Cour d'Appel de Monaco, 14 janvier 2020, n° 18727
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 14 janvier 2020, n° 18727 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un ressortissant français et une ressortissante monégasque ont contracté mariage devant l'officier d'état civil de Monaco le 22 août 2011, en se soumettant au régime légal monégasque de séparation des biens.
Les époux ont présenté une requête conjointe en divorce. Par jugement du 18 mai 2017, le Tribunal de première instance a prononcé le divorce « avec toutes conséquences de droit ». Par courrier du 25 août 2017, l'ex-épouse a sollicité du juge tutélaire l'abrogation du délai de viduité afin de se remarier avec son ex-époux, le mariage étant envisagé pour le 7 octobre 2017.
Le Procureur général a alors engagé deux démarches. Il a saisi, le 19 septembre 2017, le Directeur de la Sûreté publique aux fins d'enquête des chefs d'escroquerie au jugement. Le Directeur des Services fiscaux a par ailleurs indiqué, le 27 octobre 2017, qu'il ne pouvait délivrer l'attestation de résidence requise pour l'exonération fiscale française, faute pour l'intéressé d'avoir maintenu sa résidence habituelle en Principauté depuis le mariage, condition exigée par les accords franco-monégasques.
Le 19 février 2018, le Procureur général a formé tierce opposition au jugement de divorce. Il soutenait que le divorce, motivé par des raisons fiscales, avait été frauduleusement dissimulé au juge, dans le but de permettre à l'époux de bénéficier de l'article 7-1 de la Convention fiscale franco-monégasque du 18 mai 1963.
Par jugement du 4 avril 2019, le Tribunal de première instance a déclaré la tierce opposition irrecevable, faute d'atteinte à l'ordre public, les mobiles des époux ne caractérisant pas une fraude à la loi. Le Procureur général a relevé appel le 29 avril 2019. La Cour d'appel a statué à l'audience du 10 décembre 2019 et a rendu son arrêt le 14 janvier 2020.
Certains éléments de fait ne sont pas précisés dans la décision. Le texte ne détaille pas les pièces produites au soutien de la fraude alléguée, et il ne fixe pas la date exacte de la requête conjointe : les motifs mentionnent une demande déposée « le 2 mars 2017 », tandis que le jugement de divorce est daté du 18 mai 2017.
Question de droit
La question centrale est de savoir si le ministère public peut, par la voie de la tierce opposition, remettre en cause un jugement de divorce prononcé sur requête conjointe, au motif que les époux auraient dissimulé au juge un mobile fiscal qu'il qualifie de fraudule