Cour d'Appel de Monaco, 10 mai 2011, n° 7143
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 10 mai 2011, n° 7143 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un salarié, désigné dans la décision par les initiales « F. » ou « S.F. », a été victime d'un accident du travail le 4 décembre 1998 en se blessant au pouce gauche avec un outil. Une guérison des blessures initiales a été constatée le 11 décembre 1998. À la suite de l'accident, il a reçu trois injections successives d'un vaccin antitétanique, à un mois d'intervalle, par voie intramusculaire au niveau du deltoïde droit. Le vaccin administré, TETAVAX, contenait de l'hydroxyde d'aluminium à dose élevée (1.250 microgrammes), et sa commercialisation a ultérieurement été interrompue.
Des années plus tard, une biopsie réalisée au même niveau a révélé une myofasciite à macrophages (MMF), diagnostiquée par le Professeur Desnuelle. Une expertise a été confiée au Docteur Nils Brion, dont le rapport, daté du 2 avril 2009 et déposé le 25 mai 2009, concluait à la non-imputabilité de la pathologie à la vaccination consécutive à l'accident.
Par jugement du 24 juin 2010, le Tribunal de première instance a refusé d'homologuer ce rapport sur le point de la non-imputabilité. Il a jugé que la myofasciite était imputable à la vaccination consécutive à l'accident du travail et devait être prise en charge par l'assureur-loi. Il a renvoyé les parties devant le juge chargé des accidents du travail.
Les sociétés Allianz I.A.R.D., assureur-loi, et S.A.C.O.M.E., employeur, ont interjeté appel. Elles soutenaient, en substance, que la notion de rechute était incompatible avec celle de guérison, seule la consolidation pouvant être invoquée, que le tribunal avait appliqué une présomption d'imputabilité inapplicable en cas de rechute, et que les expertises judiciaires, conformes aux avis de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) de 2004, écartaient tout lien direct. L'intimé demandait la confirmation du jugement et 10.000 euros de dommages-intérêts pour appel abusif.
Question de droit
La Cour devait déterminer si une pathologie apparue après la guérison apparente des blessures issues d'un accident du travail, et dont l'origine serait une vaccination rendue nécessaire par cet accident, peut être qualifiée de rechute imputable à l'accident, alors même que l'expert judiciaire a conclu à l'absence de lien direct. Plus précisément, la question portait sur le mode de preuve admissible pour établir ce lien causal lorsque la science médicale demeure partiellement incertaine.
Deux points préliminaires conditionnaient le raisonnement : la mise hors de cause de l'employeur, en présence de son assureur-loi, et la qualification de la « guérison » au regard de la rechute.
Solution et dispositif
La Cour procède en plusieurs étapes.
**Sur la mise hors de cause de l'employeur