Cour d'Appel de Monaco, 28 septembre 2018, n° 17320
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 28 septembre 2018, n° 17320 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Par un acte sous seing privé du 1er décembre 2002, intitulé « convention d'occupation », l'État de Monaco, représenté par l'Administrateur des Domaines, a autorisé la société A à occuper, à titre précaire et révocable, un local de 368,50 m² situé dans le hangar de l'héliport public, côté Est. L'autorisation était consentie pour trois années, du 1er juillet 2002 au 30 juin 2005, moyennant une redevance annuelle de 25.393,12 €, révisable chaque année selon l'indice des prix à la consommation publié par l'INSEE.
La convention n'a pas été renouvelée. La société A a néanmoins continué d'occuper le local après le 30 juin 2005 et a versé trimestriellement les redevances à l'Administration des Domaines. Par acte du 26 février 2016, l'État a assigné la société devant le Tribunal de première instance afin d'obtenir son expulsion, une indemnité d'occupation et diverses sommes.
Par jugement du 26 septembre 2017, le tribunal a constaté que la société occupait sans droit ni titre depuis le 1er juillet 2005, ordonné son expulsion avec le concours de la force publique, fixé à sa charge une indemnité d'occupation de 25.393,12 € par an à compter du 1er avril 2017, rejeté ses demandes reconventionnelles et refusé l'exécution provisoire.
La société A a relevé appel. Elle demandait notamment le sursis à toutes opérations d'expulsion ou, à défaut, un délai d'au moins six mois pour libérer les lieux. Elle sollicitait également qu'il soit jugé qu'il appartenait à l'État de conclure avec elle une nouvelle convention d'occupation, et réclamait 5.000 € de dommages et intérêts pour procédure abusive. L'État de Monaco a conclu à la confirmation du jugement. Il a soulevé l'irrecevabilité de la demande de nouvelle convention, faute de nouveauté en cause d'appel. Le ministère public a également conclu à la confirmation.
Question de droit
La Cour devait déterminer si, à l'expiration du terme d'une convention d'occupation portant sur un local du domaine public de l'État, l'occupant peut obtenir du juge soit un délai pour libérer les lieux, soit la conclusion d'une nouvelle convention. Plus précisément, deux questions étaient posées :
- La demande tendant à la conclusion judiciaire d'une nouvelle convention d'occupation était-elle recevable en cause d'appel, et, si oui, pouvait-elle être accueillie ?
- L'occupation prolongée sans titre, sans mise en demeure préalable et sans réaction de l'administration pendant plusieurs années, pouvait-elle faire obstacle à l'expulsion ou ouvrir droit à un délai ?
La Cour y répond en distinguant la recevabilité de la demande et son bien-fondé, puis en examinant successivement la régularité de l'occupation, le sursis à expulsion et la responsabilité pour abus.
Solution et dispositif
La Cour a d'abord confirmé le jugement en ce qu'il a ordonné l'expulsion. Elle relève que la société « ne justifiait d'aucun titre l'autorisant à occuper ce local, relevant du domaine public de l'État postérieurement au