Cour d'Appel de Monaco, 21 novembre 2016, n° 15470
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 21 novembre 2016, n° 15470 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le prévenu, de nationalité italienne et résident monégasque, est poursuivi pour blanchiment du produit d'une infraction. Le Tribunal correctionnel de Monaco, par jugement du 23 février 2016, l'a déclaré coupable et l'a condamné à un an d'emprisonnement, ordonnant la confiscation des avoirs détenus sur trois comptes ouverts dans les livres de la société D. Le prévenu a interjeté appel, et le ministère public a formé appel incident.
Les faits à l'origine de la procédure sont les suivants. Le SICCFIN a signalé au Parquet général, en juillet 2010, des mouvements bancaires suspects sur plusieurs comptes monégasques dont le prévenu était le bénéficiaire économique. Des fonds avaient été virés depuis un compte ouvert au nom de la société A auprès d'une banque luxembourgeoise. Ce compte avait été crédité, entre 2006 et 2008, par des sociétés italiennes ayant fait l'objet de condamnations pour fausses factures. Un séquestre a été ordonné le 16 juillet 2010.
En Italie, le prévenu a fait l'objet, le 23 juin 2011, d'un jugement de « pattegiamento » rendu par le Tribunal de Rome, appliquant une peine d'un an, huit mois et vingt-deux jours de réclusion avec sursis pour des faits de fraude fiscale et de faux en écritures de commerce ou de banque. Son père a fait l'objet d'un jugement de même nature le 28 septembre 2010. L'accusation de blanchiment n'avait pas été retenue en Italie.
Le juge d'instruction a adressé aux autorités italiennes plusieurs commissions rogatoires, la seconde, du 20 décembre 2011, sollicitant notamment la copie des pièces de la procédure d'enquête. Ces demandes, renouvelées par cinq rappels, n'ont abouti qu'à la transmission des jugements de « pattegiamento » déjà versés au dossier. Une commission rogatoire adressée au Luxembourg n'a pas été exécutée, la double incrimination n'étant pas remplie selon les autorités requises.
Le juge d'instruction a renvoyé le prévenu devant le tribunal correctionnel, pour avoir, à Monaco, de 2006 à 2009, sciemment acquis, détenu ou utilisé des capitaux d'origine illicite, produits de faux et usage de faux et/ou de fraude fiscale par fausses facturations.
Devant la Cour, le prévenu soutenait à titre principal que l'infraction n'était pas caractérisée, faute d'infraction préalable établie. À titre subsidiaire, il invoquait le principe non bis in idem. Par arrêt avant dire droit du 4 juillet 2016, la Cour a ordonné la réouverture des débats afin que soient produits les textes et arrêts de la Cour de cassation italienne relatifs à la procédure de « pattegiamento ».
Question de droit
La Cour était invitée à répondre à deux interrogations. La première portait sur la nature de l'infraction de blanchiment. La seconde portait sur la valeur probante, au regard de l'exigence de caractérisation de l'infraction préalable, d'un jugement italien rendu selon la procédure de « pattegiamento ».
Les juges monégasques ont d'abord rappelé le cadre légal. Selon l'article 218 du Code pénal, le blanchiment consiste à acquérir, détenir ou utiliser sciemment des biens ou capitaux dont on