Tribunal de Première Instance de Monaco, 10 novembre 2016, n° 15463
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 10 novembre 2016, n° 15463 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Deux organismes privés chargés de la gestion d'un service public (désignés A et B dans la décision) ont assigné, le 4 février 2016, la société à responsabilité limitée C, pour des dettes sociales. Au jour de l'assignation, la SARL ne contestait ni le principe ni le montant de ses dettes, soit 20.379,25 euros envers l'organisme A et 17.345,90 euros envers l'organisme B. Elle indiquait que sa situation, difficile en 2015, était en voie de rétablissement, son activité étant de nouveau en expansion.
Par jugement avant-dire-droit du 30 juin 2016, le tribunal a désigné M. a. GA. en qualité de mandataire de justice, avec mission de recueillir tous renseignements sur la situation financière et commerciale de la société. Dans son rapport du 15 septembre 2016, déposé le 16 septembre, le mandataire relevait que le gérant attribuait les difficultés à une baisse d'activité survenue fin 2014 et prolongée en 2015. Aucun document comptable n'avait toutefois été remis, le passif étant évalué par le gérant à environ 300.000 euros. Aucun plan de paiement échelonné n'était proposé, et l'arrêt de l'activité était envisagé, sauf apports financiers.
À l'audience du 3 octobre 2016, le conseil de la société a fait état d'un projet de cession de parts sociales du dirigeant, pour un montant de 300.000 euros, qui serait intégré à la trésorerie et permettrait d'apurer le passif. Un renvoi a été accordé. À l'audience suivante, un collaborateur de l'avocat de la société a sollicité un nouveau renvoi, l'avocat plaidant ayant été empêché.
Question de droit
La juridiction devait déterminer si, en présence d'une créance sociale non contestée, d'un passif aggravé et d'une perspective de cession de parts sociales non étayée, il convenait d'ajourner à nouveau l'examen de la situation de la société, ou de constater son état de cessation des paiements.
Plus précisément, le tribunal devait apprécier :
- la portée du défaut de collaboration de la société avec le mandataire de justice ;
- la vraisemblance et le délai de réalisation de l'opération de cession envisagée ;
- l'incidence de l'aggravation du passif sur le sort de la procédure ;
- la situation des créanciers, en particulier celle du salarié resté impayé.
Solution et dispositif
Le tribunal a constaté l'état de cessation des paiements de la SARL C. Il a retenu, en substance, trois séries de motifs.
Le défaut de diligence du débiteur. Malgré les recommandations formulées à l'audience du 3 octobre 2016, la société n'a produit ni documents comptables, ni éléments concrets sur la cession, ni précisions sur ses salariés et le paiement de leurs salaires. Le tribunal relève que « c'est surtout le défaut de toute communication avec le mandataire de justice, alors que celle-ci était cruciale, depuis l'audience du 3 octobre 2016 » qui justifiait la décision. Il estime qu'il était nécessaire de fournir, à tout le moins, « le dernier bilan et compte de pertes et profits approuv