Tribunal de Première Instance de Monaco, 29 septembre 2015, n° 14105
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 29 septembre 2015, n° 14105 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
La présente décision s'inscrit dans le prolongement d'un contentieux immobilier relatif à quatre actes de vente conclus le 15 février 1996 devant notaire. Véra KA. veuve FR. y cédait des lots immobiliers à quatre personnes morales (les sociétés F, H, A et C), pour un prix total de 6.450.000 francs. Après le décès de sa mère en 2005, Mme Monique BA-KA. lui succéda et contesta la validité de ces ventes. Elle dut faire face à des actions en expulsion engagées par les sociétés acquéreurs, auxquelles elle opposa une exception de nullité.
Par quatre jugements du 18 décembre 2008, le Tribunal de Première Instance prononça la nullité des quatre actes de vente et condamna les sociétés à verser à Mme BA-KA. des dommages-intérêts pour procédure abusive. La Cour d'appel confirma ces décisions le 8 novembre 2011, puis la Cour de révision rejeta les pourvois par quatre arrêts du 9 octobre 2012.
Parallèlement, Mme BA-KA. avait assigné, le 5 juillet 2007, Mme m. EC., dont le rôle dans les ventes était contesté. Elle demandait qu'elle « s'explique » sur ce rôle et sollicitait 15.000 euros de dommages-intérêts. Elle soutenait que Mme EC., mandataire de la venderesse pour rechercher un acquéreur, aurait en réalité acquis elle-même les biens par l'intermédiaire de personnes morales interposées. Elle invoquait également l'altération alléguée des facultés mentales de la venderesse et la faute consistant, pour la défenderesse, à ne pas être intervenue volontairement dans le litige opposant Mme BA-KA. aux sociétés acquéreurs.
Mme EC. contesta ces allégations, produisit des éléments sur la relation de mandat et forma une demande reconventionnelle pour procédure abusive. Le 13 mai 2008, Mme BA-KA. déposa une plainte avec constitution de partie civile et sollicita le sursis à statuer sur le fondement de l'article 3 du Code de procédure pénale. Par jugements du 18 décembre 2008, le tribunal ordonna le sursis et le placement des affaires au rôle général. Une ordonnance de non-lieu, devenue définitive, fut rendue le 9 mai 2012 dans l'information ouverte contre X du chef d'abus de confiance. Les instances furent alors rappelées.
Après le décès de Mme BA-KA. le 7 mai 2010, M. Jean BILLON fut désigné administrateur provisoire de sa succession. Dans ses dernières conclusions, il sollicitait la jonction des instances avec une autre procédure (n° 2014/000296), les explications de la défenderesse, 20.000 euros de dommages-intérêts et le rejet de la demande reconventionnelle. La défenderesse concluait au rejet de la jonction, à l'irrecevabilité ou au mal-fondé des prétentions adverses et à sa propre condamnation à 30.000 euros.
Question de droit
La juridiction devait trancher plusieurs points :
- La demande tendant à obtenir des « explications » du mandataire constitue-t-elle une prétention recevable, en l'absence de demande de condamnation ou de mesure d'instruction ?
- La responsab