code de commerce, alors que son passif avait été fixé par des sentences arbitrales non encore exequaturées au moment de la dissolution, et qu'aucune procédure collective n'avait été ouverte avant l'action ?
Solution et dispositif
Sur la recevabilité