TPI Monaco, 14 janvier 2021, n° 19540
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 14 janvier 2021, n° 19540 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Les époux H. et S., de nationalité suédoise, ont divorcé devant le tribunal de première instance de Monaco le 14 janvier 2010, la juridiction ayant homologué la convention réglant les conséquences du divorce. Monsieur S., puis Madame H., se sont installés en Australie en 2014. Madame H. y a été employée par la société F, de droit australien, créée par Monsieur S. et sa nouvelle compagne, Madame C. Elle a été licenciée le 24 novembre 2017.
Le 13 décembre 2017, deux transactions ont été signées à Sydney. La première, un « acte de règlement et de décharge », réglait les différends relatifs au contrat de travail et soumettait l'acte au droit de la Nouvelle-Galles du Sud, avec compétence des tribunaux de cet État. La seconde, une « entente de règlement et de décharge », réglait des différends de nature diverse entre les parties et désignait, à son article 8, le droit monégasque et les tribunaux monégasques de droit commun.
Les demandeurs ont assigné Madame H. le 26 décembre 2018 en paiement de 6 millions d'euros, au titre d'une clause pénale, pour violation alléguée des clauses de non-revendication, de non-contact avec les autorités australiennes, de non-révélation et de non-poursuite.
Dans ses conclusions du 4 mars 2020, la défenderesse soulevait in limine litis l'incompétence de la juridiction monégasque, faute de lien suffisant avec la Principauté au sens de l'article 8 du Code de droit international privé (CDIP). À titre subsidiaire, elle invoquait l'application du droit australien, et sollicitait 50 000 euros de dommages et intérêts.
Les demandeurs soutenaient que la clause attributive de compétence remplissait les conditions de l'article 8, notamment parce que la défenderesse était alors résidente monégasque, et sollicitaient une mesure d'instruction (désignation d'un huissier) visant à établir la date de restitution de sa carte de résident.
Le tribunal, statuant en premier ressort, s'est déclaré incompétent, a rejeté la demande de mesure d'instruction et la demande reconventionnelle en dommages et intérêts, et a condamné les demandeurs aux dépens.
Question de droit
La question centrale était de savoir si la clause attributive de compétence stipulée au profit des tribunaux monégasques pouvait fonder la compétence de la juridiction monégasque, alors que le litige présentait des liens avec plusieurs États, et notamment avec l'Australie. Plus précisément, il s'agissait de déterminer