Juridiction andorrane, — (ROJ STSJAD 288/2014 ; ECLI:AD:TSJADAD:2014:288)
Décision commentée : Juridiction andorrane, — (ROJ STSJAD 288/2014 ; ECLI:AD:TSJADAD:2014:288) (Lire sur source officielle)
Juridiction : Tribunal Superior de Justícia d'Andorre, Ple (formation plénière), Andorra la Vella Date : 19 décembre 2014 Numéro de recours : P-002/2014 Rapporteur : Marie Conte Nature : sentence (jugement au fond), statuant sur une action en reconnaissance d'erreur judiciaire ou de fonctionnement anormal de l'administration de la justice
Note : la décision est rédigée en catalan. La traduction des extraits cités dans la présente fiche est personnelle.
Faits et procédure
Le 19 juillet 2002 (la décision indique « 29 de juliol de 2002 »), M. Durán, passager d'un véhicule conduit par M. Girona, est victime d'un accident de la circulation provoqué par la manœuvre d'un autre véhicule, conduit par M. Carnero. M. Durán dépose une plainte pénale le 14 février 2003. Par ordonnance du 26 février 2004, le juge d'instruction n'admet la plainte qu'à l'encontre de M. Carnero et de son assureur, et refuse de l'admettre à l'encontre de M. Girona et de son assureur. Le sumario est ensuite clos. Par jugement du 12 décembre 2006, le Tribunal de Batlles déclare prescrite la responsabilité pénale de M. Carnero et prononce son acquittement, sans statuer sur la responsabilité civile.
Une nouvelle plainte est déposée le 9 février 2007 contre M. Girona. Admise le 12 février 2007, elle fait l'objet d'une ordonnance d'archivage du 2 décembre 2008, rendue sans qu'aucun acte d'instruction ait été accompli dans l'intervalle.
Parallèlement, une action civile en responsabilité délictuelle est introduite le 18 mars 2008. Le jugement de première instance intervient le 25 février 2013 : il retient la prescription de l'action contre M. Girona et impute l'intégralité de la responsabilité à M. Carnero. Sur appel, la Sala Civil du Tribunal Superior de Justícia, par arrêt du 28 novembre 2013, retient une concurrence de fautes et fixe la part de M. Carnero à 15 %.
M. Durán saisit le Ple du Tribunal Superior le 28 février 2014. Il demande une indemnisation de 6 000 euros au titre de la violation du droit à un procès dans un délai raisonnable, et une somme de 122 474,80 euros, correspondant à la part de 85 % attribuée à M. Girona, au titre d'erreurs de droit, avec intérêts légaux et dépens. L'État d'Andorre, représenté par le Gouvernement, conclut au rejet et soulève la caducité de l'action relative à l'erreur de droit. Le ministère public, pour sa part, nie toute violation du délai raisonnable en raison de la complexité de l'affaire.
Question de droit
La juridiction devait déterminer si les conditions de la responsabilité de l'État pour le fait de la justice étaient réunies, sous deux fondements distincts que le Tribunal relève expressément (fonds, II et III) :
-
L'erreur judiciaire au sens de l'article 10.3 de la Llei qualificada de la Justícia : l'erreur doit être une équivoque « évidente, indubitable et patente » dans la détermination des faits ou dans l'interprétation et l'application de la loi, déterminante du préjudice, en lien de causalité direct. Le Tribunal précise que cette voie ne constitue pas une troisième instance.
-
Le fonctionnement anormal de l'administration de la justice, au regard du droit à un procès dans un délai raisonnable consacré par l'article 10.2 de la Constitution. Le Tribunal rappelle le critère dégagé par le Tribunal constitutionnel : apprécier, dans chaque cas, la durée des différentes phases, la complexité de la question, l'activité des organes judiciaires et le comportement procédural des parties.
Une question préalable, de recevabilité, est également tranchée : le Tribunal considère que l'action a été intro