Tribunal de Première Instance de Monaco, 11 juillet 1985, n° 25120
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 11 juillet 1985, n° 25120 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un salarié, G. O., employé de la société anonyme monégasque Loews Hotel Monaco, a été condamné par défaut, par jugement correctionnel du 10 juillet 1984, à six mois d'emprisonnement avec sursis et à 8 000 francs d'amende pour avoir détourné, au préjudice de son employeur, diverses sommes qui lui avaient été remises à titre de mandat. Vingt et un autres employés ont été condamnés pour des faits semblables. Au plan civil, les prévenus ont été condamnés solidairement à verser à la société 500 000 francs de dommages-intérêts, somme dont G. O. ne s'est pas acquitté.
Par ailleurs, le Tribunal de première instance, statuant comme juridiction d'appel du Tribunal du travail, a condamné la société, par jugement du 13 décembre 1984, à payer à G. O. la somme de 5 172,36 francs, avec intérêts au taux légal à compter du 15 mars 1984, ainsi que 4 000 francs de dommages-intérêts. Cette somme correspond à une indemnité de congés payés.
Le 22 mars 1985, G. O. a fait délivrer à la société, par acte d'huissier, un commandement de payer portant sur le principal, les intérêts, les dommages-intérêts, les dépens, le coût de la signification du jugement et celui du commandement. Par exploit du 11 avril 1985, la société a formé opposition à ce commandement et assigné G. O. afin d'être autorisée à compenser ces sommes avec sa propre créance de dommages-intérêts résultant du jugement pénal du 10 juillet 1984.
En défense, G. O. contestait la qualité à agir du représentant de la société, un vice-président, au motif que seul le président du conseil d'administration aurait ce pouvoir. Il soutenait en outre que le jugement pénal n'était pas définitif à son égard, puisqu'il pouvait encore faire opposition à la décision rendue par défaut. Il sollicitait enfin 4 000 francs de dommages-intérêts pour résistance abusive.
Question de droit
La question posée au tribunal était double.
En premier lieu, il fallait déterminer si une créance de dommages-intérêts, fixée par une décision pénale, pouvait être opposée en compensation à une créance d'indemnité de congés payés que le salarié détenait contre son ancien employeur, alors que la créance du salarié avait été analysée par les juridictions du travail comme un élément de salaire différé.
En second lieu, se posait la question de l'effet de la décision pénale rendue par défaut : cette décision était-elle devenue définitive à l'égard du condamné, de sorte que la créance qui en résultait fût exigible ?
Le tribunal écarte également le moyen tiré du défaut de qualité, en relevant que le