Cour de Révision de Monaco, 26 mars 2014, n° 12280
Décision commentée : Cour de Révision de Monaco, 26 mars 2014, n° 12280 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Vingt-quatre demandeurs, dont la société de droit anglais La Moye Ltd, ont assigné par un acte unique M. c. PA., expert-comptable, devant le Tribunal de première instance de Monaco. Ils sollicitaient sa condamnation in solidum au paiement de dommages et intérêts en responsabilité.
Le défendeur a soulevé l'exception de nullité de l'assignation. Il faisait valoir que la société La Moye Ltd ne justifiait pas que le président de son conseil d'administration en exercice, désigné comme représentant, était l'organe habilité à la représenter en justice. Le Tribunal a annulé l'assignation. L'arrêt de la Cour d'appel, rendu le 7 mai 2013, a été partiellement confirmatif : il a limité l'annulation à la seule demande formée par la société La Moye Ltd, les vingt-trois autres demandeurs conservant leur action.
M. c. PA. s'est pourvu en révision contre cet arrêt. Il sollicitait l'application de la sanction de nullité à l'exploit dans son ensemble. Son moyen, pris en trois branches, invoquait la violation des articles 141, 155 et 966 du Code de procédure civile, ainsi que de l'article 6 § 1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Les défendeurs ont formé une contre-requête et sollicité des dommages et intérêts sur le fondement de l'article 459-4 du Code de procédure civile. Les conclusions du Ministère Public figurent au dossier, mais leur contenu n'est pas reproduit dans la décision (non précisé dans la décision).
Question de droit
La question posée à la Cour de révision était double.
En premier lieu, il s'agissait de savoir si l'irrégularité de représentation d'une société co-demanderesse, affectant un exploit de nature non comminatoire au sens des articles 155 et 966, entraîne la nullité de l'acte à l'égard de l'ensemble des parties qui l'ont fait délivrer, ou seulement à l'égard de la partie irrégulièrement représentée. Le pourvoi soutenait que le juge ne disposait d'aucun pouvoir de modulation de la sanction, et que l'acte unique aux fins de condamnation in solidum devait être annulé dans son intégralité.
En second lieu, la Cour devait apprécier si la nullité totale de l'exploit portait atteinte à la substance du droit d'accès à un tribunal garanti par l'article 6 § 1 de la Convention. Le moyen soutenait que la réglementation relative à la représentation des sociétés poursuit un objectif de sécurité juridique et de bonne administration de la justice, de sorte que les justiciables doivent s'attendre à son application.
Solution et dispositif
La Cour de révision rejette le pourvoi. Elle affirme le principe suivant, qui constitue le cœur de la décision :
« Le défaut de capacité de l'une des parties au nom desquelles est délivré un acte n'affecte pas la validité de celui-ci à l'égard des autres parties au nom desquelles l'acte est également délivré. »
Pour justifier la limitation de la nullité, la Cour approuve l'arrêt attaqué sur deux constats. D'une part, la société La Moye Ltd « a fait preuve de négligence en omettant de se conformer aux formalités lui permettant l'accès au juge », et « l'erreur à l'origine de la situation lui est uniquement imputable ». D'autre part, si les appelants ont choisi de formaliser leur action par un acte unique, « ils ont pris soin de détailler pour chacun d'eux la créance leur revenant sans former de demande globale en paiement ». La Cour en déduit « qu'il n'existe aucun lien de dépendance entre chacune des demandes ».
Sur la demande de dommages et intérêts, la Cour retient que « l'exception de nullité n'ayant pas été soulevée de manière abusive, il ne peut être accordé aucun dommage et intérêts aux défendeurs ».
Le dispositif est ainsi rédigé :
« Rejette le pourvoi ; Rejette les demandes en dommages et intérêts ; Condamne M. c. PA. aux dépens dont distraction au profit de Maître Yann LAJOUX, avocat défenseur sous sa due affirmation et à une amende de 300 euros. »
Portée et enseignement pratique
Sur la divisibilité de la nullité. La décision consacre une lecture de la nullité de l'exploit fondée sur la relation entre les parties à l'acte