Cour d'Appel de Monaco, 15 décembre 2014, n° 12789
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 15 décembre 2014, n° 12789 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un homme se présentant comme avocat ou conseil juridique, sans cabinet, entre en relation en 2014 avec un retraité monégasque, M. DE MI. TE., âgé et décrit comme quasi-impotent. Il obtient de lui plusieurs mandats, dont un mandat de vente d'un appartement, ainsi que deux chèques de 1 500 € et 3 500 €, présentés comme destinés à couvrir ses frais. Le prévenu a également utilisé la carte bancaire de la victime à son insu pour réserver et occuper des chambres d'hôtel.
Le 14 octobre 2014, le directeur d'une agence postale signale à la Sûreté publique une demande de retrait de 10 000 € effectuée par le prévenu, qui avait préalablement déposé sur son compte un chèque de 25 000 € tiré sur le compte de la victime. Placé en garde à vue, le prévenu soutient que ce chèque constituait un don destiné à le remercier de ses démarches juridiques. Une perquisition permet de découvrir un document, daté du lendemain de la tentative d'encaissement, par lequel la victime aurait attesté la remise « à titre amical » et « sans aucune contrainte ».
Deux expertises psychiatriques sont diligentées. Celle du prévenu conclut à l'absence de pathologie, à un discernement non altéré et à sa capacité à apprécier l'état de vulnérabilité d'autrui. Celle de la victime relève des troubles cognitifs, une altération du discernement et une influençabilité ayant conduit la victime à faire confiance à la personne mise en cause.
Renvoyé devant le tribunal correctionnel dans le cadre d'une procédure de flagrant délit pour escroquerie, le prévenu est placé sous mandat d'arrêt. Par jugement du 21 octobre 2014, le tribunal correctionnel requalifie les faits en abus de faiblesse, estimant que la fausse qualité d'avocat n'était pas établie avec certitude, et condamne le prévenu à six mois d'emprisonnement. Il alloue à la partie civile la somme symbolique d'un euro de dommages-intérêts. Le prévenu et le ministère public interjettent appel.
La Cour d'appel est saisie de l'appel du prévenu, qui soulève pour la première fois des exceptions de nullité visant la perquisition et le recours à la procédure de flagrant délit, ainsi que du appel incident du ministère public.
Question de droit
La décision soulève trois questions.
Première question : des exceptions de nullité, soulevées pour la première fois en cause d'appel, peuvent-elles être accueillies ? La Cour se fonde sur l'article 417, alinéa premier, du Code de procédure pénale, aux termes duquel elle ne statue que sur les chefs de jugement attaqués et dans les limites des demandes formées en première instance.
Deuxième question : les éléments du dossier permettent-ils de retenir la qualification d'escroquerie, initialement poursuivie, alors que la fausse qualité d'avocat n'est pas démontrée et que la remise du chèque est présentée comme libérale ?
Troisième question : les éléments constitutifs de l'abus de faiblesse sont-ils réunis ? Il s'agit d'apprécier la vulnérabilité de la victime, la connaissance qu'en avait l'auteur, l'absence de contrepartie et le