Cour d'Appel de Monaco, 17 décembre 2013, n° 11698
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 17 décembre 2013, n° 11698 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Une société de droit des Îles Vierges britanniques, propriétaire de la villa « M » à Monaco, située en contrebas et dans l'axe de vue des villas « N » et « L », entreprend en octobre 2003 des travaux visant à élever son immeuble et à aménager sa toiture-terrasse. Les propriétaires des fonds dominants, la SCI N et l'établissement U, invoquent une servitude non altius tollendi résultant de leurs titres d'acquisition. Une ordonnance de référé du 1er décembre 2004 ordonne une expertise, suspend les travaux sous astreinte provisoire de 500 euros par jour de retard, confirmée par arrêt du 20 juin 2006.
Le rapport d'expertise, déposé en 2005, confirme la violation de la servitude. Par jugement du 8 janvier 2009, le Tribunal de première instance homologue ce rapport, ordonne la démolition de tout ouvrage situé au-delà de 60,97 mètres NGM sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, liquide à 31 000 euros l'astreinte attachée à l'ordonnance de 2004 et alloue diverses indemnités. L'arrêt de la Cour d'appel du 29 juin 2010 confirme le jugement, sauf sur les dommages-intérêts, et fixe un délai de six mois pour la mise en conformité, passé lequel une astreinte de 1 000 euros par jour est prévue pendant un an. Un pourvoi en révision est rejeté le 30 mars 2011.
Une ordonnance de référé du 14 mars 2012, non frappée d'appel, rejette la demande d'expertise de mise en conformité formée par la société appelante, au motif qu'il a été « définitivement jugé » qu'elle devait démolir les ouvrages litigieux. Les intimées assignent alors en liquidation de l'astreinte. La société appelante, de son côté, a introduit le 15 juin 2012 une action tendant à faire constater l'inexistence de la servitude, et sollicite un sursis à statuer dans l'attente de cette instance.
Le Tribunal de première instance, par jugement du 20 décembre 2012, liquide l'astreinte à 365 000 euros, rejette le sursis à statuer, fixe une nouvelle astreinte de 2 000 euros par jour pendant un an et alloue 1 500 euros à chaque intimée pour résistance abusive. La société appelante interjette appel.
Question de droit
La Cour devait se prononcer sur plusieurs points :
- Le sursis à statuer peut-il être accordé lorsque le débiteur d'une astreinte fondée sur des décisions passées en force de chose jugée saisit parallèlement le juge d'une action tendant à contester l'existence même de la servitude ?
- Le propriétaire qui a vendu son bien conserve-t-il un intérêt à agir en liquidation de l'astreinte ?
- Le montant de l'astre