Cour d'Appel de Monaco, 12 juin 2017, n° 16115
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 12 juin 2017, n° 16115 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un ressortissant roumain, a. m. IA., a été condamné par le Tribunal de Bucarest, section II, par une décision n° 809 du 28 novembre 2011, confirmée par un arrêt de la Cour d'appel de Bucarest, section pénale II, du 14 octobre 2014. Cette décision prononçait la confiscation de la somme de 293.030,16 euros déposée sur un compte personnel ouvert à Monaco dans les livres de la société G. L'arrêt de 2014 retenait trois qualifications : évasion fiscale « en forme continue », association de malfaiteurs et blanchiment d'argent « en forme continue », sanctionnées respectivement de huit, cinq et dix ans d'emprisonnement.
Le 28 octobre 2014, le juge délégué au Bureau des exécutions pénales a sollicité des autorités monégasques l'exécution de cette confiscation sur le fondement de la Convention du Conseil de l'Europe du 8 novembre 1990 relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime. Le Procureur général a fait citer l'intéressé devant le Tribunal correctionnel, dans une procédure visant les chefs de blanchiment, fraude fiscale et association de malfaiteurs.
Par jugement du 4 octobre 2016, le Tribunal a sursis à statuer et invité le Ministère public à obtenir de l'autorité requérante la production intégrale du jugement de 2011 ou, à défaut, de l'arrêt de 2014. Par jugement du 14 mars 2017, il a ordonné l'exécution de la confiscation sur le territoire monégasque. Il a retenu que l'association en vue de commettre des crimes et le blanchiment étaient réprimés par le Code pénal (articles 209 et 218), que le chef d'« évasion fiscale » recouvrait en réalité des faits qualifiables d'escroquerie ou de fraude à l'impôt sur les bénéfices et à la taxe sur la valeur ajoutée, et que les avoirs auraient pu être confisqués dans des circonstances analogues selon la loi monégasque.
L'intéressé, absent en première instance, a relevé appel le 21 mars 2017. Le Procureur général a formé appel incident le 22 mars. Devant la Cour, la défense soutenait la nature fiscale des infractions poursuivies et l'absence, pour certaines d'entre elles, de double incrimination. Le Ministère public a requis la confirmation du jugement.
Question de droit
La question posée était double. Il s'agissait, d'une part, de savoir si une demande d'exécution d'une confiscation prononcée à l'étranger peut être accueillie lorsque l'une des infractions à laquelle elle se rattache relève de la catégorie des infractions « fiscales » au sens de la loi monégasque. Il s'agissait, d'autre part, de déterminer si l'exécution peut être ordonnée au titre d'infractions de droit commun de blanchiment et d'association de malfaiteurs, dont la qualification monégasque est discutée.
Le cadre normatif est constitué par l'Ordonnance souveraine n° 15.457 du