Tribunal de Première Instance de Monaco, 20 octobre 2016, n° 15446
Décision commentée : Tribunal de Première Instance de Monaco, 20 octobre 2016, n° 15446 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
La SAM A fait l'objet d'une liquidation des biens. Par une ordonnance du 1er décembre 2015, le juge commissaire a autorisé le syndic, M. J-p. S., à céder de gré à gré, en application du droit de préemption du bailleur, le droit au bail d'un local situé au X1 à Monaco, pour le prix de 40.000 euros. Cette autorisation était expressément subordonnée à l'homologation de la cession par le Tribunal.
Le syndic a saisi le Tribunal d'une requête fondée sur l'article 538 du Code de commerce, à laquelle était annexé l'acte de vente. Il sollicitait l'autorisation de procéder à la cession, tous les frais de la procédure restant à la charge exclusive du bailleur.
La procédure s'est déroulée comme suit :
- conclusions du ministère public en date du 30 septembre 2016 ;
- rapport du juge commissaire en date du 6 octobre 2016 ;
- audience publique du 7 octobre 2016, à laquelle le syndic et le ministère public ont été entendus, la SAM A, défenderesse, ne comparaissant pas ;
- délibéré et prononcé le 20 octobre 2016.
Le ministère public et le débiteur ne se sont pas opposés à la cession projetée.
Les éléments d'appréciation retenus par le Tribunal sont les suivants :
- le loyer trimestriel s'élève à 2.907 euros, montant que le jugement qualifie de « pas très élevé » ;
- une estimation d'agence immobilière datée du 18 septembre 2015 évalue le droit au bail à 100.000 euros ;
- malgré le temps écoulé depuis le prononcé de la liquidation, un seul acquéreur s'est manifesté, à hauteur de 40.000 euros ;
- le local, qui constituait le siège social de la société, est vétuste et nécessiterait des investissements importants pour être à nouveau conforme à une destination locative ;
- une vente aux enchères publiques serait dispendieuse et ne permettrait vraisemblablement pas d'obtenir un prix supérieur.
Le jugement relève enfin que le bailleur a entendu exercer son droit de préemption au titre de l'article 32 bis de la loi n° 490 du 24 novembre 1948 modifiée.
Question de droit
La décision soulève une question de procédure collective et de cession d'actif : dans le cadre d'une liquidation des biens, le syndic peut-il céder de gré à gré un droit au bail à un acquéreur qui est le bailleur, lequel exerce son droit de préemption, et le juge doit-il alors homologuer cette cession ?
Le Tribunal y répond par l'affirmative, à une condition déterminante : la cession doit être « conforme à l'intérêt des créanciers ». Le jugement en fait le critère central de son appréciation, et c'est sur ce terrain qu'il motive sa décision.
Solution et dispositif
Le Tribunal fait droit à la requête. Il retient que la cession de gré à gré est « la forme la plus adaptée aux circonstances », dès lors que la mise aux enchères publiques serait