Tribunal de Première Instance de Monaco, 19 mai 2016, n° 14954
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 19 mai 2016, n° 14954 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
La société par actions simplifiée A, immatriculée au R.C.S. de Paris, entretient depuis octobre 2012 des relations d'affaires avec Mme f. MA., qui exploite à Monaco un commerce sous l'enseigne « X1 ». L'activité de cette dernière porte sur la vente au détail de bijoux fantaisie, de montres en plastique « exclusivement de la marque I » et d'accessoires de mode.
Un relevé de compte client, établi par le service comptable de la société A, fait apparaître un solde débiteur de 28.052,71 euros, pour la période du 12 avril 2013 au 3 février 2014. Malgré plusieurs relances, aucun paiement n'intervient. Par exploit du 28 novembre 2014, la société A assigne Mme MA. en paiement de cette somme, avec intérêts au taux légal, ainsi que de 3.000 euros de dommages et intérêts pour résistance abusive. Elle sollicite en outre, dans ses dernières écritures, qu'il soit enjoint à la défenderesse de produire sa comptabilité pour les années 2012, 2013 et 2014.
En défense, Mme MA. soutient que la demanderesse ne verse aux débats que des factures, sans bons de commande ni bons de livraison signés. Elle invoque l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme pour contester qu'une partie puisse se constituer une preuve à elle-même. Elle conteste par ailleurs la portée d'un échange de courriels du 29 mars 2013, qui évoquerait selon elle des chèques « de garantie » pour des livraisons futures. Elle relève enfin que des sommes sont réclamées au titre de marques de prestige, alors que son activité est limitée à la marque I, et que les bons de livraison produits, émanant d'un transporteur, ne comportent ni signature ni détail du contenu. Elle sollicite à titre reconventionnel 5.000 euros de dommages et intérêts pour procédure abusive.
La demanderesse a conclu les 7 mai et 30 novembre 2015 et le 10 février 2016. La défenderesse a conclu les 12 février 2015, 8 juillet 2015, 13 janvier 2016 et 3 mars 2016. Le jugement a été rendu en premier ressort, de manière contradictoire, après plaidoiries à l'audience du 24 mars 2016. Le numéro de rôle est le n° 2015/000221.
Question de droit
La question posée au tribunal était double. Il s'agissait, d'une part, de déterminer si la preuve d'un contrat commercial de vente de marchandises pouvait être rapportée au moyen des seuls documents com