Cour d'Appel de Monaco, 24 novembre 2020, n° 19424
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 24 novembre 2020, n° 19424 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
M. a. C., ressortissant italien résidant à Monaco, agent de joueurs et dirigeant de société dans le secteur du football, avait confié à la société A, cabinet d'avocats de droit anglais, sa représentation dans deux litiges menés au Royaume-Uni : une action en responsabilité contre son ancien conseil, la société B, et une action en paiement introduite contre lui par la société C. Après qu'il eut cessé de régler les honoraires et frais, la société A obtint devant la Haute Cour de Justice de Liverpool plusieurs décisions : un jugement du 4 novembre 2016 rejetant l'exception d'incompétence soulevée par M. a. C. et retenant la compétence des juridictions anglaises au regard de la clause attributive de juridiction figurant dans les conditions générales annexées aux lettres de mission ; un jugement du 26 juin 2017 le condamnant au paiement provisionnel de 2 000 000 livres sterling ; enfin, deux décisions du 29 novembre 2017 refusant l'autorisation d'appel et confirmant la condamnation, avec fixation de la créance à 3 067 131,91 livres sterling outre intérêts en l'absence de paiement avant le 5 janvier 2018.
La société A assigna M. a. C. le 11 juillet 2018 aux fins d'exequatur de ces décisions, dans un contexte où des saisies-arrêts avaient été pratiquées sur des parts sociales d'une SCI monégasque. Par jugement du 19 décembre 2019, le Tribunal de première instance déclara les décisions exécutoires en Principauté, et condamna M. a. C. à 10 000 euros de dommages-intérêts. Celui-ci interjeta appel le 26 février 2020. Le ministère public conclut à la confirmation du jugement.
Question de droit
La Cour devait déterminer si des jugements anglais pouvaient être déclarés exécutoires à Monaco au regard des conditions posées par la loi n° 1.448 du 28 juin 2017 relative au droit international privé. Quatre questions étaient soulevées :
- l'absence de production d'un acte de signification ou d'un acte en tenant lieu, le droit anglais ne prévoyant pas de signification au sens continental, faisait-elle obstacle à l'exequatur au titre de l'article 18.2 ?
- l'absence de certificat de non-appel, inexistant en droit anglais, empêchait-elle de démontrer le caractère définitif et exécutoire des décisions (article 18.3) ?
- la compétence de la juridiction anglaise, fondée sur une clause attributive, pouvait-elle être remise en cause à l'occasion de l'exequatur (articles 15.1 et 17) ?
- le respect des droits de la défense, du procès équitable, de l'ordre public et de la motivation des décisions britanniques faisait-il obstacle à la reconnaissance (articles 15.2, 15.3 et 16) ?
Solution et dispositif
Sur la forme (article 18). La Cour constate que la société A produit les expéditions authentiques des quatre décisions, accompagnées de traductions assermentées et revêtues de l'apostille ou légalisées. Elle relève ensuite l'absence de tout acte de signification, la procédure civile anglaise ne prévoyant pas, selon les avis de droit versés aux débats, de signification