Vu l'arrêt de mise en accusation de la Chambre du conseil de la Cour d'appel en date du 29 octobre 2010, signifié le 8 novembre 2010 et notifié le 15 février 2011 à r. KU. ;
Vu l'arrêt du Tribunal criminel du 17 mars 2015 ;
Vu l'ordonnance de Madame le Premier Président de la Cour d'appel en date du 2 mars 2016, ayant commis d'office Maître Sophie-Charlotte MARQUET, avocat-stagiaire près la Cour d'appel de Monaco, pour la défense de r. KU. ;
Vu l'ordonnance de Madame le Premier Président de la Cour d'appel en date du 4 mars 2016 désignant les magistrats composant le Tribunal Criminel ;
Vu le procès-verbal d'interrogatoire de l'accusé r. KU. en date du 21 mars 2016 ;
Vu le procès-verbal de tirage au sort des jurés en date du 21 mars 2016 ;
Vu l'ordonnance du Président du Tribunal criminel en date du 21 mars 2016, notifiée, désignant les jurés ;
Vu l'ordonnance du Président du Tribunal criminel en date du 21 mars 2016 fixant la date d'audience ;
Vu l'ordonnance du Président du Tribunal criminel en date du 25 avril 2016, remplaçant l'un des jurés ;
Vu la citation à accusé et à partie civile et signification, suivant exploit enregistré du ministère de Maître Patricia GRIMAUD-PALMERO, huissier de justice à Monaco, en date du 6 avril 2016 ;
Vu les citations à témoins et significations, suivant exploits enregistrés du ministère de Maître Patricia GRIMAUD-PALMERO, huissier de justice à Monaco, en date des 15, 18, 19 et 26 avril 2016 ;
Vu la dénonciation des témoins à accusé, suivant exploit enregistré du ministère de Maître Patricia GRIMAUD-PALMERO, huissier de justice à Monaco, en date du 18 avril 2016 ;
Vu les conclusions de Maître Richard MULLOT, avocat-défenseur pour la SAM ST., partie civile, en date du 13 juin 2016 ;
Vu la prestation de serment de l'interprète en langue estonienne, Madame Tiiu GRUNTHAL-ROBERT, à l'ouverture des débats le 13 juin 2016 ;
Vu la prestation de serment des jurés à l'ouverture des débats le 13 juin 2016 ;
Ouï l'accusé en ses réponses, et ce, avec l'assistance de Madame Tiiu GRUNTHAL-ROBERT, interprète en langue estonienne, serment préalablement prêté ;
Ouï aux formes de droit, serment préalablement prêté, les témoins cités ;
Ouï Maître Richard MULLOT, avocat-défenseur pour la SAM ST., partie civile, en ses demandes et plaidoiries ;
Ouï Mademoiselle le Substitut du Procureur général en ses réquisitions ;
Ouï Maître Sophie-Charlotte MARQUET, avocat-stagiaire au nom de r. KU., accusé, en ses moyens de défense ;
Ouï l'accusé qui a eu la parole en dernier, assisté de l'interprète susnommée ;
Le Tribunal Criminel composé de Madame Virginie ZAND, Président, Madame Sylvaine ARFINENGO, Monsieur Paul CHAUMONT, juges assesseurs, Monsieur Pierre MONDIELLI, Madame Florence CHOISIT épouse BUONO, Monsieur Patrick WEILL, jurés titulaires, après en avoir délibéré, conformément à la loi, en la Chambre du conseil ;
Considérant qu'il ressort des débats à l'audience, et de l'instruction les faits suivants :
Le 2 mai 2008, à 12h20, la Direction de la Sûreté publique était avisée du déclenchement de l'alarme de la joaillerie ZE. et CE., sise au XX à Monaco.
À la suite du contact téléphonique immédiat avec les employés, les policiers étaient informés que trois individus, munis de marteaux et d'une arme de poing, venaient de commettre un vol de montres après le bris de vitrines.
Le personnel induisait cependant momentanément en erreur la police, en indiquant que les agresseurs étaient de type africain, avant d'en donner une description physique et vestimentaire plus juste et de préciser la direction qu'ils avaient prise, à pied, lors de leur fuite.
Deux des individus empruntaient en effet l'avenue Princesse Alice, l'un étant vêtu d'un costume de couleur beige à fines rayures et portant une paire de lunettes ainsi qu'une casquette blanche, l'autre étant habillé d'une chemise de couleur blanche à manches longues et d'un pantalon brun.
Quant au troisième individu, il portait une chemise de couleur rose à manches longues, un pantalon gris/beige et des lunettes de soleil ; il prenait seul la direction de l'avenue de la Costa.
Le préjudice résultant du vol était chiffré à 73.045,23 euros et correspondait au vol de 28 montres, 26 de marque A et deux de marque C et E.
Lors du déploiement des services de police dans les rues de la Principauté, l'un des fonctionnaires, poursuivant ses recherches selon la clameur publique, découvrait, avenue de la Costa, à hauteur de l'hôtel F, une chemise rose dissimulée sous un véhicule en stationnement, puis en face de l'académie de danse, un pantalon gris abandonné dans les escaliers des Gaumattes.
Ces deux vêtements étaient saisis, placés sous scellés et faisaient l'objet d'une exploitation ultérieure.
La chemise rose, de taille 44 étiquetée « Finest Taylor Business » et « No Iron » était retournée de l'endroit vers l'envers ; cinq boutons situés sur le bas de cet habit et un bouton de la manche droite étaient arrachés, la manche gauche était quant à elle imprégnée de taches de sang.
Le pantalon de couleur grise, de taille 48 C également retourné de l'endroit vers l'envers, portait une étiquette de marque CANDA collection AT C&A, mais la recherche de leur lieu de vente et l'enquête de voisinage n'apportaient aucun élément utile à la manifestation de la vérité.
Au moment du vol, quatre employés étaient présents dans la bijouterie, à savoir, Geneviève BA., responsable du commerce, Vanessa JA., employée, André CA., bijoutier et Christian MA., horloger ; leurs premières auditions, une heure après les faits, apportaient les éléments suivants, complétés ultérieurement.
Geneviève BA. déclarait que vers 12 h 05 environ, un homme sonnait à la porte de la bijouterie, elle ouvrait alors à un individu de type européen, barbe naissante, âgé de 35 - 40 ans, de corpulence normale, 1 m 80 pour environ 75 à 80 kg, chauve ou rasé, vêtu d'un costume clair et d'une chemise rose ouverte, sans cravate, coiffé d'un béret de couleur écru/clair, portant des lunettes de soleil et des chaussures de ville de couleur claire. Il portait des gants clairs mais ni montre ni sac.
Simultanément à cette intrusion, deux autres individus s'engouffraient derrière lui, porteurs de marteaux de charpentier dont les extrémités étaient pourvues d'un côté de lames fendues recourbées et de l'autre d'un embout en métal solide.
Dès l'entrée du premier individu, Geneviève BA. s'apercevait qu'il tenait une arme, couleur argent à canon court, dans les deux mains, les bras tendus.
Dans un anglais approximatif, il intimait l'ordre de ne plus bouger puis se précipitait sur elle pour lui arracher violemment du revers d'une main le téléphone qu'elle tenait ; ce coup entraînait la chute de ses lunettes de vue qui se tordaient.
Puis, le même individu braquait respectivement son arme sur les quatre employés mais elle parvenait malgré tout à déclencher l'alarme qu'elle avait autour du cou ; les deux autres voleurs cassaient pour leur part des vitrines et plaçaient les montres dans un sac noir.
Elle ne pouvait décrire que l'individu porteur de l'arme dans la mesure où elle ne l'avait pas quitté des yeux.
Ainsi, sur présentation d'une photographie issue de l'enregistrement de la vidéosurveillance urbaine, représentant trois individus, elle reconnaissait formellement l'individu en costume clair et porteur d'un béret comme le porteur de l'arme.
Vanessa JA. expliquait quant à elle que 12 h passées, elle se rendait à l'arrière du magasin pour déjeuner, mais qu'intriguée par un grand bruit de verre cassé, elle se levait et apercevait alors un homme qui tenait un pistolet pointé à quelques centimètres de la tête de Christian MA., cet individu surpris par sa présence, s'adressait à elle en criant dans une langue qu'elle ne connaissait pas et l'invitait à rester calme.
Elle le décrivait comme de taille moyenne, étant vêtu d'un costume beige clair, coiffé d'un béret de la même couleur et porteur de lunettes de soleil très foncées.
Elle mentionnait avoir ouvert la porte d'entrée à distance à la demande insistante des trois hommes qui, une fois leur forfait accompli, cherchaient à quitter les lieux.
Concernant l'un des deux autres individus non armés, elle indiquait que brun, de taille moyenne, il portait une chemise rose avec un jean et des lunettes de soleil, ajoutant qu'il était déjà passé devant le commerce aux alentours de 11h le même jour.
Au moment du vol, André CA. travaillait à l'arrière de la boutique, mais la séparation en verre des espaces lui permettait de voir ce qui se passait dans le magasin.
Ainsi aux alentours de 12h20 à 12h30 un homme entrait dans le magasin, suivi de deux personnes ; le premier se dirigeait vers Geneviève BA., projetait d'un geste de la main son téléphone en arrière et sortait un pistolet. Il surveillait tout le monde en ordonnant de rester calme tandis que les deux autres brisaient les vitrines avec des marteaux ; il lui avait alors paru qu'ils s'emparaient au hasard des montres sans se saisir de celles ayant le plus de valeur.
L'arme était mate avec une crosse noire comportant des parties chromées non brillantes.
Il décrivait le porteur de cette arme comme un homme, barbe naissante, mesurant 1 m 70 ou 1 m 75 d'un poids de 60 à 65 kg, les cheveux très courts voire rasés sous un béret clair.
Il était habillé d'un costume très clair, blanc cassé ou beige avec de fines rayures et portait de grandes lunettes de soleil avec des verres marron qui lui masquaient une partie du visage.
Contrairement à Geneviève BA., il indiquait que cet homme ne portait pas de gants.
Le deuxième homme portait aussi des lunettes de soleil mais était vêtu d'une chemise rose et d'un jean ; il ne pouvait décrire le dernier homme tout en précisant qu'il portait aussi des lunettes de soleil.
Sur la présentation des photographies de vidéosurveillance il reconnaissait les trois hommes.
Enfin, assis devant son établi dans l'arrière-boutique, Christian MA. avait eu son attention attirée par l'entrée d'un homme qui courait vers Geneviève BA. et la bousculait ; puis parvenu à sa hauteur, il le braquait avec un pistolet automatique de couleur argentée non brillante.
Il lui parlait en anglais, langue qu'il ne maîtrisait pas et pendant ce temps-là, les deux autres cassaient les vitrines et plaçaient les montres dans des sacs en toile.
Il décrivait le porteur de l'arme comme un homme, au teint mat, cheveux bruns, barbe naissante, type méditerranéen voire type turc, dissimulé derrière des lunettes de soleil aux verres marron, les dents abîmées ; il le désignait comme le plus grand du trio, 1 m 80 au moins, et ajoutait qu'il portait des gants.
Toutefois il était hésitant sur le rôle exact des trois hommes dans le magasin tout en précisant que celui qui portait une arme avait ordonné par geste le départ aux deux autres, précisant enfin que l'un de ceux qui avaient cassé les vitrines s'était blessé en prenant des montres dans une vitrine.
Les informations recueillies lors de ces auditions étaient corroborées par les constatations de police technique et scientifique effectuées à l'intérieur du magasin où différents scellés étaient constitués.
La devanture du magasin était composée de deux vitrines comportant chacune huit présentoirs sur lesquels étaient exposées de nombreuses montres ; entre ces deux vitrines se trouvait la porte d'entrée vitrée, démunie de sas, dont l'ouverture se commandait depuis l'intérieur.
Les enquêteurs constataient qu'elle n'avait subi aucune dégradation et fonctionnait normalement.
À l'intérieur une première partie du magasin était réservée à la réception de la clientèle avec deux bureaux en demi-lune. Dans cet espace, huit vitrines verticales situées à gauche de l'entrée, dont cinq étaient brisées, étaient encastrées dans un meuble droit.
Ces vitrines, comportant un cadre en bois resserrant une vitre, étaient réalisées en verre ordinaire de 6 mm d'épaisseur et n'étaient pas placées sous alarme ; seules les quatre premières vitrines sur la gauche de l'entrée et la dernière au fond du magasin étaient brisées ; elles contenaient des montres de différentes marques dont certaines d'occasion, toutefois celles ayant le plus de valeur étaient exposées sur la devanture.
La seconde partie du magasin plus réduite, séparée de l'espace de vente par une paroi et une porte en verre, était réservée au personnel.
À leur arrivée les services de police constataient la présence de nombreux éclats de verre et de deux montres au sol ainsi qu'un gant de chantier de couleur jaune avec des rayures bleues, rouges et noires de marque « VENITEX » neuf d'aspect, deux marteaux portant l'inscription « SKANDIA » et diverses traces de sang provenant de blessures occasionnées lors du bris de la vitrine.
Un profil génétique masculin P1 était établi à partir des traces de sang prélevées dans le magasin, sur un morceau de verre et sur la manche gauche de la chemise rose trouvée à proximité.
Un profil génétique masculin P2 était également établi à partir des prélèvements réalisés sur le col et les poignées de cette chemise rose ainsi que sur la ceinture intérieure du pantalon également trouvé à proximité, lors des premières investigations.
Enfin un profil partiel de mélange d'ADN était aussi caractérisé à partir d'un prélèvement réalisé à l'intérieur du gant dont la composante majoritaire était identique au profil P2, les caractères minoritaires n'étant pas identifiables.
Une seule trace papillaire fragmentaire était découverte sur la tête du marteau à manche noir et orange de marque « SKANDIA », cette trace qui ne pouvait être prélevée par transfert ni protégée au moyen d'adhésif transparent, était toutefois photographiée.
L'exploitation des systèmes de vidéosurveillance urbaine PCTO permettait de constater la présence des auteurs sur site avant le vol pour un repérage des lieux et après sa commission, une synthèse des informations de vidéosurveillance rendant même possible la reconstitution des itinéraires empruntés par le trio.
Sur présentation de photographies extraites de la vidéosurveillance, Olga PA., employée du tabac « Y », avenue de la Costa, reconnaissait formellement l'homme portant le béret blanc-crème et une veste de costume, comme étant un client entré dans son commerce le jour des faits à 12h06.
Le 7 mai 2008 une information judiciaire du chef de vol avec arme était ouverte.
Les signalements recueillis auprès des employés de la bijouterie présents lors de l'agression devaient être exploités et comparés avec les images obtenues grâce au système de vidéosurveillance du magasin et de la ville.
L'enquête menée par la Sûreté publique de Monaco sur la base de recoupements avec des faits antérieurs commis dans divers pays européens et de renseignements obtenus par les services étrangers, s'orientait vers un groupe de malfaiteurs originaires de l'Europe de l'Est ayant à son actif plusieurs vols similaires et comportant plusieurs dizaines d'individus opérant en équipe changeante mais toujours avec le même mode opératoire que ci-dessus décrit et dans les mêmes conditions d'audace et de rapidité.
C'est ainsi que courant juin 2008, les enquêteurs étaient informés par la squadra mobile de la police judiciaire de San Remo de ce qu'un vol à main armée avait été commis le 14 juin 2008 à la joaillerie « Y1 » à San Remo, selon le même mode opératoire, par trois individus, deux d'entre eux ayant été interpellés quelques instants après les faits alors qu'ils venaient de changer leurs effets vestimentaires.
Il s'agissait de Tanel VE. (devenu Tanel KU.) et de r. KU., lesquels étaient placés en détention à la maison d'arrêt de San Remo.
Une commission rogatoire internationale adressée par le juge d'instruction de Monaco permettait de réunir les éléments suivants :