Tribunal de Première Instance de Monaco, 01 décembre 2016, n° 15502
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 01 décembre 2016, n° 15502 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Une société anonyme de droit luxembourgeois, la SA A, a été déclarée en faillite par le Tribunal d'arrondissement de Luxembourg, quinzième chambre, statuant en matière commerciale, par jugement du 23 décembre 2013. Sur tierce-opposition formée par deux sociétés créancières, dont la SA C, ce même tribunal, statuant cette fois en matière civile, a rejeté l'opposition par jugement du 26 mai 2014, en maintenant le jugement initial dans toutes ses dispositions.
Le curateur de la faillite, agissant également en qualité de représentant de la masse des créanciers, a assigné devant le Tribunal de Première Instance de Monaco la SAM B, dont la SA A détenait la quasi-totalité du capital (19.997 actions sur 20.000) et la marque. Les demandeurs sollicitaient l'exequatur des deux jugements luxembourgeois, en invoquant la réciprocité au sens de l'article 473 du Code de procédure civile monégasque. La SAM B s'est associée à cette demande, en sollicitant l'exécution provisoire en raison de l'urgence à rendre effectives la faillite et la reprise des actifs par la société E, cessionnaire retenue dans le cadre de la procédure luxembourgeoise.
Deux sociétés non retenues comme repreneurs, la SA C et la société de droit des Îles Vierges britanniques D, sont intervenues volontairement à l'instance. Elles contestaient la recevabilité des demandes et invoquaient, à titre principal, l'absence de certificat de non-opposition et de non-appel pour le jugement du 23 décembre 2013, à titre subsidiaire, l'absence de réciprocité, fondée sur des certificats de coutume qu'elles estimaient irrecevables, et, à titre infiniment subsidiaire, l'incompétence du tribunal luxembourgeois, en raison d'une clause compromissoire figurant dans les conditions d'émission des obligations convertibles souscrites par la société D.
Le ministère public a conclu à la réciprocité et à l'absence d'obstacle à l'exequatur.
Question de droit
Le tribunal devait déterminer, en premier lieu, si des créanciers non retenus comme repreneurs avaient un intérêt à intervenir dans une procédure d'exequatur. Il lui fallait, en second lieu, apprécier si la réciprocité exigée par l'article 473 du Code de procédure civile était établie entre la Principauté et le Grand-Duché de Luxembourg, alors qu'aucune convention d'entraide judiciaire ne lie les deux États et que les intervenants soutenaient que les contrôles opérés par les juridictions des deux pays divergeaient, notamment en matière de compétence et de fraude à la loi. Il devait enfin vérifier si les conditions de forme et de fond posées par les articles 473 et 475 étaient remplies.
Solution et dispositif
Sur la recevabilité de l'intervention, le tribunal retient que les ssociétés C et D justifient d'un intérêt manifeste. Il se fonde sur les articles 383 et 388 du Code de procédure civile : elles produisent des pièces établissant leur qualité de créancières (contrats de prêt pour la SA C, obligations convertibles et défaut de paiement d'intérêts pour la société D), et l'instance s'est déroulée sans retard excessif.
Sur la réciprocité, le tribunal constate l'absence de convention d'entraide, puis relève que les avis de droit produits, dont le contenu n'a pas été démontré erroné, font apparaître que la jurisprudence luxembourgeoise et la doctrine citée exigent cinq conditions : décision passée en