Tribunal de Première Instance de Monaco, 23 février 1995, n° 26343
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 23 février 1995, n° 26343 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Par marché du 18 mai 1987, l'État de Monaco confie à la société anonyme monégasque Établissements J. D. les travaux du lot n° 2 (gros-œuvre et maçonnerie) de l'opération d'aménagement du cimetière de Monaco, moyennant un prix global et forfaitaire de 2 632 651,90 francs toutes taxes comprises.
Par jugement du 28 juillet 1987, le tribunal constate l'état de cessation des paiements de la société, puis une liquidation des biens est prononcée le 9 octobre 1987.
Par exploit du 25 mars 1992, R. O., syndic de la liquidation, assigne l'État devant le Tribunal de Première Instance en paiement de 458 081,43 francs, montant des travaux réalisés par la société, avec intérêts au taux légal à compter du 4 janvier 1988, date de la mise en demeure.
Le syndic expose que l'État ne contestait pas ce montant mais entendait le compenser avec sa créance indemnitaire de 53 067,44 francs, au titre de pénalités de retard et de la reprise des malfaçons, ce qui réduirait sa dette à 405 014 francs. Il répond que l'État avait produit au passif de la liquidation, à titre chirographaire, pour un franc à titre provisionnel, puis avait renoncé à sa demande, ce qui avait entraîné une radiation définitive par jugement du 29 juin 1989, devenu définitif. L'État ne pouvait donc plus se prévaloir d'une créance indemnitaire.
L'État soulève l'incompétence d'attribution du tribunal, « comme saisi en tant que Tribunal de la procédure collective, statuant en matière commerciale », en réservant ses conclusions au fond. Il soutient que le marché du 18 mai 1987 constitue un contrat administratif régi par l'Ordonnance n° 2097 du 23 octobre 1959 réglementant les marchés de l'État. Le litige relèverait donc de la juridiction administrative, statuant selon le droit administratif, et non des juridictions judiciaires statuant selon le droit commercial.
Question de droit
La question posée était de savoir si un litige relatif à l'application et à l'exécution d'un marché de travaux publics conclu par l'État relève de la compétence du Tribunal de Première Instance, saisi comme juridiction de droit commun en matière administrative, ou si, comme l'soutenait l'État, il ressortit à une autre juridiction en raison du cadre de la procédure collective.
Le tribunal devait donc répondre à deux interrogations connexes : d'une part, déterminer la nature du litige au regard de son objet (le contrat) plutôt que de son cadre procédural (la liquidation des biens) ; d'autre part, identifier le fondement de compétence applicable.
Solution et dispositif
Le tribunal retient la compétence du Tribunal de Première Instance. Il relève que les parties sont liées par un marché de travaux publics, les travaux immobiliers ayant été exécutés pour le compte de l'État, maître de l'ouvrage, sur un bâtiment dépendant du domaine public communal.
Il fonde sa solution sur les « dispositions concordantes » de l'article 12 de la loi n° 783 du 15 juillet 1965 portant organisation judiciaire et de l'article 21-2° du Code de procédure civile. Il en déduit que le Tribunal de Première Instance connaît, en premier ressort, de toutes les actions que la Constitution ou la loi n'attribuent pas expressément au Tribunal Suprême ou à une autre juridiction. Le litige, « né des difficultés relatives à l'