Cour d'Appel de Monaco, 13 juillet 2020, n° 19223
Décision commentée : Cour d'Appel de Monaco, 13 juillet 2020, n° 19223 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Une ancienne épouse, r. B., a déposé plainte les 26 août et 29 novembre 2017 contre son ex-mari, s. G., pour harcèlement et diffamation par moyen de communication électronique. Les parties étaient séparées depuis novembre 2016, et une ordonnance de non-conciliation de mars 2017 avait fixé les droits de visite et d'hébergement de leur fille. La plaignante exposait recevoir, chaque semaine, des SMS et courriels l'accusant de violences, de viol et d'avoir détruit la vie de son auteur, accompagnés de menaces de plainte et d'emprisonnement.
Les messages étaient également adressés aux collègues et à la hiérarchie de la plaignante, ainsi qu'à sa famille et à ses amis. Ils l'accusaient notamment de consommation de drogue, de violence, de relations adultérines devant sa fille et de relations avec une personne travaillant pour une entreprise concurrente. La plaignante produisait un certificat médical daté du 3 mai 2017 faisant état d'un état de stress et préconisant un suivi psychologique, ainsi que des attestations de deux professionnels de la psychologie évoquant une inquiétude sur son état psychique et une « grande angoisse ».
Le Parquet de Senlis ayant dénoncé les faits aux autorités monégasques, s. G., entendu en garde à vue le 6 mars 2018, a reconnu être l'auteur de l'ensemble des messages, qu'il justifiait par les souffrances qu'il disait avoir endurées. De nouveaux faits, commis entre mai et octobre 2018, ont été dénoncés, et s. G. a de nouveau été entendu le 13 mai 2019. Il a reconnu ces messages, en précisant que certains avaient été envoyés depuis le territoire français et qu'il avait agi, en partie, par provocation afin que la justice française s'intéresse à sa version des faits.
Par jugement du 18 février 2020, le Tribunal de première instance, statuant correctionnellement, a déclaré s. G. coupable de harcèlement moral et l'a condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis. Il a alloué à la partie civile 5 000 euros de dommages-intérêts au titre du préjudice moral et 1 000 euros au titre des frais de procédure. Le prévenu, le Ministère public (appel incident) et la partie civile ont interjeté appel.
Devant la Cour, la partie civile a demandé la réformation du montant alloué, soit 7 000 euros au titre du préjudice moral et 3 000 euros au titre des frais. Le Ministère public a requis la confirmation. Le prévenu a indiqué ne pas contester ses agissements.
Question de droit
La Cour devait déterminer si l'envoi répété de messages électroniques (SMS, courriels, publications sur un réseau social) adressés à une ancienne conjointe, à sa fille et à son entourage personnel et professionnel, comportant des imputations portant atteinte à la vie privée et à l'honneur, réunit les éléments constitutifs de l'infraction prévue par l'article 236-1 du Code pénal. Elle devait ensuite apprécier le quantum du préjudice moral et se prononcer sur la demande de remboursement des frais exposés par la partie civile.
Le texte de l'article 236-1, tel que rappelé par l'arrêt, réprime « le fait de soumettre sciemment et par quelque moyen que ce soit toute personne à des actions ou omissions répétées ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé