Cour d'appel de Monaco, 28 juin 2021, n° 19985
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 28 juin 2021, n° 19985 (Lire sur source officielle)
Matière : droit pénal spécial, abandon de famille (article 296 du Code pénal). Dispositif : appels du Ministère public et de la partie civile rejetés, jugement de relaxe confirmé.
Faits et procédure
Les faits sont postérieurs à une ordonnance de non-conciliation rendue le 21 mai 2019 par le magistrat conciliateur du Tribunal de première instance de Monaco, signifiée le 23 mai 2019. Cette ordonnance mettait à la charge du mari, a. j. L., plusieurs obligations au titre du devoir de secours : régler « l'intégralité des frais inhérents » à une villa appartenant à la SCP A et occupée par l'épouse, m. l. D., ainsi que les frais d'abonnement et de consommation d'électricité, de chauffage, de téléphone, d'internet et de télévision afférents à ce bien ; verser une pension alimentaire mensuelle de 10 000 euros ; enfin, verser 5 000 euros par mois au titre de la part contributive à l'entretien des quatre enfants, dont la résidence était fixée au domicile du père.
Une procédure de divorce était engagée parallèlement devant les juridictions monégasques et anglaises. Le divorce fut prononcé en Angleterre le 10 janvier 2020 et passa en force de chose jugée le 4 mars 2020. Une ordonnance du 26 octobre 2019 du juge aux affaires familiales de Londres entérinait un accord financier entre les époux.
Le 7 mai 2020, l'épouse déposa plainte pour abandon de famille. Elle soutenait que le mari ne s'était pas acquitté des sommes fixées par l'ordonnance du 21 mai 2019. Le mari, entendu, contestait toute infraction. Il invoquait notamment l'effondrement des loyers de ses biens immobiliers à compter de mars 2020 et reconnaissait ne pas avoir réglé les charges et l'entretien de la villa « faute d'argent ».
Le mari fut renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour avoir, « courant 2019 à mars 2020 », méconnu l'ordonnance du 21 mai 2019 en étant « volontairement demeuré plus de deux mois sans acquitter le montant intégral » des frais de la villa. Le Tribunal, par jugement du 16 février 2021, le relaxa, reçut la partie civile en sa constitution mais la débouta de sa demande de dommages-intérêts, et laissa les frais à la charge du Trésor.
Le Ministère public (appel du 22 février 2021) et la partie civile (appel du 1er mars 2021) interjetèrent appel. La partie civile demandait la condamnation du prévenu au paiement de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral. Elle chiffrait les frais de villa impayés à 33 309,87 euros pour la période de mai 2019 à avril 2020, et soutenait que ces frais constituaient une portion de la pension alimentaire globale. Le Ministère public s'en rapporta sur la condamnation, en estimant que les dépenses de logement du conjoint entraient dans le devoir de secours.
Question de droit
La Cour devait déterminer si le non-paiement de frais de logement et de charges d'un bien immobilier, mis à la charge d'un époux par une ordonnance de non-conciliation au titre du devoir de secours, entre dans le champ de l'article 296 du Code pénal. Ce texte réprime, en son état rappelé par l'arrêt, « toute personne qui, en méconnaissance d'une décision l'ayant condamnée à verser une contribution aux charges du ménage, ou une pension alimentaire à son conjoint, à ses ascendants, à ses descendants », demeure « volontairement » plus de deux mois sans fournir la totalité des subsides déterminés par le ju