Cour d'Appel de Monaco, 26 janvier 2016, n° 14545
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 26 janvier 2016, n° 14545 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Par acte du 14 janvier 2014, t. BA., née en 1922 et assistée d'un curateur désigné par jugement du Tribunal de Première Instance du 22 novembre 2012, a assigné g. GU., agent d'entretien d'un immeuble monégasque domicilié en Italie. Elle demandait le paiement de 90.000 euros, avec intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure du 28 octobre 2013, ainsi que 5.000 euros de dommages-intérêts. Elle soutenait avoir remis cette somme en juillet 2009 en contrepartie d'un engagement verbal de prendre soin d'elle et de son logement, la remise étant, selon elle, disproportionnée à la prestation promise.
Le défendeur a soulevé l'incompétence de la juridiction monégasque et la nullité de l'assignation, puis conclu au rejet des demandes. Il a formé une demande reconventionnelle en dommages-intérêts pour procédure abusive. Par jugement avant dire droit du 18 décembre 2014, le Tribunal a rejeté les exceptions. Par jugement du 11 juin 2015, il a débouté la demanderesse de sa demande principale et de sa demande indemnitaire, puis débouté le défendeur de sa demande reconventionnelle. Il a retenu l'existence d'une donation, dont l'intention libérale était caractérisée, et écarté l'insanité d'esprit, le vice du consentement et l'absence de cause.
La demanderesse a interjeté appel le 29 juillet 2015. Elle sollicitait la condamnation du défendeur à restituer 90.000 euros et à verser 5.000 euros de dommages-intérêts, en faisant valoir son âge, son isolement, sa vulnérabilité, la mesure de protection ultérieure et un abus de faiblesse. L'intimé concluait à la confirmation et à la condamnation de l'appelante à 15.000 euros de dommages-intérêts pour procédure abusive.
Le dossier appelle une remarque. Les conclusions de l'intimé sont citées dans l'exposé des faits pour une demande de 3.000 euros, alors que le dispositif du jugement de première instance et les motifs de l'arrêt visent 15.000 euros. Le texte ne permet pas de trancher cette divergence (non précisé dans la décision).
Question de droit
La Cour devait répondre à trois questions :
- La qualification de donation : une remise de fonds peut-elle être qualifiée de libéralité lorsque le bénéficiaire ne conteste pas la remise, et quelle est la charge de la preuve de l'intention libérale ?
- La contrepartie et la cause : l'existence d'un engagement de soins en contrepartie, et la disproportion du montant, permettent-elles de requalifier l'acte ou d'en contester la validité ?
- La capacité et le consentement : l'insanité d'esprit au sens de l'article 769 du Code civil, et un vice du consentement, peuvent-ils être établis par l'âge, les conditions de vie ou une mesure de protection postérieure ?
Solution et dispositif
La Cour confirme le jugement en toutes ses