Cour d'Appel de Monaco, 20 juin 2011, n° 7061
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 20 juin 2011, n° 7061 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le litige oppose un chirurgien plasticien, poursuivi pour abandon de famille, à son épouse, partie civile, en présence du ministère public. Les pensions mises à sa charge avaient été fixées par un arrêt de la Cour d'appel de Monaco du 24 mars 2009 : une pension alimentaire mensuelle de 2 500 euros pour l'épouse et une pension contributive de 800 euros mensuels pour leur fils.
Selon la décision, le prévenu n'a plus acquitté ces sommes à compter du 1er mai 2009. L'épouse a déposé plainte le 27 juillet 2009. Entendu le 30 juillet 2009, le prévenu reconnaissait ne pas avoir payé les pensions de mai, juin et juillet 2009. Il invoquait la crise économique, qui aurait réduit de près de 40 % son chiffre d'affaires, et contestait l'appréciation de ses ressources par les juridictions civiles, qui auraient confondu chiffre d'affaires et bénéfice net de 6 300 euros par mois.
Un actualisement de la situation, réalisé à la demande du Procureur Général, a établi que rien n'avait été repris. Le passif s'élevait à 39 600 euros à la date du 17 mai 2010. Le prévenu n'avait versé que huit participations de 200 euros pour le fils.
Par jugement contradictoire du 16 novembre 2010, le tribunal correctionnel a déclaré le prévenu coupable du délit prévu à l'article 296 du Code pénal. Il l'a condamné à un mois d'emprisonnement avec sursis et 2 000 euros d'amende. Il a également accordé 5 000 euros de dommages-intérêts à la partie civile. Le prévenu et le ministère public ont interjeté appel les 18 novembre 2010. La partie civile n'a pas interjeté appel, mais demandait en appel la confirmation de la condamnation pénale et 30 000 euros de dommages-intérêts complémentaires.
Note sur le texte : les motifs désignent tantôt le prévenu par « C. », tantôt par « D.C. ». Le présent commentaire retient la première désignation, qui figure dans le dispositif.
Question de droit
La Cour devait déterminer si l'infraction d'abandon de famille était caractérisée alors que le prévenu invoquait une diminution de ses ressources liée à la crise économique et une appréciation erronée de celles-ci par les juridictions civiles. Il lui fallait également fixer la sanction adaptée à une défaillance persistante.
Deux points de droit se dégagent. Le premier porte sur la charge de la preuve de l'impossibilité de payer, qui pèse sur le débiteur défaillant. Le second porte sur les conséquences procédurales de la contestation du montant des pensions, qui ne peut être portée devant la juridiction pénale.
Solution et dispositif
La Cour confirme la déclaration de culpabilité. Elle retient les motifs suivants :
« Aux termes des dispositions de l'article 296 du Code pénal l'infraction d'abandon de famille est constituée à l'encontre de « toute personne qui en méconnaissance d'une décision de justice l'ayant condamnée à verser une contribution aux charges du ménage, ou une pension alimentaire à son conjoint ... à ses descendants, sera volontairement demeurée plus de deux mois sans ... acquitter le montant intégral de la pension ... le défaut de paiement