Juridiction monégasque (tribunal-travail), 10 octobre 2013, n° 12491
Décision commentée : Juridiction monégasque (tribunal-travail), 10 octobre 2013, n° 12491 (Lire sur source officielle)
Faits et procédure
Un salarié, engagé le 5 janvier 2009 en qualité de conducteur de travaux par une entreprise individuelle monégasque, a été licencié pour suppression de poste par lettre recommandée du 29 mars 2010. Il avait été précédemment employé par le service des travaux publics de l'État. Quatre jours avant la notification du licenciement, il avait reçu une lettre d'information sur un projet de licenciement collectif pour motif économique.
Le salarié a saisi le Tribunal du travail et demandait 52 000 euros au titre de l'« indemnité due en raison du motif fallacieux du licenciement » et 35 000 euros de dommages et intérêts pour licenciement abusif. L'employeur, qui sollicitait 5 000 euros pour procédure abusive, soutenait que la rupture reposait sur des difficultés économiques réelles, que la procédure avait été conduite selon les recommandations de la Direction du travail et que les entités exploitées étaient juridiquement autonomes.
Après douze renvois, l'affaire a été débattue à l'audience du 13 juin 2013, puis mise en délibéré au 10 octobre 2013. Le tribunal, statuant en premier ressort, a rendu sa décision dans cette dernière audience.
Question de droit
Le tribunal devait trancher plusieurs questions :
- Le motif économique : la nécessité économique de la suppression de poste doit-elle être appréciée au niveau de l'entreprise ou à celui de ses établissements ? Le licenciement reposait-il sur des difficultés économiques ou sur une menace pesant sur la compétitivité à la date de la rupture ?
- L'ordre des licenciements : l'article 6 de la loi n° 629 du 17 juillet 1957 a-t-il été respecté ?
- La procédure collective : l'absence d'élection de délégués du personnel et l'insuffisance de l'information délivrée aux salariés affectent-elles la régularité de la procédure, et avec quelles conséquences sur le caractère abusif du licenciement ?
- La réparation : quels préjudices sont indemnisables, et la demande reconventionnelle pour procédure abusive peut-elle prospérer ?
Solution et dispositif
Le tribunal a retenu une solution en trois temps.
Sur le motif. Il a jugé que l'entreprise individuelle, dont le patrimoine ne se distingue pas du patrimoine personnel de l'exploitant, comporte plusieurs établissements qui « ne disposent eux-mêmes pas de patrimoines propres ». La nécessité économique doit donc être appréciée « au niveau de l'entreprise elle-même et non de ses établissements ». Le tribunal a constaté que l'entreprise était largement bénéficiaire fin 2