Cour d'Appel de Monaco, 14 juin 1994, n° 26291
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 14 juin 1994, n° 26291 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Par jugement du 28 janvier 1988, non susceptible d'opposition, le Tribunal de première instance a condamné C. L. au paiement de la somme de 238 014,35 F, solde débiteur de son compte bancaire arrêté au 28 février 1987. Le tribunal a validé la saisie-arrêt pratiquée entre les mains de la Société Anonyme de Prêts et Avances (Sapa), autorisé la vente aux enchères publiques des objets mobiliers saisis et ordonné que le créancier se rembourse sur le produit de la vente, après que la Sapa a fait valoir son privilège de créancier gagiste. Le créancier poursuivant, la société de crédit aux droits de laquelle se trouve désormais la Caixabank, avait été autorisé à pratiquer la saisie à concurrence de 400 000 F.
C. L. a relevé appel. Elle a d'abord soulevé, avant toute défense au fond, la péremption de l'instance. Elle soutenait que le jugement, signifié le 29 janvier 1993, l'avait été au-delà du délai prévu par l'article 405 ancien du Code de procédure civile. Elle sollicitait la mainlevée de la saisie. À titre subsidiaire, elle demandait la réformation du jugement. Elle invoquait un versement de 165 000 F effectué le 24 février 1987, une somme de 20 908 F que la Sapa, tiers saisi, aurait versée à la banque, et un paiement de 100 000 F du 5 mars 1990, réclamant en conséquence un solde de 51 393,65 F.
La Caixabank a opposé l'irrecevabilité de l'appel, formé le 26 février 1993 alors que, selon elle, la signification était intervenue le 5 janvier 1993. Elle a contesté la péremption au motif qu'un jugement sur le fond met fin à l'instance, la signification n'étant qu'une formalité faisant courir les délais d'appel. Elle a également soutenu que la péremption du jugement ne concerne que les jugements par défaut. Par appel incident, elle a demandé une somme de 361 364,39 F, assortie d'intérêts moratoires et conventionnels, ainsi que 30 000 F de dommages-intérêts. La Sapa a conclu à la confirmation du jugement et a demandé que la restitution des objets saisis soit subordonnée au paiement des sommes qui lui restaient dues au titre de ses prêts.
Les dates de signification figurant dans la décision ne sont pas homogènes : le 5 janvier 1993 dans l'exposé de la Caixabank et dans les motifs, le 29 janvier 1993 dans l'argumentation de l'appelante. La cour ne tranche pas cette divergence, car elle n'en fait pas une condition de sa décision.
Question de droit
La cour devait résoudre deux questions préalables. La première porte sur le droit transitoire : un appel formé sous l'empire de l'ancien droit, contre un jugement rendu avant l'entrée en vigueur de la loi n° 1135 du 16 juillet 1990, est-il soumis au nouvel article 424 du Code de procédure civile ? La seconde porte sur la péremption d'instance : un jugement de première instance frappé d'appel peut-il servir de fondement à une péremption de l'instance ?
Solution et dispositif
Sur la recevabilité, la cour retient que l'article 12 de la loi du 16 juillet 1990 subordonne l'application des nouvelles dispositions aux instances introduites après son entrée en vigueur, sans prévoir de mesure transitoire pour les délais de recours. Elle affirme que « l'existence et les délais d'exercice d'une voie de recours constituent des éléments inhérents à la décision elle-même et s