Tribunal de Première Instance de Monaco, 15 octobre 1985, n° 25136
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 15 octobre 1985, n° 25136 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le prévenu, C. R., comparaît en personne à l'audience du 8 octobre 1985, en état de détention, en vertu d'un mandat d'arrêt décerné le 5 août 1985 et d'une ordonnance du juge d'instruction du 25 septembre 1985. Il est poursuivi pour deux faits commis les 3 et 4 août 1985 à Monaco. Le premier chef vise l'escroquerie, par l'emploi de manœuvres frauduleuses (sept fausses coupures de 100 dollars U.S.), d'une somme de 5 670 francs au préjudice de la Société des Bains de Mer (S.B.M.). Le second chef vise la tentative d'escroquerie, par l'utilisation de cinq fausses coupures de 100 dollars U.S., dont le commencement d'exécution n'aurait pas produit son effet pour des raisons indépendantes de la volonté de l'auteur.
La S.B.M. se constitue partie civile et réclame l'équivalent en francs français de 1 200 dollars U.S., correspondant au préjudice allégué.
Les faits, tels que retenus par le tribunal, se déroulent comme suit. Le prévenu arrive le 3 août 1985 à Saint-Laurent-du-Var, au volant d'une Mercedes 280 louée à son nom la veille à Paris. Il voyage avec deux autres personnes, dont H. R., connu dès 1978 pour avoir émis de la fausse monnaie en Allemagne. Le prévenu déclare avoir reçu de H. sept coupures de 100 dollars U.S. à titre d'avance sur des gages liés à un travail de chauffeur. La provenance de ces coupures auprès d'un établissement bancaire libanais n'est pas établie par l'instruction. Vers minuit, il se présente au grand change du Casino de Monte-Carlo avec cinq coupures. L'employé de la S.B.M. constate immédiatement leur fausseté, fait appeler le commissaire spécial, puis constate que le prévenu a disparu en laissant les billets. Interpellé peu après, le prévenu soutient avoir changé sans difficulté, peu auparavant, deux autres billets de même provenance. Il reconnaît être venu avec un ami, qui n'est pas retrouvé.
Question de droit
La décision soulève deux questions principales.
La première concerne la qualification de la remise de fausses coupures en vue d'obtenir une somme d'argent dans un établissement de jeux. Le tribunal doit déterminer si ce comportement constitue une tentative d'escroquerie, ce qui suppose d'établir un commencement d'exécution et une interruption du processus pour des causes étrangères à la volonté de l'auteur.
La seconde question porte sur l'imputation des faits du 3 au 4 août. Il s'agit de savoir si la présence du prévenu lors de la remise des sept fausses coupures suffit à caractériser une coaction ou une complicité dans l'escroquerie consommée. La décision traite aussi, de manière accessoire, de l'évaluation du préjudice civil et de la confiscation des faux billets.
Solution et dispositif
Le tribunal retient d'abord la connaissance de la fausseté par le prévenu. Il relève que « cet ensemble d'éléments matériels établissent à la conviction du Tribunal que R., [...] connaissait la fausseté manifeste des cinq billets de 100 dollars U.S. qu'il remettait au change, tout comme H. duquel il a dit tenir ces billets litigieux ».
Sur la qualification, le tribunal énonce que « la remise faite sciemment de fausses coupures de dollars U.S. en vue d'obtenir en échange d'un établissement de jeux, une somme d'argent, constitue une tentative d'escroquerie dès lors que le commencement d'exécution n'a manqué son effet que par su