Tribunal de Première Instance de Monaco, 05 novembre 1987, n° 25377
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 05 novembre 1987, n° 25377 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Une aide-soignante employée par le Centre hospitalier princesse Grace (C.H.P.G.) a été victime, le 3 mai 1983, d'un accident du travail. Selon le rapport du Docteur Pastorello, daté du 8 novembre 1983, cet accident a entraîné une incapacité temporaire totale du 17 mai au 3 juin 1983, puis une incapacité permanente partielle (I.P.P.) de 8 %, la consolidation étant fixée au 10 juin 1983. Le fait générateur, non contesté, est que la victime a ressenti une vive douleur à l'épaule droite en soulevant des tapis dans le cadre de son travail.
L'assureur-loi, la Compagnie M.G.F.A., a refusé de s'accorder sur la base de ces conclusions. Une ordonnance de non-conciliation du 8 juin 1984 a renvoyé l'affaire devant le Tribunal de première instance.
Par exploit du 22 août 1986, la victime a assigné la Compagnie M.G.F.A., substituée au C.H.P.G., aux fins d'homologation du rapport Pastorello, avec toutes conséquences quant au paiement de la rente. L'assureur-loi s'est opposé à la demande. Il soutenait que les algies relevées par l'expert semblaient imputables à une périarthrite fruste de l'épaule droite, c'est-à-dire à un état pathologique antérieur indépendant de l'accident. Il sollicitait en conséquence la désignation d'un nouvel expert, chargé de déterminer si l'état de la victime résultait uniquement de l'accident ou, « dans une proportion à déterminer », d'un état pathologique antérieur.
À l'appui de sa contestation, l'assureur produisait un rapport du 19 mars 1984 du Docteur R., rhumatologue. Ce médecin constatait la normalité des articulations de l'épaule, du cou et du coude, ainsi que des réflexes et de la force musculaire, à l'exception de l'arnoldalgie et de l'hypoesthésie relevées par l'expert Pastorello. Il attribuait ces seules algies à une périarthrite fruste. La victime soutenait pour sa part que l'assureur s'était borné à critiquer le rapport Pastorello sans démontrer en quoi il serait erroné ou lacunaire.
Question de droit
La question posée au tribunal était la suivante : lorsqu'un épisode accidentel a concouru à l'invalidité permanente de la victime, l'existence d'une affection rhumatismale antérieure suffit-elle à faire écarter la présomption d'imputabilité, et à justifier une expertise destinée à répartir la causalité entre l'accident et l'état pathologique préexistant ?
Plus précisément, il s'agissait de déterminer si le juge pouvait homologuer une évaluation d'incapacité sans procéder au partage de causalité sollicité par l'assureur-loi, alors que celui-ci n'avait apporté qu'une critique contestant l'existence de l'accident comme cause exclusive de l'invalidité, sans démontrer l'erreur du rapport d'expertise initial.
Solution et dispositif
Le tribunal