Cour d'Appel de Monaco, 27 septembre 2016, n° 15347
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 27 septembre 2016, n° 15347 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Le 21 avril 1999, le Crédit Lyonnais a consenti à la société SP. et Cie, représentée par sa gérante j. SP., un prêt de 2.400.000 francs. Pour en garantir le remboursement, la banque a obtenu le nantissement de deux fonds de commerce, la caution solidaire et personnelle de j. SP. et de m. VE. (chacun à hauteur de 1.200.000 francs), ainsi que la caution solidaire et réelle de la société VE. & SP., limitée au nantissement d'un fonds de commerce exploité sous l'enseigne « DAVIDOFF ».
La société SP. et Cie et j. SP. ont été placées en cessation des paiements en 2006, puis une liquidation des biens a été prononcée en 2011 avec suspension des opérations pour insuffisance d'actif. La banque avait produit sa créance, pour un capital restant dû de 81.660,30 euros, à cette procédure.
En 2008, la société VE. & SP. a cédé son fonds « DAVIDOFF » à la société PADOVANI. Le prix de cession a été publié, et le Crédit Lyonnais a formé opposition entre les mains de Maître Patricia Rey, avocat-défenseur, à hauteur de 81.660,30 euros. La société VE. & SP. ne s'est pas reconnue débitrice et a consigné la somme entre les mains du séquestre. Après des relances en 2010 et 2013, la banque a assigné m. VE., j. SP. et Maître Rey aux fins de transfert des fonds, de condamnation des deux cautions à 10.000 euros de dommages et intérêts, et de « donner acte » de ce qu'elle se réservait d'agir ultérieurement.
Par jugement du 12 février 2015, le Tribunal de première instance a déclaré la banque recevable, mais a rejeté ses demandes au fond et écarté les demandes reconventionnelles. Le Crédit Lyonnais a relevé appel. Maître Rey, m. VE. et j. SP. ont formé appel incident, et m. VE. a soulevé la nullité de l'acte d'appel et la prescription de l'action.
Question de droit
La Cour devait trancher deux questions.
Première question : le créancier opposant peut-il agir en transfert de fonds et en dommages et intérêts contre des cautions et des associés, alors que sa demande ne se fonde pas sur leur engagement de caution et ne tend à aucune condamnation de leur part ? La Cour examine ainsi l'intérêt à agir à l'égard de chaque défendeur.
Seconde question : le créancier qui détient une opposition sur le prix de cession d'un fonds de commerce peut-il obtenir le transfert des sommes consignées sans avoir établi, à l'égard du débiteur de la somme, une créance certaine, liquide et exigible ?
Plusieurs moyens accessoires étaient également soulevés : nullité de l'acte d'appel pour défaut de mo